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    L’impact de la chute des prix du pétrole en Afrique

    media Réunis à Vienne, les ministres des 12 pays exportateurs de pétrole n’ont pas pu décider de réduire la production mondiale pour enrayer la baisse des prix. Reuters/Heinz-Peter Bader

    Les cours du pétrole ne cessent de plonger. Ces cinq derniers mois, ils ont perdu près de 50 %. Le baril a rejoint les 60 dollars alors qu’il en valait 115 en juin dernier. Entre les Etats-Unis qui produisent toujours plus de pétrole de schiste, l'Irak qui parvient à exporter toujours plus de brut malgré la guerre – ce qui était inimaginable encore en juin dernier - et les pays consommateurs qui en achètent moins, y compris la Chine, il y a trop de pétrole disponible sur le marché. D’où le plongeon des cours. Quelles sont conséquences de la chute des prix sur les pays africains ?

    1. La chute des prix du pétrole est-elle bénéfique pour les pays africains ?
    L’impact est positif uniquement sur les pays africains qui n’ont pas de pétrole et qui doivent importer des produits pétroliers, leur facture étant moins élevée. Mais il est évidemment négatif sur les pays exportateurs de brut, puisqu’ils le vendent moitié moins cher qu’au moins de juin dernier. Ce sont autant de devises en moins pour équilibrer les budgets ou pour importer des produits de première nécessité dans les pays qui n'ont pas diversifié leur économie du pétrole, comme l'Algérie qui dépend à 98 % des hydrocarbures ou le Tchad qui double son PIB grâce au pétrole.

    2. L’impact de cette chute varie-t-il selon les pays producteurs ?
    Oui, l’impact est très variable selon les producteurs d’or noir du continent, selon qu'ils ont une population importante ou pas. Comparons le Nigeria et l’Angola, les deux plus gros producteurs africains. On voit que le Nigeria est beaucoup plus fragilisé. Il est beaucoup plus touché par la baisse des importations des Etats-Unis, parce qu'il produit du pétrole léger, concurrent des pétroles de schiste américains, alors que l’Angola produit du pétrole plus lourd, dont les raffineries américaines peuvent encore avoir besoin. Et puis, le Nigeria est beaucoup plus peuplé que l’Angola. Il a donc des dépenses sociales et en subventions beaucoup plus importantes à faire. Or la baisse des prix du brut va occasionner une baisse des revenus de l’Etat, qui jouera moins son rôle de redistribution. Tout cela dans un contexte politique délicat : attaques de Boko Haram et prochaines élections. Et alors que la production nigériane de brut décline, sujette aux vols et faute de loi pour les nouveaux investissements pétroliers.

    3. Qu’en est-il des plus petits Etats ?
    Le Gabon et le Congo-Brazzaville, qui sont des pays pétroliers de longue date mais à faible population, devraient moins souffrir. Ils sont en train de relancer leur production qui stagnait. D’ici là, les prix auront peut-être rebondi. Quant aux nouveaux venus, la Côte d’Ivoire et le Ghana, ils ont heureusement d’autres sources de revenus. Le Sénégal va prendre son temps pour développer les gisements qu’il vient de découvrir s’ils ne sont pas rentables au prix actuel de vente du brut. Et la République démocratique du Congo pourrait voir ses projets pétroliers les plus contestés, près du parc naturel des Virunga, enterrés par les compagnies étrangères.

    4. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole n’a pas pris de décisions à Vienne fin novembre pour réduire sa production. Que fait l’Opep pour soutenir les producteurs africains ?
    L’Opep n’a rien fait pour les pays africains, mais l’Afrique fait partie de l’Opep ! Mais les pays africains n’ont pas le poids de l’Arabie saoudite… La monarchie arabe, premier producteur mondial, ne veut pas diminuer sa production, de peur cette fois que les pays hors Opep - Etats-Unis ou Russie - s’engouffrent dans la brèche et lui prennent des parts de marché supplémentaires - ce qui en outre ne ferait pas remonter les cours. Le pari de l'Arabie saoudite, c’est que la baisse des prix finisse par décourager ceux qui produisent du pétrole plus cher que chez elle. La pétromonarchie a besoin de 30 dollars pour produire un baril : la production la  moins chère au monde. Mais certains pétroles non conventionnels risquent de ne plus être rentables à moins de 70 dollars : les pétroles de schiste aux Etats-Unis, les sables bitumineux du Canada, les nouveaux champs pétroliers en mer très profonde du Brésil, les nouveaux gisements de pétrole de schiste en Russie ou dans l’Arctique… La production du Dakota du nord décline déjà aux Etats-Unis. La baisse des prix du baril pourrait remettre en cause les projets pétroliers à hauteur de 1 000 milliards de dollars, d’après Goldman Sachs. Un resserrement de la production propre à faire disparaître peu à peu le surplus actuel de pétrole (il  y a trop de pétrole par rapport à la demande). C’est un pari à long terme, mais dans l’intervalle, le Nigeria pourrait continuer à souffrir.

     

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