GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 8 Décembre
Dimanche 9 Décembre
Lundi 10 Décembre
Mardi 11 Décembre
Aujourd'hui
Jeudi 13 Décembre
Vendredi 14 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Hebdo

    Boko Haram: le «groupe armé prend des proportions inquiétantes»

    media Le leader de Boko Haram, Abubakar Shekau, prêche pour la création d'un califat. Capture d'écran vidéo. AFP

    Dans une note publiée cette semaine, Florent Geel, 38 ans, responsable du bureau Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme, tire l’alarme sur les ressorts de la violence qui se propage hors des frontières du Nigeria. La FIDH a condamné le 21 janvier les dernières attaques de Boko Haram qui se sont soldées par un massacre sans précédent à Baga, faisant plus de 2 000 morts.

    Comment expliquer l’essor de la secte islamiste Boko Haram au nord du Nigeria ?
    Au début des années 2000, la secte s’est d’abord implantée à la manière des Talibans au Pakistan, via des madrasas, des écoles coraniques, et en l’absence de services publics et face à un système éducatif élitiste. Très sévèrement réprimé en 2009 à Maïduguri, le groupe bascule alors dans la clandestinité et dans la violence. En 2011, il commence à perpétrer des attentats suicides. Sa dérive sanguinaire se traduit par la multiplication d’attaques locales avec la conquête de portions de territoires, dont une large part de l’Etat fédéré de Borno qui est entre ses mains aujourd’hui. L’objectif est la création d’un califat, dont la capitale proclamée est Gwoza, une ville du Borno. Lorsque le pouvoir central déclare l’état d’urgence en 2013 dans les trois Etats du Nord-est, le conflit bascule dans ce qu’il faut bien nommer une guerre civile, compte tenu de l’ampleur des massacres. Le 15 février 2014 par exemple, 106 personnes ont été rassemblées dans un village proche de Maïduguri et exécutées par Boko Haram. La secte réprime des villages où se créent des sections de milices d’auto-défense, tandis que l’armée cible les villages où ces milices ne se forment pas – suspects d’être inféodés à Boko Haram.

    Les chrétiens sont-ils particulièrement visés ?
    Des attaques sont menées contre eux et revendiquées comme telles. Elles constituent un crime contre l’humanité puisqu’elles ciblent une communauté en particulier. Cependant, les musulmans sont majoritairement victimes de Boko Haram, qui cherche à imposer un islam ultra-radical et politique au Nigeria. Les imams sont l’une de ses premières cibles. Avec des effectifs estimés par des chercheurs sud-africains à 15 000 combattants et par un journaliste nigérian bien informé, Ahmed Salkida, à 50 000 sympathisants, Boko Haram est en train de prendre unedimensionsous-régionale. Les derniers bilans, après croisement de plusieurs sources par nos soins,font état depuis 2009 de 13 000 morts et 1,5 million de personnes déplacées. Un bilan qui nous paraît, à la FIDH, assez largement sous-estimé. En face, l’armée nigériane et les milices locales perpétuent le cercle vicieux de la violence et de la vengeance : depuis 2013, toutes deux ont procédé à des rafles à Maïduguri, où on dénombrerait 4 500 à 5 000 arrestations de personnes portées depuis disparues.

    Pourquoi les membres de Boko Haram kidnappent-ils des femmes ?
    D’une part, des femmes et des filles sont utilisées comme kamikazes lors d’attentats-suicide. Certaines y sont forcées, mais il existe aussi une branche féminine au sein de Boko Haram, organisée par l’épouse d’un des commandants de la secte qui a été tué. D’autre part, Boko Haram procède à des enlèvements et des mariages forcés, avec le projet de faire des femmes des outils de reproduction, des esclaves sexuelles et des préposées à la cuisine et à la lessive. L’impact de l’enlèvement des lycéennes de Chibok ne doit pas occulter le fait que Boko Haram enrôle aussi de force de jeunes garçons, notamment au Cameroun où se trouve un nouveau réservoir de recrues. Jusqu’à présent, le Tchad et le Cameroun servaient de bases arrière, de lieux de recrutement de volontaires et de transit pour les armes en provenance du Soudan...

    Boko Haram a-t-il des liens avec al-Qaïda au Maghreb islamique au nord du Mali ?
    Entre 200 et 300 combattants de Boko Haram ont été formés par Aqmi. Ils ont combattu au Mali, notamment à Konna. Aqmi a financé Boko Haram et le mouvement dissident qui en est issu, Ansaru. Un membre de Boko Haram a participé à l’enlèvement de deux jeunes Français à Niamey en janvier 2011. Par ailleurs, certains membres de Boko Haram ont été en Somalie, accueillis par les Shebab. Ces liens sont établis, même si c’est la stratégie nationale de Boko Haram qui a prévalu jusqu’à présent. Il faut se poser la question centrale des ambitions de Boko Haram au Niger, au Tchad et au Cameroun. Boko Haram a pu faire allégeance à al-Qaïda par le passé, via ses liens avec Aqmi. Il se revendique du modèle de Daesh aujourd’hui, avec la même stratégie d’occupation d’un territoire et d’instauration d’un califat.

    Faut-il s’alarmer de la formation d’un jihad panafricain ?
    Il n’est pas question de faire peur, mais d’observer la réalité des problèmes pour y répondre. Ce n’est pas un mouvement unifié, mais tous les analystes sont d’accord pour dire que le Mujao au Mali, Boko Haram, les Shebab et les groupes islamistes du Soudan ont des liens et ancrent le mouvement jihadiste en Afrique. C’est un vrai problème ! Des cellules diverses et variées existent du Kenya à la Guinée, en passant par le Tchad et le Sénégal. C’est d’autant plus inquiétant que cet essor est préparé en amont par un travail social important, réalisé par le Qatar et l’Arabie saoudite. Ces deux pays financent de petites mosquées qui participent à un mouvement de radicalisation de l’islam en Afrique.

    Qui finance Boko Haram ?
    Boko Haram a largement été financé dans un premier temps par les barons de la politique locale, notamment à Maïduguri, pour avoir des voix et assassiner des opposants. Dans un second temps, Boko Haram a braqué beaucoup de banques et des commissariats pour s’armer et se financer. Dans sa phase ascendante, Boko Haram a utilisé l’argent d’Aqmi et a commencé lui aussi à kidnapper des Occidentaux pour obtenir des rançons [sept membres d’une famille française au nord du Cameroun en février 2013, ndlr]. On le sait moins, mais Boko Haram pratique le kidnapping local et récupère des rançons au Nigeria en enlevant des gens.

    Boko Haram se trouve au cœur des enjeux de la présidentielle de 2015 au Nigeria. Faudra-t-il un président issu du nord du pays pour résoudre le problème ?
    Je ne suis pas sûr que ce soit un problème d’homme, car Boko Haram relève d’une question très structurelle. Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer son essor : la pauvreté, réelle, mais aussi le fait que les régions nord ne récupèrent aucune retombée de la manne pétrolière située au Sud. Il faut aussi mentionner une tradition d’islam sunnite rigoriste antérieure à Boko Haram. La secte musulmane et antioccidentale Maitatsine avait déjà été réprimée dans les années 1980. En avril 1984, cette répression avait fait près de 3 000 morts dans le marché de Kano.

    Propos recueillis à Paris.

    Pancarte hostile à Boko Haram à l'arrivée des troupes tchadiennes au nord Cameroun mi-janvier 2015. Reuters/Emmanuel Braun

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.