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    Sri Lanka: fragile réconciliation entre Cinghalais et Tamouls

    media A Jaffna, Sylvia et sa famille ont fui leur grande maison en 1990 et vivent depuis dans ce camp de réfugiés de Sabapathi Pillai où elle tient cette épicerie. RFI/ Sébastien Farcis

    Après vingt-six ans de guerre civile entre l'armée et la guérilla tamoule et six ans d'un régime autoritaire, l'élection d'un nouveau président le 8 janvier dernier au Sri Lanka a ouvert la voie à la réconciliation. Celle-ci devra passer par la restitution, aux Tamouls réfugiés, des terres occupées par l'armée. Et par la mise en place d'un tribunal pour juger les crimes commis à la fin de la guerre. Le chemin sera long.

    Elle avance d'une démarche fatiguée dans les allées qui serpentent, habillée d'une robe rouge écarlate qui contraste avec sa peau chocolat. Sylvia nous emmène chez elle, réticente. « Ce n'est pas très joli », soupire-t-elle, gênée, en poussant la porte en bois et tôle. Le sol est en terre brune, les murs sont un mélange de ferraille rouillée et de ciment, comme pour montrer l'évolution de la construction au fil des années. Sylvia et sa famille sont des déplacés temporaires devenus réfugiés permanents. Elle et son mari ont fui les combats entre la guérilla des Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul (LTTE) et l'armée régulière, qui ont ravagé cette région de Jaffna, au nord du Sri Lanka.

    Partis en juin 1990, ils n'ont jamais pu revenir sur leurs terres, situées à 12 kilomètres de ce camp, domicile improvisé de plus de 200 familles tamoules. Les enfants, qui courent, insouciants, chercher des friandises et des racines de palmiers pour le goûter, n'ont jamais connu autre chose que ce grand bidonville.

    La promesse du retour

    Mais cela pourrait bientôt changer, espère Sylvia. « Maithripala devrait nous permettre de rentrer chez nous », affirme-t-elle. Celui qu'elle appelle par son prénom, selon la coutume tamoule, est le nouveau président du Sri Lanka, Maithripala Sirisena. Elu le 8 janvier dernier, il a promis d'initier un nouveau processus de réconciliation entre les Cinghalais du sud et la minorité tamoule du nord, déchirés par vingt-six ans de guerre civile.

    Ce conflit a entraîné la mort de 100 000 personnes, dont au moins 40 000 civils lors de l'assaut final de l'armée sri-lankaise en 2009 et la disparition de 80 000 autres, enlevés, torturés ou enrôlés de force par les belligérants (cf. encadré ci-dessous). Pour Sylvia et les 100 000 Tamouls déplacés dans cette province du Nord, l'écriture de cette nouvelle page doit commencer par la restitution de leurs terres. Mais un problème se pose : beaucoup d'entre elles sont aujourd'hui occupées par l'armée.

    L'armée fait des affaires

    En remontant vers le nord de Jaffna par une route bordée de maisons détruites par la guerre, nous sommes soudainement arrêtés à un check-point. « Papiers... Où allez-vous ? », nous lance un militaire en uniforme et képi kaki. « A Thalsevana », répond mon collègue tamoul. « D'accord. Passez ». La moto s'engage alors librement entre les baraques d'officiers et les camions intimidants. Direction l'hôtel de Thalsewana ! Au bout de 500 mètres, apparaît une plage de sable blanc, ses chaises longues et parasols. Une fontaine coule paisiblement près de la réception.

    Nous sommes dans la « zone de haute sécurité » de Kankesanthurai. Une relique de la guerre, judicieusement mise à profit par l'armée, qui gère depuis 2010 cet hôtel de bord de mer. Selon l'association Sri Lanka Campaign for Peace and Justice, les différents corps d'armée détiennent et opèrent ainsi 17 complexes hôteliers dans le pays. Sous couvert de sécurité nationale, l'armée fait des affaires, dénonce l'ONG.

