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    L’Angola, un mirage qui s’éloigne pour le Portugal

    media Des conteneurs à destination d'Angola bloqués dans le port de Lisbonne. RFI/Marie-Line Darcy

    Poussés par la crise, les Portugais sont partis massivement travailler dans leur ancienne colonie, l’Angola, pays de la croissance à deux chiffres. A son tour, l’économie de ce pays vacille pour cause de pétrole bon marché. C’est, pour les Portugais, le spectre d’un retour anticipé en terre lusitanienne.

    Les Portugais sont 200 000 ou 250 000 à vivre en Angola. Difficile à dire avec exactitude, mais ils constituent la première communauté étrangère dans leur ancienne colonie africaine. Ces dernières années, la crise, le chômage ou le besoin de maintenir un niveau de vie désormais entamé par l’austérité ont poussé des milliers de travailleurs à rejoindre la capitale, Luanda, gagnée par une soif d’expansion sans précédent.

    L’Angola absorbe avec frénésie les professionnels qualifiés que sont les Portugais, favorisés par une langue et une histoire communes avec le pays d’accueil. Qualifiés et compétents, soucieux du travail bien fait et durs à la tâche, les architectes, ingénieurs, informaticiens et spécialistes des communications font merveille dans un pays qui a besoin de toutes les infrastructures.

    « L’Angola nous confie du travail parce que nous apportons la certification européenne, du matériel solide et nous pouvons garantir les finitions. De sérieux atouts face à la concurrence chinoise et brésilienne », explique Antonio Duarte, un architecte installé depuis trois ans en Angola. Un exemple d‘insertion réussie parmi beaucoup d’autres.

    Le baril de brut est passé de 85 à 45 dollars

    Pourtant, l’image d’eldorado des temps modernes qu’incarne pour beaucoup l’ancienne colonie portugaise se fissure. Le pays subit de plein fouet la chute du prix du pétrole : en quelques mois, le baril de brut est passé de 85 à 45 dollars. Le pétrole pour l’Angola, c’est 95 % des exportations, et 72 % des recettes. Une situation qui vient d’obliger le gouvernement de Luanda à concocter en urgence un budget rectificatif sur la base d’un baril à 40 euros. Avec, pour première conséquence concrète, la diminution de l’investissement public. « Nous savons que les mesures de restrictions ne concernent pas uniquement les Portugais, mais nos entreprises n’ont pas les appuis financiers dont disposent les autres étrangers, à commencer par les Chinois », souligne Nicolau Santos, directeur-adjoint de l’hebdomadaire Expresso, fin connaisseur de l’Angola.

    Antonio Duarte, un architecte portugais installé depuis trois ans en Angola, a réussi son insertion. RFI/Marie-Line Darcy

    La diminution des projets structuraux ou de l’immobilier peut menacer à court terme la survie des entreprises de construction ou d’installation de services, pourvoyeuses d’emploi sur place. A cela s’ajoute l’impact de la rareté de la devise - le pétrole se monnaie en dollars et non en kwanza, la monnaie angolaise. « Les paiements déjà bien souvent tardifs risquent de souffrir de nouveaux délais. Sans liquidité, les entreprises les moins solides vont mettre la clef sous la porte. Et les salariés vont devoir rentrer », estime Nicolau Santos.

    « Les perspectives ne sont pas brillantes : encore trois ou quatre mois comme ça et c’est la clef sous la porte pour les entreprises étrangères. J’ai préféré prendre les devants », explique Vitalino, qui vient de décrocher un emploi qu’il qualifie d’avantageux dans une société d’entretien d’immeubles. Il travaillait précédemment pour Sonangol, la compagnie pétrolière.

    Un pays aux abois, et des Portugais inquiets

    Les travailleurs et employés portugais sont sous la menace directe de la raréfaction de la devise. Ils envoient régulièrement une partie de leurs revenus aux familles restées au Portugal. Or, Luanda veut ponctionner les transactions bancaires, imposer une taxe de l’ordre de 18%, pour retenir le plus possible les précieux euros ou dollars dans le pays. Une énorme ponction, alors que l’Angola représente désormais 10 % de l’ensemble des fonds renvoyés au pays par la diaspora lusitanienne dans le monde (quelque 5 millions de personnes vivent hors du pays).

    Entre 2011 et 2013, les temps forts de la crise économique portugaise, les transferts en euros depuis l’Angola sont passés de 147 millions à 304 millions d’euros. Mais avec les premiers frémissements de la chute du prix du pétrole en 2014, ces transferts ont diminué de 15%, et de près de 50% en décembre dernier. Quelques Portugais sont rentrés, mais une nouvelle vague de retornados – les colons rentrés au pays après la révolution de 1974 - serait redoutable pour le Portugal en crise, frappé par un chômage à 14%.

    Les remous à Luanda inquiètent Lisbonne

    Plus menaçante encore, la décision angolaise d’imposer des quotas d’importation, notamment sur les produits alimentaires, principalement fournis par le Portugal. « Nous constatons des retards dans les livraisons depuis Lisbonne. L’Angola, pour limiter ses dépenses, veut devenir autonome à 60 % sur le plan alimentaire. Cela va sans doute contraindre les Portugais à changer de stratégie, et les obliger à créer des entreprises sur place en Angola », déclare avec prudence Paulo Varela, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie Angola-Portugal. Il est l'un des rares a avoir accepté de s’exprimer sur la question. Ni le ministère de l’Economie, ni l’AICEP (Direction du commerce), ni les exportateurs n’ont voulu communiquer, au risque de confirmer l’existence du malaise.

    L’Angola est le 5e partenaire économique du Portugal, pays qui fait des exportations le moteur de sa reprise économique. Mais après une courte embellie, celles-ci stagnent à nouveau. Les freins mis par Luanda ne sont pas de bon augure, même si le baril de pétrole passe à nouveau au-dessus des 60 dollars fatidiques.

    L’Angola va sans doute poursuivre sur la voie de la diversification de ses recettes pour éviter la flambée des prix : le litre d’essence est passé de 65 centimes à 1,20 euro en quelques semaines, au moment où le pays s’avance vers une présidentielle qui marquera la fin de la domination directe de José Eduardo dos Santos. Quant au gouvernement de Lisbonne, il ne peut s’offrir le luxe de se passer de l’Angola, alors que se profilent les législatives d’octobre 2015.

    A lire aussi :

    Les inégalités freinent la croissance de l'Angola.

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