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    Retour sur le 24e Fespaco où la révolution était dans la salle

    media Guichet au cinéma Neerwaya, à Ouagadougou, lors du 24e Fespaco. Siegfried Forster / RFI

    Très attendue, la 24e édition du Fespaco s’est terminée le 7 mars avec l’Etalon d’or décerné au Marocain Hicham Ayouch pour « Fièvres ». Longtemps menacé pour des raisons sécuritaire et sanitaire, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou a tenu bon dans un contexte difficile. Le peu d’ambiance dans les rues de la ville – manque de festivaliers et de marchands ambulants - lors de ce premier Festival après la révolution d’octobre a été largement contrebalancé par des séances de cinéma historiques qui entreront dans les annales de ce rendez-vous incontournable pour le cinéma et les cinéphiles africains.

    A l’annonce de Fièvres comme l’Etalon d’or 2015, beaucoup des spectateurs et observateurs avaient l'air d'avoir été frappés par la foudre. Une minute avant le verdict, pratiquement personne n’aurait parié un franc CFA sur ce film du Marocain Hicham Ayouch. Quelques jours plus tard, avec le recul nécessaire, le choix du jury, mené par le réalisateur ghanéen Kwaw Ansah, apparaît comme une décision tout à fait logique de cette 24e édition.

    « Fièvres », symbole d’une ouverture panafricaine

    Ainsi, Fièvres est devenu le symbole d’une ouverture décidée lors de la précédente édition en 2013, longtemps avant la révolution d’octobre 2014. En 2015, et pour la première fois dans son histoire, le Fespaco a laissé concourir des films de la diaspora africaine pour l’Etalon d’or, la Palme d’or du cinéma africain. De fait, ce film couronné, tourné par un Franco-Marocain né à Paris et qui avait grandi et appris son métier dans la capitale française, est plus « français » qu’africain. Son histoire parle de la France des immigrés, de leur recherche des racines, de leur identité culturelle et religieuse souvent malmenée, de leur quête d’un avenir, jusqu’à présent souvent paralysée par les non-dits qui bloquent les esprits et les vies…

    Etre issue de la diaspora n'a pas empêché Hicham Ayouch de tenir devant les 5 000 spectateurs du Palais des Sports à Ouaga un discours panafricain enflammé contre l’exploitation et les affres du continent noir : « J'ai la peau blanche, mais le sang qui coule dans mes veines est noir. Mon père est Marocain, ma mère est Tunisienne. Je suis Africain et je suis fier de l'être. » Et de renchérir : « On nous a volé notre passé, on a tenté d’effacer notre histoire, mais notre futur nous appartient et il est temps de prendre notre destin en main. Nous sommes un continent beau, un continent noble, un continent riche, nous sommes la mère de toutes les terres et nous sommes l’essence du monde... » Avant de finir sous les applaudissements : « Je n’ai pas besoin d’aide, je n’ai besoin de la coopération de personne. J’ai juste besoin qu’on cesse d’exploiter mon continent et qu’on fasse couler des rivières de sang ».

    « Timbuktu », le film le plus attendu dans l’histoire du Fespaco

    Autre événement notable de cette 24e édition, la présence de Timbuktu, après l’engagement personnel du président de la transition burkinabè, Michel Kafando (« Si vous me promettez que vous allez diffuser le film Timbuktu, alors, très certainement, je serais avec vous »), et des longs moments d’hésitations de la part du Fespaco de déprogrammer ce film fraîchement décoré par 7 César. Finalement, l’attentat si appréhendé par les autorités de Ouagadougou s’est produit à Bamako... dans la capitale du pays voisin, le lendemain de la première projection de Timbuktu à Ouaga, confirmant au passage que la question sécuritaire du festival avait été posée à juste titre. Dans la compétition du Fespaco, le film d’Abderrahmane Sissako était bien le seul qui abordait le sujet des jihadistes et qui condamnait leur interprétation de l’islam.

    D’autre part, Ouaga n'est pas Paris où le film à été presque unanimement salué comme un chef-d'œuvre démontrant la terreur et le non-sens de l'occupation jihadiste au nord du Mali. A Ouagadougou, un titre comme « Tonnerre d'applaudissements pour Timbuktu » n'aurait pu être écrit que par quelqu'un qui n'était pas dans la salle du Ciné Burkina. Certes, selon des habitués du Fespaco, la séance restera dans les annales comme la plus attendue de l’histoire du Festival, avec des centaines de festivaliers restés devant la porte. A l’intérieur, les 400 spectateurs étaient éprouvés par la violence des coups de fouet et de la lapidation montrés dans le film. D'un autre côté, le public semblait émerveillé par la beauté des images et des paysages, mais l’applaudissement chaleureux à la fin de la séance a duré très exactement dix-huit secondes et les avis du public concernant la pertinence du film étaient très partagés… Et cela visiblement aussi chez les jurés des longs métrages.