    « Pas de précipitation »

    Dans son bureau de Jaffna, le député Mavai Senathirajah s'impatiente, une carte de la région déployée devant lui. « Les militaires cultivent nos terres fertiles et vendent cette production sur nos marchés. Ils ont aussi chassé nos pêcheurs, puis ramené et protégé des Cinghalais pour pêcher ». Son parti de l'Alliance nationale tamoule (TNA) soutient le nouveau gouvernement, et cet élu est en charge de négocier le retrait des militaires. Ce politicien vétéran se dit confiant, mais s'assombrit quand on parle de calendrier : « Ils nous ont dit qu'ils ne veulent pas le faire dans la précipitation. Sinon l'opposition les accuserait de mettre en danger la sécurité du pays. » Le gouvernement s'est en effet engagé à libérer 4 km2 de terres – entre le Nord, le Nord-Est et à Colombo – soit une petite partie des 24 km2 occupés dans la seule région de Jaffna.

    Une page douloureuse à rouvrir 

    Aux abords du camp militaire, les vastes terres côtières, qui font face à la pointe de l'Inde, commencent à se repeupler. Des dizaines de maisons en béton, souvent construites avec l'aide du gouvernement indien, ont été bâties ces dernières années. Mais reconstruire les liens communautaires sera beaucoup plus difficile pour ce nouveau gouvernement, car cela nécessitera d'affronter une dure réalité – ce que le Conseil de la province du Nord a nommé, dans sa résolution du 10 février, le « génocide » du peuple tamoul.

    Cela fait principalement référence au bombardement aveugle de l'armée sri-lankaise sur les dernières poches contrôlées par la rébellion des Tigres ainsi que sur les « No Fire Zones », créées justement par les militaires pour accueillir les 330 000 civils en exode. Colombo nie les avoir visés et accuse les séparatistes, mais les relevés satellitaires et les témoignages de victimes indiquent le contraire. Entre janvier et mai 2009, selon une estimation de l'ONU, plus de 40 000 civils tamouls auraient péri dans ce qui constitue clairement un crime de guerre. 


    L'ONU OFFRE UN SURSIS A SIRISENA

    Avant d'entamer la difficile réconciliation interne entre Cinghalais et Tamouls, Maithripala Sirisena, le nouveau président sri-lankais, fait la paix avec la communauté internationale. Son prédécesseur, l'autoritaire et nationaliste Cinghalais Mahinda Rajapakse, est accusé d'avoir été responsable du massacre de plus de 40 000 Tamouls lors du dernier assaut de la guerre. Et il refusait toute enquête de l'ONU dans le domaine. Le placide Sirisena n'a pas radicalement renversé la tendance, mais il a annoncé vouloir faire la lumière sur les « supposés crimes de guerre » dont sont accusés les belligérants, dont l'armée aujourd'hui sous son contrôle.

    Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, qui devait rendre un rapport sur ces atrocités en mars, a accueilli avec enthousiasme ces déclarations et accepté de reporter sa publication à septembre prochain, en espérant que ces paroles se transforment en actes. Le nouveau gouvernement a promis la création d'un « panel d'enquête » dans les semaines à venir et se dit ouvert aux « conseils » de l'ONU, mais pas à sa participation. Les militants tamouls, qui ont déjà observé avec frustration le travail de deux commissions de réconciliation sous Mahinda  Rajapakse, ont peu confiance, car ces dernières n'avaient aucune indépendance ou pouvoir pour poursuivre des accusés.

    Ruki Fernando, un Cinghalais catholique à la tête de l'ONG Inform, est plus tempéré. « La réconciliation ne pourra se faire qu'en interne, accorde-t-il. Mais certaines victimes peuvent craindre de se confier aux autorités ou aux forces de sécurité nationales qu'elles accusent de ces crimes. Du reste, nous n'avons pas de loi qui punit de crimes de guerre, contre l'humanité ou de génocide, ni assez d'avocats ou de juges compétents dans ce domaine. Et ces compétences ne se créent pas en quelques mois, prévient-il. Pour toutes ces raisons, nous avons clairement besoin de l'assistance de la communauté internationale pour juger ces crimes. »

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