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    Munich, le berceau du nazisme, affronte enfin son passé

    media Munich, 9 novembre 1936, défilé du NSDAP. Bayerische Staatsbibliothek/Bildarchiv

    Hitler avait baptisé la ville « la capitale du mouvement ». Le futur Führer y a fait ses premières armes, le parti nazi y a été créé et y avait son siège et son essor est intiment lié à Munich qui a longtemps refoulé ce passé un peu trop brun. Soixante-dix ans après la libération de la ville par les Américains, un musée sur le nazisme y ouvre ses portes, là même où s’élevait le siège du parti national-socialiste NSDAP.

    Cela fait plusieurs décennies qu’un tel musée était réclamé par des initiatives désirant que la capitale bavaroise affronte son passé. Le projet concret aura mis près de vingt ans avant d’être inauguré, l’ouverture du musée fut repoussée quatre fois et la première directrice remerciée après une polémique.

    « On peut dire que Munich contrairement à d’autres villes a eu plus de mal à affronter son passé, car la ville était encore plus imprégnée du sceau du nazisme », explique le patron du nouveau centre de documentation Winfried Nerdinger, fils d’un résistant allemand au fascisme. Lors de l’inauguration officielle du bâtiment, un cube moderne de couleur blanche qui tranche avec le passé brun de la ville, le maire de Munich, le social-démocrate Dieter Reiter le reconnaissait : « Notre ville a été marquée comme aucune autre par la montée du national-socialisme et par l’appareil répressif mis en place ».

    Naissance du parti national-socialiste des travailleurs allemands

    C’est à Munich en 1919 qu’est fondé après la Première Guerre mondiale le parti ouvrier allemand (DAP) auquel Hitler adhère. Un an après, le mouvement est rebaptisé Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Le putsch manqué de son jeune chef en 1923 et le procès qui s’en suit accroissent sa notoriété. Hitler est condamné et envoyé en prison à Landsberg où il écrit Mein Kampf. Munich concentrait déjà avant la Première Guerre mondiale des idéologues réactionnaires. Ils vont soutenir Hitler plus tard, rejoints par certains milieux bourgeois effrayés en 1918 par la tentative de prise du pouvoir par les conseils d’ouvriers. Le futur Führer bénéficie de riches soutiens et noue de nombreux contacts qui lui seront précieux plus tard. Dans les années 1920, Munich, ce centre de la création artistique du début du siècle, a bien changé. L’écrivain Thomas Mann, un de ses plus illustres habitants qui choisira l’exil après 1933, écrit : « Munich est devenu le berceau de la réaction ».

    Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, le quartier autour de la Königplatz concentre de nombreuses institutions du nouveau régime à commencer par le siège du parti. Deux temples seront érigés à proximité et dédiés notamment aux « martyrs » du putsch de 1923. Ils seront rasés après la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment qui abrite aujourd’hui l’Ecole de musique de la ville est toujours là et date de cette époque. C’est là que furent signés en 1938 les accords de Munich. C’est aussi dans cette ville que le système concentrationnaire est tout d’abord pensé et lancé avec l’ouverture dès 1933 pour des opposants allemands au nazisme du camp de Dachau à l’est de Munich. Une cérémonie commémorera, dimanche 3 mai, le 70e anniversaire de sa libération par les troupes américaines en présence de la chancelière Merkel.

    Les leçons du passé

    Mais avec le début de la guerre froide, les occupants américains dans leur lutte ouverte qui se fait jour contre leurs anciens alliés soviétiques font passer en Bavière la dénazification des anciens cadres du Troisième Reich à l’arrière-plan. Ces derniers occupent de nombreux postes de responsabilité. Leur empressement pour se pencher sur leur passé un peu trop brun est des plus limités. Munich se présente d’abord comme une ville tolérante et ouverte et volontiers comme la métropole la plus nordique de l’Italie où il fait bon vivre. La vieille ville très largement détruite est reconstruite. Un historien américain y voit la volonté de refouler le poids du passé.

    Le nouveau musée doit réparer ces erreurs même si son directeur affirme « qu’il arrive une génération trop tard ». Volontairement moderne, pour trancher avec l’architecture néo-classique d’inspiration grecque des environs, le centre de documentation se veut avant tout informatif et veut faire appel à l’intellect plus qu’aux émotions. Aucun objet de l’époque n’y est exposé, le directeur se refusant à donner à un uniforme nazi ou d’autres symboles de l’époque une dimension esthétique. De grandes photos, beaucoup de textes sont présentés au public - 250 000 visiteurs par an sont attendus. L’exposition commence au quatrième étage avec la Première Guerre mondiale et se poursuit dans les étages inférieurs pour symboliser la chute, le naufrage que le nazisme a signifié à l’arrivée pour le pays. 70 ans après la fin de la guerre, l’exposition ne s’arrête pas en 1945, mais met en exergue l’antisémitisme ou la xénophobie d’aujourd’hui pour donner à réfléchir et montrer quelles leçons doivent être tirées de ce passé pour la période contemporaine.

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