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    Hebdo

    Afghanistan: le bilan de treize ans de présence militaire de l’Otan

    media Un soldat afghan sur le site d'un attentat à Kaboul, le 29 novembre 2014. Reuters/Omar Sobhani

    Dans Appels sur l’actualité, des auditeurs s’interrogent sur le retrait de la force de combat de l’Otan d’Afghanistan. La mission de l'Isaf a baissé son drapeau le 28 décembre 2014, marquant ainsi son retrait définitif d'un pays où l’insurrection des talibans n'a pas faibli après treize ans d’intervention militaire de l’Alliance atlantique. Le 1er janvier 2015, une mission d’aide et de formation de l’armée afghane a pris le relais. Au total, près de 17 000 militaires étrangers assisteront encore les forces de sécurité afghanes en 2015 avant leur retrait progressif jusqu’en 2017. Question : les quelque 350 000 soldats et policiers afghans feront-ils le poids face aux insurgés ?

    Les forces de sécurité afghanes sont-elles en mesure d’assurer la sécurité du pays après le départ des troupes étrangères ?
    C'est en tout cas ce qu'a affirmé Ashraf Ghani le 1er janvier. L'armée et la police afghanes sont prêtes, disait-il, à assumer leurs responsabilités, à défendre le pays contre les talibans. Malheureusement, cette déclaration est intervenue juste après la mort d'une vingtaine de convives à un mariage, tués par une roquette dans la province du Helmand. Les talibans ont aussitôt accusé l’armée... C'est dire si la tâche sera difficile et si on n’est, pour l’instant, pas du tout dans une situation d’apaisement… C’est la fin de la guerre pour l’Otan, mais ce n’est pas la fin de l’insurrection. Il y a même eu une recrudescence des combats ces dernières semaines. En Afghanistan, « la tendance générale est à l’escalade de la violence et aux attaques des insurgés », estime d'ailleurs un rapport de l’International Crisis Group.

    Quels sont les atouts et les faiblesses des forces de sécurité afghanes aujourd’hui ?
    D’abord, il faut noter que les forces afghanes n’ont pas perdu une ville ou un district important ces derniers mois. Les semaines qui viennent vont donc être un test. On va savoir si les 350 000 soldats et policiers afghans peuvent faire le poids face aux insurgés. Dans le dispositif, c’est la police qui est le point faible - moins équipée et moins disciplinée que l’armée. Et ce qui ruine encore l’Afghanistan, et donc la sécurité, c’est aussi la corruption. Globalement, les forces de sécurité afghanes ont payé un très lourd tribut dans l’effort de guerre. Elles ont subi des pertes sans précédent : 4 600 tués au cours des dix premiers mois de 2014. En cause, le manque d’entraînement, l’équipement, loin d’être adapté ou en tout cas de dernière main, et aussi le manque de couverture aérienne : l’armée de l’Air n’est pas le point fort de l’armée afghane.

    L’Otan quitte l’Afghanistan, mais cela ne veut pas dire que les forces afghanes vont se retrouver totalement seules.
    Depuis le 1er janvier, l’opération « Soutien résolu » a pris la relève, une mission américaine de lutte contre le terrorisme hors du cadre de l'Otan - des soldats qui restent sur place. Cette mission compte 12 500 hommes. On a appris aussi que les Etats-Unis vont différer le départ d’un millier de soldats supplémentaires. Au total, près de 17 000 militaires étrangers vont assister les forces afghanes en 2015, même si pour l’instant le calendrier de Washington ne change pas. Il ne devrait plus y avoir que 5 500 soldats américains en 2016 sur le sol afghan, et cette force sera ramenée aux effectifs nécessaires pour assurer la protection de l’ambassade en 2017.

    Quel bilan peut-on faire des treize années de présence de l’Otan en Afghanistan ?
    Cela dépend du point de vue où l'on se place. Pour les talibans, ce départ de l'Otan est une victoire. Commence maintenant la bataille contre ce qu'ils appellent les forces « marionnettes » à la solde des Américains. Les talibans accusent l'armée afghane d'être à l'origine du tir de roquette contre le mariage dont nous parlions plus haut. Selon eux, le tir n'aurait pas fait une mais soixante-deux victimes. Nous sommes ici confrontés à l'une des guerres civiles les plus terribles de l'histoire. Selon l'ONU, 10 000 civils ont été tués ou grièvement blessés en Afghanistan en 2014, et 75% d'entre eux l’ont été par des talibans. L'ONU dit aussi que le nombre des victimes civiles a augmenté de 19% en 2014, avec 3 188 morts. On compte également près de 3 500 soldats des forces étrangères tués en mission, dont 89 soldats étrangers. Evidemment, ce point de vue n'est pas celui de l'Isaf, des troupes étrangères qui, depuis treize ans, sont en mission dans le pays. « Ensemble, nous avons élevé les Afghans hors des ténèbres et du désespoir et nous leur avons donné de l'espoir pour l'avenir », s'est félicité le général américain John Campbell, le commandant de la force de l'Otan en Afghanistan.

