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    Hebdo

    Bangladesh: les blogueurs sont assassinés et les journalistes arrêtés

    media Une proche du blogueur bangladais laïc Washiqur Rahman, assassiné à coups de poignard par des islamistes, vient de reconnaître le corps du jeune homme, lundi 30 mars, juste après sa mort. AFP PHOTO/Munir uz ZAMAN

    Washiqur Rahman, blogueur laïc de 27 ans, pourfendeur du fondamentalisme islamique sur Facebook, a été tué de coups de couteau ce lundi 30 mars à Dacca par des étudiants en école islamique. Il est le deuxième auteur indépendant en moins de cinq semaines à avoir été assassiné dans la capitale du Bangladesh par des intégristes musulmans. Au Bangladesh, la liberté d'expression est sans cesse attaquée aussi par le pouvoir, laïc, en place. Le gouvernement bangladais menace, poursuit et parfois même arrête les journalistes pro-fondamentalisme ou « de l’opposition », et ceux qui osent des critiques à son encontre.

    Cinq auteurs actifs sur les réseaux sociaux ont été massacrés au Bangladesh depuis 2004. Le dernier meurtre en date remonte à ce lundi 30 mars 2015. Trois hommes ont attaqué Washiqur Rahman, 27 ans, à environ 500 mètres de chez lui, à Dacca. Ce blogueur a été poignardé à mort avec de grands couteaux. « Ils l'ont frappé à la tête et au cou [...] et une fois à terre, ils ont lardé son corps de coups de couteaux », a précisé le chef de la police locale, Wahidul Islam.

    Deux hommes, qui tentaient de fuir, ont été arrêtés après l'agression. Ils sont âgés d'une vingtaine d'années. « Les premières auditions des deux suspects semblent montrer qu'ils l'ont tué parce qu'il critiquait les islamistes radicaux », a déclaré un autre responsable de la police, Biplob Kumar Sarker. L’un des deux suspects était étudiant dans une madrasa dirigée par le groupe islamiste Hefazat-e-Islam (qui a piloté des manifestations géantes contre les blogueurs laïcs en 2013). Un troisième suspect est parvenu à s'enfuir. Et une quatrième personne, organisateur présumé de l’attaque, est également accusée de meurtre.

    Le blog de Rahman ne semblait pas centré sur les questions religieuses. En revanche, il postait, selon la police, sur une page Facebook au nom de Washiqur Babu, des articles d'autres auteurs ridiculisant les opinions de fondamentalistes islamiques. Il écrivait aussi, semble-t-il, sous le nom de Kutshit Hasher Chaana (« vilain petit canard ») et ses amis le disent athée.

    « Impunité »

    « Il a été assassiné car il existe ici une culture de l'impunité. C'était un libre-penseur progressiste opposé au fondamentalisme religieux », a dit Imran Sarker, responsable du réseau de blogueurs, Blogger and Online Activists Network. Mais pour une fois, la police et la justice ont fait vite, puisque les meurtriers présumés ont comparu sous haute sécurité mardi 31 mars devant un juge qui a prolongé leur garde à vue de huit jours.

    Comme lors du meurtre de l’écrivain et blogueur américain Avijit Roy, le 26 février 2015, la communauté des blogueurs et les partisans d’un régime laïc ont manifesté le soir du meurtre. Une veillée aux chandelles a eu lieu à l’université de Dacca, leur fief. Ils dénoncent le gouvernement dirigé par la Première ministre Sheikh Hasina pour l'insuffisance de protection apportée aux auteurs humanistes. En effet, face à la menace islamiste, sa seule parade est d’arrêter les blogueurs et de bloquer certains de leurs sites, tout en renforçant leur sécurité.

    Aussi ce ne sera qu’à partir du 21 avril que les huit assassins présumés - sept étudiants et un prédicateur musulman - du blogueur athée de 35 ans Ahmed Rajib Haider, alias Thaba Baba, tué en février 2013, seront jugés (d’où ces critiques sur l’impunité). Ils risquent la peine capitale pour avoir mutilé jusqu’à la mort de multiples coups de machettes Thaba Baba qu’ils accusaient d’injurier l’islam. Un deuil national avait suivi cet assassinat, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues.