    En décernant à Timbuktu seulement deux prix mineurs pour le décor et la musique, le jury international, composé de membres venus du Ghana, des Antilles, d’Egypte, d’Ethiopie, du Burkina Faso, du Zimbabwe et du Maroc, avait clairement pris ses distances avec l’enthousiasme exprimé aux César à Paris et rejoint en quelque sorte le jugement du jury à Cannes où le film était reparti bredouille.

    La déferlante Thomas Sankara

    Le film qui avait galvanisé le plus le public du Fespaco a été projeté hors compétition. Capitaine Thomas Sankara, programmé un lundi soir à 22h30, loin du centre-ville, au ciné Neerwaya, s’est transformé en véritable événement cinématographico-politique. Dans ce documentaire doté d’archives rares voire inédites, rassemblées par le Suisse et Burkinabè de cœur, Christophe Cupelin, chaque apparition à l’écran du président chassé, Blaise Compaoré, a été chahutée pendant que les discours du président révolutionnaire assassiné en 1987 ont été vivement acclamés.

    D’autres films burkinabè, comme Twaaga de Cédric Ido ou La Sirène de Faso Fani de Michel K. Zongo, tous tournés avant la révolution d’octobre 2014, ont eux aussi ressuscité le mythe Thomas Sankara, qui n’est plus tabou depuis l'insurrection populaire. « Nous, en Afrique, on est le futur du monde. Thomas Sankara nous avait montré la voie. Il faut qu’on soit fiers de nous-mêmes. Il y a des belles choses à faire », a même entonné  Hicham Ayouch.

    Les films burkinabè et le souffle de la révolution dans les salles

    Au-delà du phénomène Sankara, les films burkinabè ont créé la grande surprise du Fespaco 2015. Après avoir gagné la faveur du public lors des projections, L’Œildu cyclone, du Burkinabè Sékou Traoré, a remporté l’Etalon de bronze, le prix de la meilleure première œuvre. Et les prix de la meilleure interprétation masculine et féminine sont allés à Fargass Assande et Maïmouna N’Diaye. Cette dernière est, à elle toute seule, l’incarnation d’un panafricanisme moderne : d’un père d’origine sénégalaise et d’une mère nigériane, la comédienne a grandi en Guinée-Conakry, vécu dix ans en Côte d’Ivoire et vit, après avoir fait des études en France, depuis 2000 au Burkina Faso.

    Les films burkinabè, primés par 4 prix d’envergure et 6 prix spéciaux, se sont avérés merveilleusement en fusion avec les attentes du public du festival et de la société burkinabè post-révolutionnaire. Ce sont les questions d’injustice, de corruption et du vivre ensemble, exprimées dans L’Œil du cyclone de Sékou Traoré, dans Cellule 512 de Missa Hébié ou dans la série Eh les hommes ! Eh les femmes, de Woyé Appoline Traoré, distinguée par un prix spécial, qui ont fait vibrer le, et surtout leur, public avec un regard assez éloigné des préoccupations cinématographiques occidentales.

    « Fadhma N’Soumer », une fresque « napoléonienne » venue de l’Algérie

    Dans la même veine, les films maghrébins ont fait un tabac au Fespaco. L’Etalon d’argent, Fadhma N'Soumer, de l’Algérien Belkacem Hadjadj, se plaît à mettre en scène la beauté plastique et le récit glorieux de la « Jeanne d’Arc » de la Kabylie, exaltant un combat héroïque et juste contre les troupes coloniales françaises dans les années 1850. Quant au Poulain d’or pour De l’eau et du sang, du Marocain Abdelilah Eljaouhary, primé en tant que meilleur court métrage, l’histoire raconte sans fioriture les coutumes de la société marocaine. « L’eau est l’origine de la vie. Le sang signifie la mort. Malheureusement, dans notre culture, on donne souvent plus de place au sang qu’à l’eau. A travers le film, j’ai essayé de transmettre des messages pour qu’on aime la vie plus que la mort », dit le réalisateur.

    L’échec de la révolution numérique

    Une révolution est restée totalement inachevée au Fespaco 2015. La première édition entièrement consacrée aux courts et longs métrages tournés et projetés en numérique a connu des ratés. Combien de fois un film en lice pour l’Etalon d’or n’a-t-il pas démarré, puis notamment s’est arrêté en plein milieu de la projection, et cela dans les deux plus grandes salles du Festival ? Cette expérience douloureuse, vécue par beaucoup de festivaliers, a révélé que l’installation de l’équipement numérique n’avait pas été complétée par une formation adaptée des projectionnistes. Dans les salles moins prestigieuses, des films tournés en format 16/9 ont même été projetés en 4/3. Résultat : des films massacrés avec des images amputées sur les deux côtés du grand écran. Autrement dit, même dans un pays de transition qui attend ses élections en octobre, dans les salles de cinéma, la révolution doit continuer.

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