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    La popularité paradoxale de Robert Mugabe

    media Robert Mugabe à la tribune de l’Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie), le 30 janvier 2015. Reuters/Tiksa Negeri

    Robert Mugabe, 90 ans, au pouvoir depuis trente-cinq ans, fait partie des chefs d’Etat les plus indéboulonnables du continent. Désigné le 30 janvier dernier par ses pairs président de l’Union africaine pour un mandat d’un an, cette figure clivante et polémique passe pour un paria en Occident, mais reste populaire en Afrique. Réactions et explications. De Conakry à Johannesburg, des intellectuels africains réagissent.

    Qui s’est réjoui, en Afrique, de l’avènement de Robert Mugabe à la présidence tournante de l’Union africaine (UA) ? Du côté des intellectuels africains, ce n’est pas vraiment la fête. Beaucoup, comme Abderrahmane Waberi, écrivain djiboutien installé aux Etats-Unis, fustigent le fait que l’UA « offre une tribune diplomatique de tout premier rang (à un) dinosaure qui a ruiné son pays ».

    Pour Tierno Monénembo, romancier guinéen de 67 ans, Prix Renaudot pour Le Roi de Kahel (Le Seuil, 2008), ce choix est « désolant ». Il témoigne depuis Conakry : « C’est un retour au passé le plus triste et le plus insupportable de l’Afrique. Robert Mugabe s’inscrit dans la lignée des dictateurs et des assassins tels que Sékou Touré, Mobutu et Eyadéma. Il représente une figure anti-démocratique au sens le plus fort du terme. Sous couvert d’une « révolution africaine», il a monopolisé l’économie du Zimbabwe au profit de son clan, et veut désormais transmettre le pouvoir à sa femme, dans une logique de pouvoir héréditaire ! On est loin des avancées démocratiques faites au sein de l’UA sous la présidence du Malien Alpha Oumar Konaré, qui avait essayé d’insuffler ses idées de jeunesse à l’organisation panafricaine. Robert Mugabe n’a que des idées de vieillesse à proposer ! » 

    Même son de cloche à Johannesburg, à l’autre bout du continent, lorsqu’on interroge le politologue sud-africain William Gumede, 44 ans, qui vient de lancer la fondation de recherche panafricaine Democracy Works (jeu de mot en anglais sur « travaux de la démocratie » et « la démocratie fonctionne »).

    « C’est vraiment terrible du point de vue africain, estime ainsi William Gumede. Au moment où elle a besoin d’un sursaut pour se battre contre Boko Haram au Nigeria, l’UA va se perdre en commentaires sur chacune des petites phrases de Mugabe contre l’Occident. Encore une année de perdue pour l’Afrique ! Il ne se passera rien en 2015 du côté de l’UA, parce que Mugabe est trop vieux pour se concentrer sur quoi que ce soit. »

    La presse sud-africaine n’a guère commenté l’élection de Robert Mugabe à la présidence tournante de l’UA, qui échoit traditionnellement au pays qui doit accueillir le prochain sommet de l’UA. « Les Sud-Africains ne s’intéressent pas vraiment à l’UA, parce qu’ils savent que le vrai pouvoir n’est pas à Addis-Abeba », souligne Gumede.

    Des défenseurs, du Mali à l’Afrique du Sud

    Pourtant, en Afrique du Sud comme ailleurs sur le continent, le point de vue férocement anti-colonialiste de Robert Mugabe compte bien des adeptes. A commencer par Julius Malema, le jeune leader populiste du Front de libération économique (EEF), qui a réussi une percée face au Congrès national africain (ANC) lors des dernières élections générales de 2014. Julius Malema, qui se réclame du « Vieux crocodile », affirmait en janvier au site « African Eye » qu’il accepterait volontiers les financements « cash » de Robert Mugabe. « C’est l’argent le plus propre que nous puissions recevoir, déclarait-il avant d’ajouter : Aucun système n’a bien fonctionné pour les Africains, en dehors du système zimbabwéen. Les Zimbabwéens aujourd’hui peuvent avoir faim et être pauvres, mais au moins, ils sont les propriétaires. »
     
    A Bamako, Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la Culture et voix de l’altermondialisme africain, ne veut pas faire de commentaire. Elle rappelle qu’elle a déjà publié sur le site de Mediapart en décembre 2008 un texte intitulé Robert Mugabe : l’insoumis et le bouc-émissaire.

    Dans ce texte, elle rend hommage au père de l’indépendance du Zimbabwe en ces termes : « Robert Mugabe n’est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du choléra et de je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres, il a réussi à réaliser le taux d’éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. [...] La persécution dont il est l’objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu’un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. »

    Un vieux ressentiment anticolonial

    En d’autres termes, « Mugabe a eu raison de mettre les Blancs dehors et de reprendre possession des terres », résume à Dakar un photographe sénégalais, qui préfère garder l’anonymat.  Pour le politologue béninois Francis Akindès, professeur à l’université de Bouaké (Côte d’Ivoire), la popularité paradoxale de Robert Mugabe en Afrique s’explique par le simple fait qu’il incarne un vieux ressentiment post-colonial. « Les livres d’histoire en Afrique font une espèce de fixation sur le règne de l’Occident, avec l’esclavage, la colonisation, et tout ce qui s’est passé entre 1960 et 1980, après les Indépendances – une époque marquée par la guerre froide, qui a vu l’Occident et surtout la France soutenir des dictatures en Afrique. »

    Auteur de nombreux essais, dont l’ouvrage collectif Côte d’Ivoire : la réinvention de soi dans la violence (Codesria, Dakar, 2011), Francis Akindès poursuit : « S’ajoute à cette fixation une vieille rhétorique marxiste sur l’impérialisme, et voilà sédimentée une sorte de haine contre l’Occident. Toute figure politique qui tend à dire non aux anciennes puissances coloniales devient ainsi charismatique, malgré les faiblesses de son propre régime… On l’a très bien vu en Côte d’Ivoire avec Laurent Gbagbo, qui a fonctionné sur le même registre. Mugabe a beau avoir ruiné son économie, il continue de construire sa légende, en exploitant un vieux ressentiment. Cela étant, il existe une nouvelle génération en Afrique qui n’est plus sensible à ce genre de discours. On le sent à l’université : les jeunes veulent des réponses sur les responsables africains qui les exploitent, eux aussi ! »
     

    Le président zimbabwéen Robert Mugabe à la session ordinaire du sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, le 31 janvier 2015. Reuters/Tiksa Negeri
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