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    La prière, une arme dans la guerre

    media Un aumônier militaire colombien accompagne une officier américaine pendant la visite d'un centre médical tenu par l'armée à Tumaco. U.S. Navy photo by Petty Officer 2nd Class Jonathen E. Davis

    L'intimité du dialogue avec son dieu a toujours été instrumentalisée par les armées dans les conflits. Prier pour convaincre, mais aussi prier pour réunir, encourager ou réconforter : quelques exemples de l'utilisation martiale de cet acte pas toujours si anodin.

    La prière, nous dit Wikipedia, est un acte collectif ou individuel par lequel une requête est adressée à Dieu ou une autre divinité. Plus savant, Marcel Mauss, considéré comme le père de l'anthropologie française, voyait dans la prière un acte social. « Nous estimons, écrivait-il, (…) que la prière a surtout une existence sociale, au dehors de l'individu, dans la sphère du rituel. » Vie sociale oblige, la prière est rapidement devenue incontournable dans les guerres de l'humanité. Rares sont les films d'histoire où l'on ne voit, au début de la bataille, les prêtres en tous genres bénir les soldats allant au combat.

    Dans l'histoire récente, la prière est restée le symbole du juste. Dans les propagandes guerrières, la religion est restée un argument clef. « Notre cause a un caractère sacré » est l'un des dix principes élémentaires d'une bonne propagande de guerre. Rares sont ceux qui s'en sont privés : que l'on soit guidé par le God save the Queen d'Angleterre, le Gott mitt uns chez les Allemands ou par l'amour sacré de la patrie française.

    Sainte propagande

    Le sémiologue Frédéric Lambert voit dans la prière l'un des « actes humains les plus étranges : à la fois intime et collectif ». Il s'est ainsi beaucoup intéressé aux cartes postales envoyées pendant la Première Guerre mondiale. Si la France était laïque, angelots et autres figures sacrées étaient mises en scène à travers ce support très plébiscité des correspondances. « On y mélange des Ave maria avec des textes patriotiques invitant à "embrocher des Boches" », note Frédéric Lambert. On se souviendra également de la célèbre prière à « Notre Joffre qui êtes au feu », supplique au maréchal de France partagée entre ferveur et pastiche.

    Plus proche de nous, les jihadistes ont largement mis en œuvre cette approche. Abdelasiem El Difraoui, auteur d'un ouvrage sur la propagande d'al-Qaïda, explique ainsi que « d'autres armées utilisent le sexe, la drogue ou l'alcool pour provoquer l'extase des combattants tandis que les jihadistes, eux, ne possèdent que très peu de moyens religieusement licites ». Plus que la prière, ce sont les « anashids » qui jouent ce rôle. Cette mise en poésie de l'incitation à la violence s'imprègne de références religieuses visant à valider la légitimité du combattant. Oussama ben Laden avait lui-même compris l'importance de cette symbolique : accompagné de son bras droit Ayman al-Zawahiri - des images non datées d'un prêche réalisé par exemple dans une cellule de prière - reviennent dans de nombre de ses films de propagande.

    Prier pour manifester, prier pour soulager

    La prière peut également servir à des fins politiques. « Les prières musulmanes sur la place Tahrir ont un sens révolutionnaire », note Frédéric Lambert au sujet des manifestations anti-régime dans l'Egypte de 2011. Dans l'armée américaine, chaque contrat porte une mention religieuse précisant « so help me god », (« que Dieu m'aide »), que tous les soldats doivent accepter en rejoignant l'institution.

    Dans le combat en lui-même, la prière a tout de même perdu du terrain depuis l'époque des batailles rangées où les prêtres absolvaient les combattants en masse. Dans les conflits récents, explique l'historien Xavier Boniface, « il est plus difficile de réunir les soldats », puisque chacun est aux prises avec sa mission, son équipe, coincé dans son petit bout de front ou au fond de son véhicule blindé. L'aumônier est relégué systématiquement à l'arrière, avec brancardiers et chirurgiens.

    C'est là qu'il sert aujourd'hui, au sein de l'armée française, comme un moyen d'apaiser l'esprit pendant que les infirmiers soignent le corps. « Nous offrons un appui psychologique, explique depuis le Liban le père Christian Venard, aumonier militaire catholique. C'est une possibilité pour le soldat de parler en dehors de la hiérarchie. » Si des représentants des différents cultes sont présents pour permettre à chacun de suivre son propre rite, ils sont tous à la disposition de la collectivité, même non-croyante. « Il ne s'agit surtout pas de profiter de la faiblesse de quelqu'un pour lui tendre une bible, assure le prêtre parachutiste, mais de répondre, de discuter, par simple humanité. »

    La présence de religieux parmi les rangs des combattants joue enfin un rôle de diplomatie informelle. Au contact des populations, ils sont parfois utilisés pour faire passer des messages ou nouer un premier contact. Les Français y ont largement recours en Afrique où les religieux sont d'importants relais d'opinion dans les communautés. Mais pas que : « J'ai le souvenir d'une discussion avec des Afghans, raconte le père Venard, où le fait de découvrir qu'il y avait des aumôniers dans l'armée française nous avait fait changer de statut en devenant autre chose que des incroyants. »

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