    Jamaat-e-Islami

    Avijit Roy, lui, était un écrivain et blogueur américain de 42 ans, d’origine bangladaise. Fondateur du blog Mukto-Mona (« Libre pensée »), il avait émigré aux Etats-Unis il y a quinze ans. Promoteur de la laïcité au Bangladesh, où 90% des 160 millions d'habitants sont musulmans, son best-seller The virus of Faith (« Le virus de la foi ») avait suscité la controverse dans ce pays et à travers le monde musulman. Il a été tué à coups de machettes alors qu’il rentrait de la Foire du livre de Dacca, à laquelle il était venu participer avec sa femme, le 26 février dernier. Sa compagne a été grièvement blessée. Avijit Roy avait déjà reçu plusieurs menaces de mort de la part d'intégristes bangladais. « Il sera assassiné lors de sa prochaine visite », avait menacé l’un d’eux sur son Facebook, conscient qu’Avijit Roy était inaccessible aux Etats-Unis. Des intégristes de la Jamaat-e-Islami, puissante organisation religieuse et principal parti fondamentaliste musulman du Bangladesh, reprochaient à Avijit Roy de blasphémer et lui prédisaient le même sort que celui du blogueur Thaba Baba. A Paris, le ministère des Affaires étrangères a lui aussi appelé « les autorités du Bangladesh à faire toute la lumière sur ces actes révoltants ».

    Dans un climat politique extrêmement agité, la guerre sans merci que se livrent Khaleda Zia, du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), d’opposition, alliée au Jamaat-e-Islami, et Sheikh Hasina, de la Ligue Awami, - les deux femmes qui se succèdent au pouvoir depuis 24 ans -, et les tensions entre leurs partisans, les écrivains, blogueurs et éditeurs laïcs sont devenus des cibles faciles pour les groupes intégristes.

    « Liberticide »

    Et comme le dénonce l’organisation Reporters sans frontières, le gouvernement semble plus intéressé par ramener l’ordre public que par mener les enquêtes et sécuriser les lieux de culture. En 2014, le Bangladesh était d’ailleurs 146e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse, selon l'ONG. Les journalistes bangladais pâtissent aussi de la guerre politique entre les deux partis majoritaires. Ils sont arrêtés lorsqu’ils sont soupçonnés de faire partie de « l'opposition », lorsqu’ils tiennent des propos pro-fondamentalistes, et ils font face à une justice intolérante, qui multiplie les menaces et poursuites pour « outrage à la cour », à la moindre critique.

    En janvier 2014, par exemple, quelques jours après les élections législatives (durant lesquelles des troubles ont causé la mort de plusieurs personnes), le journal pro-islamiste Dainik Inqilab a publié des informations jugées fausses par le gouvernement. La police n’a pas attendu 24 heures pour effectuer un raid dans les locaux du journal. Elle a saisi ses installations informatiques, scellé les imprimantes, et a procédé à l’arrestation de trois de ses journalistes : le rédacteur en chef, le rédacteur en chef adjoint et un correspondant. La publication a été partiellement suspendue. Malgré la mise en ligne d’excuses de la part de l’édition numérique du Dainik Inqilab et le retrait de l’article incriminé, qui disait que des forces indiennes avaient aidé les autorités bangladaises dans une opération contre un groupe de combattants pro-islamistes clandestins, la cour de Dacca a autorisé le maintien en détention des journalistes durant la durée de l’enquête. Les autorités ont invoqué la loi Information Communication Technology (ICT), adoptée en 2006 et qui traite des crimes dits numériques et de la « publication en ligne de fausses informations ou à caractère obscène ou diffamatoire », une loi dépeinte par Reporters sans frontières comme « liberticide ».

    « Confrontation »

    De 2010 à 2014, au moins cinq journalistes et rédacteurs en chef, dont des journalistes étrangers, ont été inculpés et souvent condamnés à payer des amendes, voire à des peines de prison, pour « outrage à la cour », par des juges du tribunal des crimes internationaux ou de la Cour suprême du Bangladesh.

    Le journaliste d’investigation britannique David Bergman, dernier journaliste en date à avoir été inculpé, a été condamné en décembre 2014 par le tribunal des crimes internationaux du Bangladesh pour « outrage à la cour » car il avait partiellement critiqué un jugement du tribunal sur les estimations officielles du nombre de victimes lors de la guerre d’indépendance de 1971, dans des articles publiés en 2011. Il citait des sources indépendantes qui avaient relevé un moins grand nombre de victimes que les sources officielles.

    « L’atmosphère de confrontation qui règne au Bangladesh entre les deux partis politiques majoritaires favorise les comportements extrémistes et les actes violents de certains », constate une ancienne professeure d’université française, spécialiste de la langue bengali, qui séjourne régulièrement au Bangladesh. « Le parti au pouvoir n’a pas du tout la même conception de ce que doit être le pays, un Etat laïc, indépendant, avec une identité bengali forte, que l’opposition alliée aux islamistes, qui revendique un Etat et une identité musulmanes. Chacun défend son point de vue et il n’y a aucun dialogue », détaille-t-elle. Les grèves initiées par l’opposition et les attaques à la bombe se multiplient au Bangladesh depuis plus d’un an. Selon le BNP, le gouvernement doit démissionner. Pour éviter tout incident, l’exécutif ferme régulièrement les écoles, les banques, les entreprises, et la croissance économique du pays ralentit. « On est à deux doigts d’une guerre civile, m’a soufflé un diplomate », confie l’ancienne professeure.

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