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    Hebdo

    Lutte anticorruption en Chine: chasse aux tigres et aux renards

    media Le n°1 du Comité de discipline du Parti communiste chinois, qui lutte contre la corruption en Chine. DR

    Les auditeurs d’Appels sur l’actualité reviennent sur le plénum de la Commission centrale d'inspection de la discipline, chargée de lutter contre la corruption en Chine. Elle a annoncé le 14 janvier à Pékin qu’elle allait cette année «renforcer la supervision des entreprises d'Etat». En clair, passer au crible les puissants groupes étatiques parfois mêlés à de retentissantes affaires de pots-de-vin. La «crème de la crème» de la nomenclature du Parti communiste n’est pas à l’abri, comme l’ancien «tsar» de la sécurité, Zhou Yongkang ou le général Xu Caihou ou encore comme l’ancien bras droit du président Hu Jintao, Ling Jihua. En tout, 68 «tigres», des officiels de haut rang, ont été poursuivis depuis le début de la campagne anti-corruption. Et quelque 500 fugitifs ont été rapatriés de l’étranger dans le cadre de ce que le Parti appelle sa «chasse aux renards».

    Quelles sont les nouvelles mesures contre la corruption annoncées par la Commission de la discipline la semaine dernière à Pékin ?
    Le communiqué officiel de  la Commission centrale d’inspection de la discipline publié à la fin de son plénum est bien laconique : « Nous allons renforcer la supervision des entreprises d’Etat ». C’est une priorité car dans le passé, l’image des entreprises d'Etat a été ternie par plusieurs affaires de pots-de-vin retentissants. La Commission a profité du plénum pour rappeler que les chefs d’entreprises publiques n’ont pas le droit – contre des commissions bien sûr – de divulguer des secrets commerciaux ou de faire profiter leurs proches lors d’une entrée en bourse. Mais c’est à peu près tout ce que nous avons appris – aucune autre mesure concrète n’a été annoncée… Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant : le plénum se réunit à huis-clos et tout se passe derrière des portes fermées, dans le plus grand secret. 

    Quelles retombées cela pourrait-il avoir sur les entreprises concernées ?
    Les dirigeants des entreprises d’Etat vont avoir droit, cette année, à la visite des équipes d’inspecteurs qui vont vérifier les comptes pour savoir si oui ou non ils ont touché des pots-de-vin. La démarche n’est pas nouvelle : elle s’inscrit dans la lutte anti-corruption lancée il y a deux ans par le président Xi Jinping. Depuis, on ne compte plus les chefs d’entreprises tombés en disgrâce, dans le secteur du pétrole par exemple. En particulier Zhou Yongkang, qui fut longtemps l’homme fort de l’industrie du pétrole. Dans son sillage, de nombreux cadres ont été limogés et lui-même attend son procès. Il y a aussi Liu Zhigun, ministre des Chemins de fer condamné à la peine de mort avec sursis en 2013 pour avoir accepté des pots-de-vin à hauteur de près de 9 millions d’euros. A la suite de ce scandale, tout le ministère a d’ailleurs été démantelé pour être rattaché au ministère du Transport. 

    Une véritable opération « mains propres » est-elle en cours ?
    Oui, l’un des grands chantiers de la lutte anti-corruption, ce sont les mastodontes d’Etat. Il faut savoir que des pans entiers de l’économie chinoise sont encore contrôlés par l’Etat – que ce soit le pétrole, les mines de charbon, les télécommunications ou le secteur de l’automobile. Bien souvent, ces compagnies forment un Etat dans l’Etat – un véritable contre pouvoir, difficile à contrôler pour les pouvoirs publics. La nouvelle équipe autour du président Xi Jinping et du Premier ministre Li Keqiang compte réduire la place de ces monopoles, au profit notamment des PME porteuses d’innovation. Cette politique rencontre pas mal de résistance de la part des grands patrons qui ne veulent pas perdre leurs privilèges et leur pouvoir… Dès lors, quoi de plus simple que de mener des enquêtes anti-corruption pour briser cette résistance dans le but justement de mettre au pas les cadres récalcitrants – qui tremblent à l’idée d’être ciblé par des enquêtes. Le gouvernement aura ensuite les mains plus libres pour réformer l’économie.

    Quel impact cela aura-t-il sur la vie politique du pays alors que plusieurs dirigeants politiques sont concernés ?
    Le président Xi Jinping nous dit que la lutte anti-corruption est une « question de vie ou de mort pour le parti et la nation ». Une chose est sûre : cette purge – au niveau des entreprises nationales et dans la fonction publique – est le meilleur moyen pour le gouvernement de renforcer son pouvoir et d’éliminer ses adversaires au passage. Autre avantage non négligeable, ces mesures sont populaires : le gouvernement peut donc redorer son blason grâce à cette lutte anti-corruption. Aujourd’hui, toute la vie politique est rythmée par des scandales de corruption et des procès spectacle. Quelque 68 hauts fonctionnaires, des « tigres » dans le jargon du parti, ont déjà été limogés. Parfois, ce sont justement des anciens responsables d’entreprises d’Etat comme Zhou Yongkong. Et puis, il y a les « mouches » : près de 100 000 officiels ou salariés d’entreprises d’Etat ont été pris la main dans le sac. Pékin prône désormais une politique de « zéro tolérance » et du coup, la vie politique n’est plus ce qu’elle était : les banquets somptueux, les limousines avec chauffeur et les cadeaux couteux sont interdits. Résultat : restaurants et magasins de luxe ont vu leur chiffre d’affaires chuter – tout comme les vendeurs de cognac d’ailleurs.

    Ling Jihua en 2012 : l’ancien bras droit du président Hu Jintao dirigeait le bureau du Comité central du PCC. DR

     

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