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    Le style art déco revisité par un ébéniste camerounais

    media Pied de bureau en wengué blanc et noir. Guijouonguy. Guijouonguy

    Le designer camerounais Guy Nguijouong travaille à une nouvelle série de meubles design en bois dans son atelier de la rue Picpus. Connu  sous le nom de Guijouonguy depuis les années 1990 à Paris, car primé par le Salon maison et objet, cet ancien patron du restaurant parisien Kaï-Savane a un talent qui passe partout.

    « Mon nom signifie la joie en bamiléké », explique Guy Nguijouong, ce designer camerounais très talentueux, au parcours atypique, qui raconte comment les patients de sa grand-mère, guérisseuse, ressortaient de ses consultations « avec la joie ». A plusieurs reprises, il a volontairement tourné le dos à la gloire et au succès : plus intéressé par « l’être » que par « l’avoir ».

    Guijouonguy, c’est le nom qu’il utilise pour signer ses meubles parce qu’il n’aime pas que les Français écorchent le « N » de son patronyme. Né à Yaoundé en 1961, dans une famille de commerçants, il grandi dans un univers où le bois est omniprésent. « Mon père vendait des « piquets d’arbres », des poutres qui servaient à la construction. J’ai coupé mon premier arbre à huit ans à Nkonda, un village tout proche de Yaoundé ». Aujourd’hui occupé à travailler à sa nouvelle collection, dans un atelier de la rue Picpus à Paris, Guijouonguy revendique le côté hybride de son travail. « Je suis un être mixte » dit-il. Sa dernière collection, le Sens de la forme, rend à la fois hommage au style qui l’inspire le plus – l’art déco des années 1920 -, mais aussi aux essences de bois tropical qui ne sont pas répertoriées en France et qui sont si difficiles à vernir.

    La force de l'humain. Bibliothèque 2 m de haut et 70 cm de large, en bibinga et palmier. Guijouonguy

    L’ébénisterie est un métier dont le nom est lié - certains ne le savent pas - à l’ébène : « Au XVIIIe siècle, l’ébénisterie européenne, qui repose sur l’exploitation coloniale du bois d’ébène, a travaillé le côté précieux de cette essence rare. Aujourd’hui encore, des maisons de luxe comme Hermès ou Louis Vuitton ont leur stock de bois d’ébène, vendu au poids. Et dans toutes les voitures de luxe, les Rolls Royce ou les Jaguar, vous trouverez des placages en bois d’acajou, d’ébène ou de zebrano, des essences tropicales ».

    Guijouonguy a su très tôt, vers l’âge de dix ans, qu’il était destiné à l’univers du bois. Ses turbulences d’adolescent le mènent au tribunal pour trafic d’ivoire, organisé par ses mauvaises fréquentations : il est envoyé à treize ans dans un centre de rééducation financé par l’Unicef, et obtient un certificat d’apprentissage en menuiserie. Il en sort trois ans plus tard et commence à travailler pour un constructeur, ami de son père, et gravit très vite les échelons dans l’entreprise Grands Travaux du Cameroun (GTC), au point de vendre rapidement à une clientèle aisée des lits originaux avec des socles en bois de coffrage.

    Soif d’apprendre

    Son patron lui conseille d’aller en France à l’âge de 20 ans, pour parfaire sa formation. « Je suis allé au Consulat de France, tout seul comme un grand, et j’ai commencé des démarches qui m’ont pris un an. Une fois arrivé à Paris, je ne savais pas comment faire pour mettre le pied à l’étrier. Un ami m’a aiguillé sur le Centre d’information et de documentation de la jeunesse ».

    Il est orienté vers la prestigieuse école Boule qui finit par l’accepter à force d’insistance en formation continue. Il se fait remarquer par ses professeurs, avec un siège hybride de style à la fois Louis XV et Louis XVI qui lui vaut une note de 18 sur 20 en fin d’études, en 1982. Il découvre avec beaucoup d’intérêt, dans une bibliothèque où il « habite quasiment le week-end », les grands noms du design européen, notamment Le Corbusier, et les meubles art déco de Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933) qui lui rappellent le travail des sculpteurs de son enfance au Cameroun. « Les meubles industriels en métal et bois de Jean Prouvé (1901-1984) me rappelaient l’Afrique, où l’on veut du solide avec un peu de douceur ».

