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    Ecologie linguistique: la langue est un loup pour la langue

    media Le français est une langue très vivace en RDC. RFI/ Léa-Lisa Westerhoff

    De nombreuses langues se meurent... Mais n'est-ce pas là le cycle naturel de la vie ? L'écologie linguistique, qui s'inspire largement de la biologie, appelle à une observation des langues comme organismes vivants, qui parfois se dévorent les unes les autres ou parfois donnent naissance à des petits.

    L'univers des langues est impitoyable. « Il y a des prédateurs et des proies, nous explique le linguiste Alexandre François. Une langue pourra être menacée par celle du village voisin, un peu plus gros, à travers ce qui ressemble à une chaîne alimentaire linguistique. » Ce chercheur du laboratoire Langues et civilisations à tradition orale (Lacito-CNRS) étudie des langues du Vanuatu. Il y observe comment leurs locuteurs et elles évoluent, à travers un environnement et à travers le temps : il n'hésite pas à se dire éco-linguiste.

    L'écologie linguistique est un courant dont la plus ancienne référence date de 1970. Einar Haugen, considéré comme le père fondateur de ce concept, avait alors entrepris d'adapter l'approche des écologistes (au sens scientifique du terme, pas au sens politique) à la linguistique. Si ces derniers étudient les êtres vivants en rapport avec leur environnement physique, chimique et biologique, les écolinguistes, eux, observent les langues dans leur environnement social : relations entre les langues, relations entre les langues et ceux qui les parlent, relations également avec la géographie d'un lieu.

    « C'est une approche un peu darwinienne, explique Louis-Jean Calvet. On essaie de comprendre ce qui se passe si l'on considère les langues comme des espèces. » Ce linguiste a été l'un des premiers à s'approprier ce concept en France dans les années 1990. Il décrit le rapport d'une langue et de ses utilisateurs avec les mêmes mots qu'un biologiste : « La relation entre une langue et ses locuteurs est un peu la même que celle d'un parasite à son hôte : la langue ne peut pas exister sans les gens qui la parlent. »

    Protéger l'écosystème linguistique...

    L'Unesco s'inquiète, depuis de nombreuses années maintenant, de la disparition d'une multitude de langues. Sur les 6 000 qui existent aujourd'hui, la moitié aura probablement disparu à la fin du siècle ; 500 d'entre elles sont parlées par moins de 500 personnes et 96% ne le sont que par une toute petite minorité de 4% de la population mondiale. Sur son site, l'organisation internationale explique que « les langues sont menacées par des forces externes telles qu'une domination militaire, économique, religieuse, culturelle ou éducative ; ou par des forces internes comme l'attitude négative d'une population à l'égard de sa propre langue. »

    « Pour un linguiste, explique Alexandre François, une langue est comme une cathédrale pour un architecte. Personne n'accepterait l'idée que l'on détruise une cathédrale pour construire un immeuble. C'est pour cela que nous considérons chaque langue comme un trésor linguistique. » Chaque langage est en effet riche de son héritage culturel propre : une langue qui a une multitude de mots pour décrire le bleu offre une manière tout à fait unique de décrire le ciel.

    … ou observer son évolution

    Pourtant, insiste Louis-Jean Calvet, l'idée de l'écolinguistique n'est pas tellement de défendre les langues mais de comprendre les langues et leurs évolutions : « Si on comprend pourquoi les langues sont menacées, on pourra décider s'il faut ou non les protéger. » Il s'intéresse surtout aux approches politiques et sociales que nous adoptons. « En Afrique ou au Québec, le français a évolué, note-t-il. Pour les enfants, plutôt que d'enseigner un français des manuels, un français parisien, ne faudrait-il pas lui préférer les français d'Afrique ou de Québec, que les enfants entendent tous les jours dans la rue ? »

    C'est également l'approche de Pierre Aycart, linguiste qui se revendique d'une approche anglo-saxonne, plus libérale. « Le discours dominant que nous avons aujourd'hui est hérité de celui des missionnaires, regrette-t-il. On veut protéger les langues comme les grottes de Lascaux. » Lui, étudie l'émergence de langues nouvelles, dans l'Afrique du Sud urbaine. Du zoulou découlent ainsi au moins quatre ou cinq dialectes ruraux et au moins trois dialectes urbains, dans les trois plus grandes villes du pays. Autant de variétés de langues qui émergent, sans être reconnues par les statistiques de l'Unesco.

    « Il ne faut pas perdre l'intelligence qui a amené à la création d'une langue, admet Pierre Aycart. Mais les gens doivent avoir la liberté de les utiliser ou de les abandonner. La loi du plus fort s'instaure de fait : les gens choisissent les langues qui leur sont utiles. » Pour lui, pas question de sauver coûte que coûte chaque langue, il s'agit plutôt de réfléchir à la bonne manière de garantir à chacun de vivre avec la sécurité sociale et culturelle les plus élevées possibles. Et pour cela, la réponse se trouve en partie dans l'éducation : « La question se pose aussi en France : il y a un décalage énorme entre le français enseigné à l'école et celui parlé par 40% des enfants. »

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