    Cette guerre a été la plus longue dans l’histoire des Etats-Unis…
    La plus longue, en effet. Elle a permis « aux Afghans de reconstruire leur pays, de tenir leurs premières élections et d'achever leur première transition démocratique dans l'histoire du pays », a affirmé Barack Obama alors même que les talibans ne faiblissent pas. Certes, ils ne sont plus à Kaboul et des élections ont eu lieu dans le pays. Difficile pourtant de dire que l'Otan a gagné la bataille. Il y a un certain goût d'inachevé en tout cas.

    Au-delà de ce terrible bilan humain, quel est le bilan économique ?
    C’est une bombe à retardement, car l’économie afghane est en panne. Ces treize ans de guerre ont eu un coût : des milliards de dollars d'aide déversés sur le pays par la communauté internationale, avec une efficacité très relative. Compte tenu du degré de corruption, le prix du bitume au kilomètre pour construire les routes afghanes a été bien souvent le plus élevé au monde. Et force est de constater que l'économie afghane est de nouveau à l’arrêt. Ce qui ne va pas forcément de soi d’ailleurs, car pendant une décennie, on a frôlé une croissance à deux chiffres, en lien probablement, il est vrai, avec la présence stabilisatrice des 130 000 soldats de l'Isaf dans le pays. Depuis 2013, l'économie s'est contractée notamment devant la crainte de l'avenir. A la tête du pays, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah ne se sont toujours pas mis d'accord. Il y a aussi beaucoup de chômage, ce qui ajoute à la désespérance de la jeunesse…

    Quel a été le montant de l'aide américaine ?
    Plus de 104 millions de dollars ont été investis depuis 2002 rien que par Washington ! C’est plus que le plan Marshall et c’est beaucoup d'argent. Sur cette somme, 62 milliards de dollars ont été affectés aux forces de sécurité afghanes. Un investissement qui pourrait partir en fumée dans les prochains mois si l'armée se délitait face aux talibans. Il n'y a plus grand-chose dans les caisses de l'Etat. Le gouvernement table sur des recettes de 1,8 milliard de dollars : moins que le revenu des champs d'opium. Sans les 8 milliards de dollars de l'aide internationale, Kaboul serait dans l'incapacité de payer la solde des 350 000 soldats et policiers des forces afghanes.

    Les talibans sont-ils prêts à jouer le jeu de la transition démocratique et à participer à des négociations de paix avec le nouveau gouvernement ?
    Avant le retrait des troupes étrangères, un processus de paix était impensable pour les talibans. Aujourd’hui, rien n'est moins sûr. On n'a pas l'impression d’aller vers une reprise des négociations avec le gouvernement. Il y a même eu une recrudescence des combats ces dernières semaines. Le dialogue est en ruine et le gouvernement afghan doit chercher des appuis à l'étranger. C'est probablement pour cette raison que le président Ghani a effectué une série de déplacements hors des frontières juste après son élection fin septembre. Le choix des pays visités est intéressant : Chine, Arabie saoudite et Pakistan.

    Pourquoi ces trois pays ?
    Les talibans continuent de s'inspirer des mouvements sunnites radicaux d'Asie du Sud qui, eux-mêmes, s'inspirent de l'Arabie saoudite wahhabite. Même s'il s'en défend, le Pakistan continue d'héberger les chefs de l'insurrection afin de nuire aux intérêts indiens en Afghanistan. Et depuis l'assassinat de ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan, Islamabad a l'oreille de Pékin. La Chine est l'un des seuls pays à pouvoir faire pression sur le Pakistan aujourd'hui. On le voit, comme toujours, la paix en Afghanistan n'est pas qu'un problème interne. C'est aussi un problème international. Et donc l'équilibre sera difficile à trouver.

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