    De 1983 à 1987, il travaille pour l’entreprise Satragno, « le must » des ébénisteries sur la place de Paris. Son premier chantier l’emmène au siège d’Yves Saint Laurent sur les Champs Elysées, pour la pose d’une boiserie en chêne cérusée. Son deuxième chantier, sur l’avenue Montaigne, le transporte dans les arcanes de la maison Emmanuel Ungaro – un styliste qu’il croise et qui lui remet un sac de vêtements en cadeau. Le troisième chantier, toujours dans le 8e arrondissement de Paris, se passe cette fois dans un appartement appartenant à la famille de Félix Houphouët-Boigny, le chef de l’Etat ivoirien, pour poser une boiserie et une cuisine en laque et en marbre. Il étudie la laque japonaise en cours du soir au lycée Carnot, et quand Satragno lui propose de lui payer des études pour travailler pour lui, sa réponse fuse sans réfléchir : « c’est non ».

    Une bifurcation dans la restauration

    La vie l’emmène dans une autre aventure, du côté de la rue Marie Stuart, dans le 2e arrondissement, où la mère de son fils, né en 1993, possède un restaurant. Il met sa patte dans la décoration et la cuisine. En un tournemain, l’endroit devient couru et branché, et il organise des soirées très « melting-pot ». Il vend des pièces de mobilier uniques à ses contacts, du rappeur français MC Solaar au président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang-Nguema.

    En 1996, il reçoit le troisième prix « découverte » du Salon maison et objet, à Paris, pour un fauteuil jaune citron, une chaise rouge cerise et d’autres pièces. En 1997, il remporte le second prix du Salon du meuble de Cologne (Allemagne). Mais en 1998, sous la pression de ses deux jobs et de ses responsabilités, Guijouonguy entame une crise existentielle. « Je m’écoute », dit-il. Il plaque tout : restaurant, femme et boutique de 100 mètres carré sur la place de la Madeleine, subventionnée par la direction des Arts plastiques du ministère de la Culture. Il part se ressourcer au Cameroun et reste dans une démarche « libre et contemplative » dessine en 2007 une nouvelle collection, « Le sens de la forme », avec son fils qui vient d’avoir son CAP d’ébénisterie. Des pièces uniques qui le resteront, non vendues parce que leurs auteurs leurs prêtent une forte valeur symbolique et sentimentale.

    La force de l’homme incarnée par une table basse

    Console en bibinga et wengé, collection Le sens de la forme, design 2007. Guijouonguy

    Il rencontre le célèbre designer Starck, qui vient le voir dans son atelier et lui propose de l’inscrire sur une liste des « créateurs du siècle » en vue d’une exposition prévue pour 2001. « Je lui ai dit non, raconte-t-il. J’étais indécis et je trouvais que je n’avais pas ma place dans cette liste. Il m’a répondu que j’étais meilleur que lui et que je devais continuer, pour avoir un vrai style au bout de dix ans ».

    En 2014, nouveau tournant. Il se rend compte en allant au Salon maison et objet que sa ligne de 2007 est devenue tout à fait « tendance ». D’où l’envie qu’il éprouve de la ressortir et de l’éditer pour la vendre enfin. « En Europe, on est carré, on fait des choses carrées, et j’y ajoute des éléments africains. Une table basse incarne pour moi la force de l’être humain. Une bibliothèque « arbre » reprend le signe du « kanaga » qui représente l’homme dans la culture berbère et jusque chez les Peuls du Cameroun ».

    Ses rêves, aujourd’hui, consistent à éditer un livre rétrospectif sur son travail, et à fonder une école pour transmettre son savoir-faire, en France et au Cameroun ou ailleurs en Afrique centrale. Il a déjà son association, MadinParis (« J’aime Paris » en langue béti) et vise à donner des cours dans les deux domaines où il excelle désormais : l’ébénisterie et « l’art culinaire afro ».

    Contact : grn.studio21@gmail.com

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