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    Débat: quelle voie pour une modernité non-capitaliste?

    media Marcel Gauchet (g) et Alain Badiou (d) ont signé ensemble «Que faire? Dialogue sur le communisme, le capitalisme et l’avenir de la démocratie», chez Philosophie éditions. AFP/Eric Feferberg/Keffieh67/Wikimedia Commons

    En France, deux figures emblématiques de la scène philosophique, Alain Badiou et Marcel Gauchet, viennent de signer ensemble un livre intitulé Que faire ? Dialogue sur le communisme, le capitalisme et l’avenir de la démocratie, dans lequel ils confrontent leurs réflexions et opinions sur la question.
     

    Ce livre dense d’à peine 160 pages a déjà connu un écho considérable. Les deux philosophes français, mondialement connus par la richesse et l’originalité de leurs œuvres respectives, y relatent leurs trajectoires politiques et intellectuelles ainsi que leur rencontre avec les idées de Marx et la manière dont ils proposent aujourd’hui de chercher une voie de sortie du capitalisme contemporain.

    Du début à la fin, le livre donne lieu à un débat passionné, sans complaisance mais aussi courtois, présentant des thèses ou des positions souvent opposées, qui laissent cependant apparaître à chaque fois la possibilité de synthèses inattendues. D’emblée, il se présente comme un bilan critique du marxisme, à la lumière des grands événements du XXe siècle, notamment la révolution d’Octobre qui fut, comme dit Gauchet, nourrie autant de la pensée de Marx que d’une volonté de domination totalitaire ayant pour racine la théorie marxiste de l’Histoire.

    Gauchet comme Badiou s’accordent sur le fait que l’établissement d’un système de terreur en Union soviétique doit être considéré comme l’œuvre du « léninisme », lequel serait avant tout une invention idéologique de Staline, formée à partir d’une déviation, sinon d’une falsification des idées fondamentales de Marx y compris celle du communisme. En effet, les auteurs abordent la question des totalitarismes du XXe siècle, qui englobent tout autant le nazisme et le communisme que l’islamisme contemporain, à partir d’une réflexion sur la modernité. Celle-ci, pour Marcel Gauchet, est ce processus historique par lequel l’humanité passe de l’hétéronomie à l’autonomie : « une sortie de la religion » ou « d’une société où la religion a un rôle structurant ».

    A cet égard, Gauchet peut être considéré comme l’adepte le plus conséquent de Cornelius Castoriadis, ce philosophe français d’origine grecque (1922-1997) dont le projet philosophique majeur fut de jeter les bases théoriques d’une pensée originale de la démocratie en tant qu’autonomie. Or, ce processus historique appelé la « modernité », soutient Gauchet, s’incarne par la démocratie parlementaire comme une alternative théorique à la conception marxiste de l’Histoire, selon laquelle la société et, au fond, les individus sont pensés à partir de la transformation des structures économiques.

    Toujours aux yeux de Gauchet, les totalitarismes du XXe siècle sont avant tout des mouvements anti-modernité, dans la mesure où ils incarnent le retour à la tradition, à des formes de soumissions religieuses, à travers les idéologies notamment ou les « religions séculières ». A partir de là, un débat fort intéressant se forme entre les deux auteurs autour de ce que Badiou appelle « l’hypothèse communiste ». Celle-ci est présentée comme une sortie du capitalisme ou comme une « modernité non-capitaliste », distincte du « modèle de la démocratie libérale » défendu par Gauchet dans les sillages de la social-démocratie européenne du XIXe siècle jusqu’à nos jours.

     Dans une critique implicite adressée à Gauchet, Badiou soutient que le fascisme et le communisme du XXe siècle sont nés de la crise des systèmes parlementaires des pays impérialistes ; crise qui culmina finalement lors de la Première Guerre mondiale. En fait, pour Badiou, la voie proposée par Gauchet – celle de la démocratie libérale – est vouée à l’échec car la démocratie représentative ou parlementaire, d’après lui, est soumise au capital (p. 78). Mais pour soutenir cette thèse, Badiou aurait pu invoquer Castoriadis – ce qui aurait formé une filiation intéressante entre lui et Gauchet – dans la mesure où pour Castoriadis, le parlementarisme ou la représentation ne sont pas le critère de la démocratie, mais celui de l’aristocratie.

    S’agissant d’élire les représentants, on essaie toujours de les choisir parmi les meilleurs : ce que les Grecs antiques, inventeurs de l’autonomie, appelaient les aristos.Gauchet ne cache nullement son opposition à la thèse de Badiou, qu’il trouve fort bien imprégnée du marxisme. La démocratie, dit-il, ne se définit pas par sa soumission au capital. Bien au contraire, comme mode d’organisation de la vie politique, elle est capable de contrôler le capital. Cette « capacité démocratique », Gauchet l’appelle la « voie du réformisme ». Certes, elle « ne nous délivrera pas du capitalisme, insiste Gauchet. Mais elle rendra nos sociétés plus vivables »  (p. 81).

    Couverture du livre co-écrit par Marcel Gauchet et Alain Badiou: «Que faire? Dialogue sur le communisme, le capitalisme et l’avenir de la démocratie». DR

    Alain Badiou ne s’oppose pas finalement à cette « voie réformiste », car elle sera forcée, insiste-il, de rejoindre « l’hypothèse communiste » sans laquelle le « réformisme » n’a aucune chance de réussir. A cela, Gauchet répond dans les termes suivants : en acceptant la « voie réformiste », « l’hypothèse communiste » reconnaît finalement qu’elle n’acquiert la consistance et l’autonomie que par et dans un compromis démocratique. 

    Que faire ? Alain Badiou et Marcel Gauchet. Philosophie, 2014.

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