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    Kessile Sare Tchala: «Le malaise du cadre africain de la diaspora»

    media Kessile Sare Tchala, médecin béninois de 62 ans, spécialiste de la transplantation rénale: un homme longiligne au regard direct et aux habitudes spartiates qui partage sa vie entre le Bénin et la France. DR

    Kessile Sare Tchala, médecin béninois de 62 ans, est un spécialiste de la transplantation rénale qui a fait carrière à Paris et soigne bien des personnalités sur le continent. Brièvement ministre de la Santé au Bénin de 2007 à 2008, il évoque les cadres africains de la diaspora, qui ont « un pied en Europe et la tête en Afrique ». Son diagnostic : une « dépersonnalisation » qu’il faut soigner par un retour aux sources.

    Né à Ouaké dans le nord du Bénin en 1953, Kessile Sare Tchala a étudié la médecine en Pologne de 1975 à 1982. Il en a gardé des souvenirs marquants. « Il y avait une telle émotion lors de la visite de Jean-Paul II en Pologne en 1979… C’était impressionnant de voir des millions de gens verser des larmes quand le pape leur a dit ces simples mots : " N’ayez pas peur ". Cette phrase a mis de la lumière et du feu dans le système glacial du bloc de l’Est ».

    L’apprenti médecin a bénéficié de la tradition de formation des étudiants africains lancée par Staline après les Indépendances, mais rappelle que « le but de nos études n’était pas de nous convertir au communisme ». Même si  son propre pays, l’ancien Dahomey, est devenu marxiste-léniniste et a changé de nom pour devenir la République populaire du Bénin en 1975, sous le régime de Mathieu Kérékou.

    Un Noir en blouse blanche a l’hôpital Tenon

    Après un internat dans les hôpitaux de Paris en chirurgie générale et digestive, Kessile Sare Tchala a exercé à l’hôpital Tenon à Paris de 1990 à 2006, en tant qu’élève assistant puis attaché du professeur Philippe Thibault, chef du service d’urologie. Il a lancé la première unité opérationnelle d’endo-urologie au Bénin en 1995, et pratique depuis des interventions périodiques d’urologie dans plusieurs hôpitaux de son pays.

    En France où il a réalisé la première greffe de reins bilatérale en 2000, il a beaucoup pris sur lui face aux réflexes racistes de son environnement professionnel.

    « J’ai toujours porté sur mon dos ma couleur de peau. Dans ce monde du savoir, je devais me présenter sous la meilleure forme, en anticipant au maximum sur toute réaction négative afin de la gommer. »

    Kessile Sare Tchala. DR

    Il a mis un point d’honneur à ne jamais hausser la voix quand des portes lui ont été fermées au nez, à l’entrée de certains hôpitaux, par des gardiens qui ne pouvaient imaginer un seul instant qu’il était là pour aller au bloc opératoire. Il n’a rien dit non plus lorsque l’un de ses patients, venu du Maroc, à qui il venait de greffer un rein en urgence, a mis quelques jours à comprendre que le Noir en blouse blanche qui venait le voir n’était pas un « vulgaire » aide-soignant, mais bien son chirurgien.

    Bref passage en tant que ministre de la Santé au Bénin

    Spécialiste connu en Afrique de l’Ouest et consulté par bien des personnalités importantes, Kessile Sare Tchala a été ministre de la Santé dans le gouvernement de Yayi Boni de juin 2007 à octobre 2008. A son poste, il a revalorisé les salaires des personnels de santé, mais aussi monté un projet d’hôpital de classe internationale à Cotonou. Il tient à cet établissement susceptible d’accueillir pour des actes chirurgicaux tous les patients du Sud du Sahara qui sont évacués vers l’Europe quand ils sont trop malades. Mais le projet n’a jamais vu le jour, et le chirurgien tire de son bref passage au pouvoir un bilan peu complaisant :

    « À cause de mon métier, je n’ai jamais dépendu de subsides, de marchés, de rentes ou d’un salaire au Bénin. On m’en a voulu, parce que ma rigueur et mon raisonnement découlent de mon indépendance sur le plan matériel. Lorsque je suis arrivé au gouvernement, j’ai mis en garde mes collègues : si vous mettez le doigt dans l’engrenage des prébendes, du népotisme et de la corruption, leur ai-je dit, nous ne nous en sortirons pas. »

    La dépersonnalisation du cadre africain

    Depuis, cet homme longiligne au regard direct et aux habitudes spartiates partage sa vie entre le Bénin et la France où il exerce dans le système de santé privé. Il déplore le fait que le potentiel de développement qui réside dans la diaspora béninoise, composée d’enseignants et d’intellectuels bien formés, ne soit pas exploité.

    Il évoque un malaise existentiel et pose ce diagnostic : « La dépersonnalisation du cadre africain est un mal peu documenté, mais que nous vivons tous les jours. Au sein d’un même individu coexistent plusieurs personnalités, créant parfois des conflits intérieurs difficiles à vivre, qui nous empêchent de nous retrouver ».

    En cause, explique-t-il, les « références de la formation occidentale qui laissent l’étudiant africain comme assommé par toute cette connaissance, sans apport des siens ni de ses racines – qui lui sont présentées comme sales ou diabolisées. »

    Son credo : « Il faut que nous soyons un, et non des êtres tiraillés. Nous devons promouvoir ceux qui nous ont mis au monde et qui nous ont légué un savoir. Nous devons nous réconcilier avec nous-mêmes. Tant que nous aurons honte, nous n’irons nulle part ».

    Lui-même évoque sans détours la « complémentarité » entre la science occidentale et le monde des « intellectuels analphabètes » de son pays, des « savants et des praticiens qui disposent d’un savoir multiséculaire transmis depuis des générations ». Et de rappeler qu’on peut très bien être un chirurgien très pointu à Paris et parler un « lokpa profond » (sa langue natale), tout en étant capable de reconnaître « avec dignité » l’apport des cultures ancestrales africaines à l’humanité.

    « Ce que les anciens Africains avaient protégé sous le terme de " fétiches " - en fait, de véritables sanctuaires - est en réalité un mélange de trois éléments : spirituel, économique et écologique. Par exemple, le marigot déclaré " fétiche " devient un lieu de nidation qui va approvisionner toute la rivière en aval en poissons… En moins d’un siècle, beaucoup a été perdu. »

    Pour boucler la boucle, Kessile Sare Tchala revient au pape Jean-Paul II, qui s’est rendu en 1993 au Bénin et a accepté d’être accueilli par les tenants des croyances traditionnelles, au pays du vodou. « Il a alors eu cette phrase qui n’a pas fini de résonner dans nos consciences : " N’abandonnez pas vos traditions " ». 

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