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    Hebdo

    Dans la «symphonie» de Donetsk, la survie au quotidien

    media La trêve de décembre entre séparatistes et armée ukrainienne n’aura été qu’une courte respiration. RFI/Stéphanie Maupas

    Alors que les négociations de paix sur la crise ukrainienne sont dans l’impasse, des combats sans précédent depuis la trêve de décembre ont repris à Donetsk. Piégés dans une guerre qui s’éternise, les civils survivent. Reportage.

    De notre envoyée spéciale à Donetsk

    Lors des bombardements, les mains de Victoria courent plus vite sur la laine. Depuis le 4 janvier, elle a repris ses aiguilles. Elle tricote des chaussons. Dans l’abri de 12 mètres carrés, sous sa maison du quartier Petrovsky, à Donetsk, cible régulière de l’armée ukrainienne, toute la famille est depuis longtemps chaussée. Alors elle tricote pour les invités de passage. Le pasteur Léonid est de ceux-là. Dehors, il fait -17° et c’est Noël. Le quartier est désert. De l’église orthodoxe, il reste quatre murs. Le gel et les obus ont creusé le bitume.

    La trêve de décembre entre séparatistes et armée ukrainienne n’aura été qu’une courte respiration. Le 4 janvier, « la symphonie de Donetsk a repris ». Des tirs sporadiques se font entendre depuis une ligne de front. C’est un conflit gelé, dans une ville où les civils sont épuisés, affamés, tendus.

    La déception gagne

    Assise sous un poster de la Crimée, annexée par Moscou en mars, Victoria se fige en pensant que Vladimir Poutine n’a pas reconnu Novorussia, la « Nouvelle Russie », réunissant les deux républiques autoproclamées du Donbass : Donetsk et Lougansk. Alors elle accuse Kiev, qui refuse « de nous donner un statut différent. » En septembre, le gouvernement a bien proposé une plus grande autonomie, mais elle fut rejetée par les séparatistes. Kiev a coupé les vivres : les retraites et les fonctionnaires ne sont plus payés.

    Le pasteur Léonid avance : « Vous vouliez l’indépendance, pourquoi voulez-vous que Kiev vous finance ? En octobre, il aurait été impossible de dire cela, poursuit-il. C’était trop risqué. Mais aujourd’hui, la déception gagne lentement » ceux qui ont défilé au printemps dernier pour demander l’indépendance et un rattachement à Moscou. Les montres sont à l’heure du voisin russe. Les trains ukrainiens ne rejoignent plus Donetsk. Les banques ont fermé, les bureaux de change ont fleuri, mais l’argent manque.

    Les habitants sont affamés

    Même le Premier ministre autoproclamé, Alexandar Zakhartchenko reconnaît que les habitants sont affamés. Elu le 2 novembre, ciblé par les sanctions européennes, l’ancien paramilitaire est censé donner une couleur locale à un gouvernement jusque-là très russe. Vendredi, un onzième convoi d’aide humanitaire russe a rejoint le Donbass, mais Vladimir, un chauffeur de bus, assure ne rien avoir vu depuis septembre. « On ne sait pas où sont leurs points de distribution », dit-il. Devant les supermarchés, de longues files d’attente se forment tous les matins. C’est l’aide de Rinat Akhmetov, un oligarque du Donbass qui a fait fortune dans les années 1990. Après la mort d’un de ses employés, le CICR a rouvert ses bureaux début décembre et distribue couverture et nourriture aux villages les plus reculés.

    Les activistes pro-Kiev ont fui

    En banlieue de Donetsk, Yujinse se marre en offrant « un bonbon en tenue de camouflage. Il vient de l’aide russe, assure-t-il en suçotant, mais il est Made in USA ! » Une salve d’obus salue ses propos. Mais le tremblement des murs ne le fait pas ciller. « J’ai déjà eu de nombreux tête à tête avec la mort lorsque j’étais mineur ». Yujin nourrit les chiens de ceux qui sont partis, garde leurs maisons « pour éviter qu’elles ne tombent aux mains de gangsters. C’est une guerre de propagande », assure-t-il en plongeant sa cuiller dans une salade de chou rouge, et « elle finira lorsqu’il n’y aura plus d’argent pour nourrir les milices de la ville ».

    Omniprésents, les bataillons de volontaires de la république de Donetsk se livrent des guerres de territoires. Tchétchènes, Ukrainiens, Russes, anciens d’Afghanistan font régner la peur. Traqués, battus, kidnappés, les activistes pro-Kiev ont fui la ville depuis longtemps.

    Les mineurs continuent de chauffer la ville

    Une lourde porte de fer se referme sur l’abri de Troudvoskaïa. « Il a été construit pendant la guerre froide contre les Américains et, maintenant, il nous permet d’échapper aux tirs russes et ukrainiens ! », souligne avec ironie Ivan. Il règne une tenace odeur de campement, mais il fait chaud. Soixante-dix pour cent des mines ont fermé, mais des volontaires continuent de faire tourner quelques installations pour chauffer la ville. La Mère Noël fait irruption, au milieu d’une dizaine d’enfants ravis. Elle n’a pas grand-chose dans sa hotte. Elle a dû « donner des friandises aux soldats pour passer les check point ». L’assistance rit, pour quelques minutes, au moins. Mais tout est à fleur de peau.

    Le moindre rappel de la guerre tire les larmes au bord des paupières. Certaines, plus amères que d’autres, s’échappent du visage de Liouba. Elle pleure la mort de sa fille de 36 ans sous les bombes ukrainiennes. Alors, elle accuse Kiev et voudrait voir le président et le Premier ministre, « Poroshenko et Iatseniouk ici, avec leurs enfants ». Les nouvelles élites n’ont pas su gagner les cœurs du Donbass et la haine monte, contre Kiev, son armée et ses bataillons qui, en essayant de déloger les séparatistes, ont piégé les civils. Le conflit a déjà fait plus de 4 700 morts et forcé à la fuite plus d’un million de personnes.

    Pas de guerre propre

    Militant discret d’une Ukraine unifiée, Alexander foule la place Lénine où se dresse un immense sapin de Noël. « La liberté est là où les statuts de Lénine ont été déboulonnées », dit-il. A l’amertume contre Kiev, il rétorque qu’« il n’y a pas de guerre propre et que les bombardements, la pauvreté, c’est le prix à payer pour la liberté ». Dans l’abri de la maison de la Culture, un vieil homme semble échapper à la tristesse de Donetsk. D’un sourire magique, apte à engloutir les murs gris, il rapporte de la cuisine improvisée une petite soupe chaude, montrant des yeux son butin, comme un trésor. Il tapote les couvertures empilées sur un étroit banc de bois, attrape un livre posé sur son oreiller de fortune, et s’envole sourire aux lèvres, bien loin de Donetsk.

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