GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 15 Août
Vendredi 16 Août
Samedi 17 Août
Dimanche 18 Août
Aujourd'hui
Mardi 20 Août
Mercredi 21 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Hebdo

    Le chemin de croix des catholiques clandestins en Chine

    media Les catholiques de Taiyuan, dans la province de Shanxi en Chine reçoivent la communion, le lendemain de l'élection du Pape François. REUTERS/Stringer

    Les catholiques clandestins de Chine ont le cœur lourd pour les fêtes de Pâques. Ils sont toujours sans nouvelles de monseigneur Shi Enxiang, évêque de l’Église dite « souterraine », car non autorisée par Pékin. Détenu au secret, le prélat de Yixian serait décédé fin janvier à l’âge de 94 ans, après avoir passé 53 ans en détention. Une disparition qui en dit long sur les difficultés auxquelles font face les catholiques clandestins.

    De notre correspondante à Pékin,

    Chaque jour, lors de sa prière dans la petite église de la Vierge Marie à Yongle dans le diocèse de Yixian, le curé Yang Ling Hui a une pensée pour l’évêque Shi Enxiang. Il voudrait célébrer les funérailles du plus vieil évêque de l’Église clandestine de Chine, mais comment faire sans avoir pu récupérer sa dépouille ?

    Le 31 janvier dernier, l’agence de presse catholique UCA News, basée à Hong-Kong, a annoncé la mort de l’évêque de Yixian, une ville dans la province du Hebei qui entoure Pékin. Mais jusqu’à présent, les autorités refusent de remettre son corps à la famille. Le tort de monseigneur Enxiang est de ne jamais avoir renié le Vatican. C’est d’ailleurs la principale pomme de discorde entre le Saint-Siège et Pékin qui n’entretiennent aucune relation diplomatique depuis 1951. Alors que partout dans le monde, les évêques sont nommés par Rome, il n’en est rien en Chine où le pouvoir central craint pour sa souveraineté et refuse l’autorité du pape qu’elle considère comme une ingérence étrangère. Aucune normalisation des relations n’est d’ailleurs en vue, même si les spéculations vont bon train sur un éventuel réchauffement entre le Vatican et Pékin, depuis que les autorités ont, pour la première fois, autorisé le pape à survoler la Chine lors de ses deux visites en Asie en 2014.

    « On aimerait au moins l’enterrer »

    La province du Hebei, où l’Église catholique est historiquement très implantée, est particulièrement touchée par la persécution des prélats non agrées par Pékin : l’évêque de Yixian, Shi Enxiang, ordonné prêtre en 1947, a passé plus que la moitié de sa vie entre camps de travail et prisons. Monseigneur James Su Zhimin, âgé de 84 ans et évêque de Baoding, est, lui, détenu au secret depuis 1997. « Si notre évêque Shi est décédé, il faut nous rendre soit son corps soit ses cendres, demande avec insistance le curé Yang Ling Hui, on aimerait au moins l’enterrer, c’est notre plus grand espoir. » Le chef du village de Shizhuang, dont est originaire l’évêque, a indirectement informé la famille de son décès fin janvier, mais depuis plus rien : « Nous avons tout de suite commencé à préparer l’enterrement, en attendant la restitution de la dépouille, mais en vain. Au bout de quelques jours, la famille s’est renseignée auprès du gouvernement local. Mais ils ont tout nié, même d’avoir arrêté monseigneur Shi. »

    L’affaire est délicate pour les autorités, car rendre aujourd’hui la dépouille à sa famille reviendrait à reconnaître que le vieil évêque a bel et bien été détenu au secret depuis sa dernière disparition en 2001, alors qu’il rendait visite à une nièce à Pékin. Mais le curé de Yongle, lui, est convaincu que Pékin veut surtout éviter tout hommage à l’une des figures les plus emblématiques de l’Église catholique souterraine, pour ne pas attirer les regards sur cette disparition encombrante, et sur une église catholique que Pékin juge « illégale », car elle refuse de se soumettre à l’« Association patriotique des catholiques » sous contrôle du Parti communiste chinois (PCC).

    « L’ Église patriotique ne devrait même pas exister, estime le prêtre de Yongle, déterminé à suivre l’exemple de l’évêque Shi, nous ne devons pas rejoindre l’Église officielle, car elle ne reconnaît pas le Vatican, or, c’est essentiel pour nous. » Yang Ling Hui restera fidèle au Pape et non pas au Parti communiste, au risque de s’attirer des ennuis à tout moment : « On est plus libre qu’il y a cinq ou dix ans, on peut prêcher la bonne parole, mais on n’ose quand même pas prêcher publiquement. »

    « C’est dur de résister à la pression »

    Parmi les quelque 12 millions de catholiques chinois, seulement la moitié obéit au clergé désigné par Pékin. Les autres vivent sous l’œil vigilant des autorités, comme ce vieux prêtre qui préfère garder l’anonymat : « La Chine est un pays athée. Beaucoup de religieux ont passé une vingtaine d’années en prison. La loi nous accorde la liberté religieuse, mais en réalité, nous ne l’avons pas. » Le curé, proche de la famille de l’évêque disparu, regrette que beaucoup de prélats se soient soumis aux ordres de l’église officielle ces dernières années, même s’il les comprend : « C’est dur de résister à la pression. »

    Shi Bao Li, originaire de Shizhuang comme l’évêque disparu, fait partie de ces quelques courageux qui ont choisi la voie de la résistance. Ce jeune prêtre de 36 ans a fait son séminaire à Salamanque en Espagne, mais il n’a jamais songé à rester à l’étranger. « Je suis un curé, je fais ce que je dois faire, et si l’on m’arrête, tant pis », dit Shi Bao Li de sa voix calme. A son retour d’Espagne, son passeport a été confisqué. Pendant une quinzaine d’années, son église dans le petit bourg de Shizhu a été barricadée, la cloche a été enlevée, mais soit, aujourd’hui des messes peuvent avoir lieu et attirent des dizaines de fidèles. Après un moment d’hésitation, Shi Bao Li reconnaît toutefois qu’à plusieurs reprises, les policiers sont venus. « Ils perturbent nos rencontres et nous demandent de rentrer chez nous, confie-t-il. Mais on persiste, sauf s’ils interviennent avec force. »

    A Yongle, nom qui signifie « bonheur éternel » en chinois, le prêtre Yang Ling Hui ose lui aussi défier le pouvoir. Depuis quelques mois, il a entamé la rénovation de son église en briques construite illégalement en 1988, grâce à des donations étrangères et avec l’aide des paroissiens. « Je viens pour donner un coup de main », raconte cette jeune femme au visage souriant qui se rappelle encore des temps plus durs. « Avant, c’était difficile de pratiquer ma foi. Il y avait beaucoup de pression, et d’ailleurs, on n’avait pas de prêtres. Quelques années après ma naissance, un prêtre est sorti de prison. On commençait alors à célébrer des messes. Avant, on devait prier à la maison. »

    A Pâques, la jeune femme viendra chanter et prier à l’église de la Vierge Marie où un calendrier porte encore la photo de Jean-Paul II. Comme tous les dimanches, ils seront quelques dizaines à célébrer la messe  - une messe clandestine, car seuls les croyants membres de l’Association des catholiques chinois peuvent pratiquer leur culte légalement. Si les autorités interviennent, comme elles l’ont fait à Noël, le curé Yang Ling Hui fera comme à son habitude : il se cachera dans la sacristie, protégé par les fidèles.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.