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    Jean-Noël Schifano: «Chaque écrivain est un continent noir »

    media Jean-Noël Schifano est italianiste et directeur de la collection Continents Noirs aux éditions Gallimard. C.Helie/Gallimard

    Continents Noirs fête cette année ses quinze ans. Cette collection des éditions Gallimard a publié 40 auteurs, plus de 90 titres, et remporté plus de 25 prix littéraires. Elle a fait connaître Scholastique Mukasonga, Nathacha Appanah, Boniface Mongo-Mboussa, Amal Sewtohul, pour ne citer que ceux-là. Entretien avec son directeur, Jean-Noël Schifano.

    RFI : A quel moment avez-vous eu l’idée de cette collection ?

    Jean-Noël Schifano : L’idée est née pendant un voyage au Gabon. J’en ai parlé à Antoine Gallimard qui faisait partie du voyage. Dès les premiers mots échangés, Antoine était partant à condition que j’assume la direction de la future collection. Je pouvais difficilement refuser. Nous avons fait une conférence de presse à Libreville pendant laquelle nous avons annoncé le projet et nous avons pris date. Nous étions alors en janvier 1999. Exactement un an après, en janvier 2000, nous sommes retournés dans la capitale gabonaise, cette fois avec les auteurs des premiers titres de la collection. Il faut aussi rappeler que la création de Continents Noirs, il y a quinze ans, correspondait à une nécessité éditoriale réelle.

    A l’époque, il existait pourtant d’autres collections dédiées à l’Afrique…

    Je vais vous expliquer ce que je veux dire par « nécessité ». Lorsqu’en 2000, je m’apprêtais à publier L’ivrogne dans la brousse d’Amos Tutuola, traduit en français par Raymond Queneau, des amis très bien intentionnés et très cultivés ont tenu à me prévenir que c’était Queneau le véritable auteur de ce livre. Ils étaient convaincus que Tutuola était un pseudonyme !

    C’est en effet le bruit qui a couru lors de la parution du livre en français en 1953.

    C’était il y a cinquante ans et Queneau l’avait démenti à l'époque. N’est-ce pas scandaleux qu’en l’an 2000, à l’orée du XXIe siècle, des gens pensent encore en France qu’un livre aussi fort, aussi fondamental que L’Ivrogne dans la brousse ne puisse pas être écrit par un Noir ! Qui plus est, quand le livre a été publié, les journalistes ont illustré leurs articles avec une grande photo de Queneau et une photo toute rikiki d’un Noir qui n’était peut-être pas forcément Amos Tutuola ! Cette méconnaissance illustre bien la nécessité de faire une meilleure place aux littératures d’Afrique dans le champ éditorial français.

    Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de la collection ?

    La ligne éditoriale, c’est l’Afrique et sa diaspora. Je voulais que cette collection donne à voir le monde noir dans toute sa pluralité. Ce qui fait aussi l’unité de l'ensemble, c’est peut-être l’écriture anti-minimaliste des auteurs que j’ai publiés. Cette écriture que je qualifie volontiers de « réalisme baroque », embrasse tous les contours du réel. Prenez Les corps intermédiaires de Mamadou Mahmoud N’Dongo, l’un des auteurs les plus originaux de la collection. Ses pages sont construites comme des alternances du vide et du plein. Elles me font penser à des sculptures baroques où le vide vient en quelque sorte compenser le trop-plein.

    Le nom de la collection, c’est vous qui l’avez trouvé ?

    Nous l’avons trouvé tous ensemble, mais je trouve qu’il nous va bien. Chacun de mes auteurs est un continent. D’où le nom de la collection. Par ailleurs, au pluriel, « Continents Noirs»  traduit cette pluralité de sensibilités dont nous voudrions être la vitrine. La collection accueille à la fois une expérience purement africaine ainsi que des récits nés des migrations et de l’essaimage de l’Afrique à travers le monde.

    Vous aimez aussi parler de « Désir d’Afrique » ?

    C’est le titre de l’ouvrage de Mongo-Mboussa que nous avons accueilli dans la collection. Je crois qu’elle définit bien notre démarche. Comme Ahmadou Kourouma avait préfacé ce livre, je l’avais invité à la table ronde qui avait été organisée pour le lancement du titre. On m’avait dit que Kourouma avait tendance à s’endormir devant le micro. Or, c’est tout le contraire qui s’est passé. Il était tellement content d’être là qu’il n’a pas lâché le micro de la soirée. Il nous disait que c’était peu ordinaire de parler de Désir d’Afrique alors que le continent noir a toujours été si mal traité par l’opinion.

    Quels sont les grands moments de bonheur pour un directeur de collection ?

    Quand, par exemple, un auteur de la collection remporte le prix Renaudot. Ce grand moment de bonheur, je le dois à Scholastique Mukasonga. Elle a reçu le prix en 2012 pour son livre Notre-Dame du Nil. Le titre s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires. Pour un directeur de collection, le moment de bonheur exceptionnel, c’est aussi la découverte d’un auteur. Je me souviendrai longtemps de mon émerveillement lorsque j’ai lu Quintet de Frédéric Ohlen, qui est un auteur de la Nouvelle-Calédonie. C’est un livre parfait, tant dans sa forme que dans son fond, qui est riche d’une réflexion mythique et historique d’une force exceptionnelle.

    Tous les manuscrits ne sont pas parfaits…

    Non, mais c’est le travail normal d’un éditeur de pousser un auteur à retravailler son texte, lui faire réécrire un chapitre. Mes auteurs me font confiance, car comme je suis moi-même écrivain, je comprends leurs difficultés et leurs blocages. Nous parlons beaucoup. Je suis disponible pour eux jour et nuit. Les auteurs vous le confirmeront. Je ne suis pas un « éditeur tronc » qui reste derrière son bureau. J’ai même invité mes auteurs à venir avec moi à Naples, une ville que je connais bien et que je leur ai fait découvrir.

    Combien de livres publiez-vous par an ?

    En moyenne, six nouveaux titres par an. En 2015, la collection comptera 40 auteurs et quelque 90 titres. On peut répartir grossièrement nos publications en trois grands ensembles : « découvertes », « renaissances » et « racines ». D’abord, les auteurs que j’ai découverts, secundo, les auteurs qui sont déjà connus, mais qui choisissent pour une raison ou une autre de venir publier chez nous, et enfin, ceux que j’appelle les « écrivains-racine » comme Mongo Beti ou Tchicaya U Tam’si dont on a publié ou on va publier les œuvres complètes. Pour être complet, la collection compte aussi deux titres traduits, l’un de l’espagnol et l’autre du portugais.

    Est-ce que vos livres sont disponibles en Afrique ?

    Oui, les livres sont disponibles en Afrique, mais à des prix abordables. Lors du lancement de la collection, j’avais proposé la formule « une goutte de pétrole contre une goutte d’encre ». J’avais imaginé un système pour faire subventionner la publication et la distribution de livres par des pays africains exportateurs de pétrole. Mais comme la mise en place du système s’est révélée compliquée, Gallimard a décidé unilatéralement de fixer à 9,50 euros le prix de vente des titres de Continents Noirs. Certes, c’est encore cher, mais c’est déjà ça.

    Cette année, le Salon du livre est consacré au Brésil. A quand un Salon du livre africain ?

    J’appelle de tous mes vœux l’organisation d’une grande manifestation littéraire et populaire consacrée à l’Afrique. Il y a urgence !

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