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    Hebdo

    Iran: deux nouvelles formes d’exclusion

    media En Iran, le nombre des exclus va bien au-delà des estimations. ISNA

    Sous les effets combinés de la sécheresse et d’une paralysie quasi-totale de l’économie que les sanctions internationales ont provoquée en partie, l’Iran est aujourd’hui confronté à deux nouvelles formes d’exclusion qui touchent la vie de plusieurs dizaines de millions de personnes, à savoir bidonvilisation et sous-prolétarisation. Elles peuvent présager les traits d’une évolution majeure de la société qui est déjà en marche.

    D’après les dernières statistiques, 33 000 villages iraniens ont été abandonnés durant les dernières années par leurs populations qui, fuyant la misère, se sont à nouveau installées au fur et à mesure aux marges des grandes villes. Le chiffre est suffisamment parlant dans la mesure où il représente un peu plus de 50% de l’ensemble de la population villageoise en Iran. D’après Nariman Mostafai, directeur général d'une organisation d’aide aux sans-abri, « actuellement les bidonvilles iraniens comptent 11 millions d’habitants, c’est-à-dire l’équivalent de la moitié de la population villageoise ayant fui ses terres et foyers ». Et le chiffre est en réalité encore beaucoup plus important que celui auquel fait allusion le responsable iranien.

    Une population délaissée

    Pour Majid Abhari, acteur social à Téhéran, 65% des crimes de la capitale se produisent au sein de cette même population qui occupe souvent les vieux quartiers et immeubles en ruines abandonnés de la capitale et de ses alentours. D’après Ali-Akbar Sayari, vice-ministre iranien de la Santé, « cette population déjà privée de logement et de travail, et donc exposée au risque de multiples maladies, ne bénéficie d’aucune protection médicale ».

    Les causes de cette marginalisation, qui touche aujourd’hui de près ou de loin plusieurs dizaines de millions de personnes, sont multiples. « L’absence de tout équilibre entre le développement urbain et celui des villages », dit par exemple Mohammad-Mehdi Ayazi, pour qui « la polarisation croissante du rapport social au sein des grandes agglomérations accentue à son tour les effets de la marginalisation de pans entiers de la population qui gonflent désormais les bidonvilles non pas seulement de Téhéran, mais aussi des villes telles que Machhad, Zāhedān, Ardebil, Sanandaj, Tabriz, Karaj, etc. ».

    Pour Azadeh Kian, spécialiste de l’Iran et professeur de sociologie à l’université de Paris VII, cette tendance à la « bidonvilisation » qui s’est particulièrement aggravée au cours des dix dernières années en Iran « a pour origine, d’une part, une sécheresse accrue qui a vidé plus de la moitié des villages de leurs populations et, d’autre part, l’importation massive de produits alimentaires et agricoles pendant les deux mandats successifs de Mahmoud Ahmadinejad ayant donné le coup de grâce à l’agriculture iranienne ».

    Une pénurie d'eau sans précédent

    En effet, l’Iran d’aujourd’hui fait partie de ces pays dont l’existence et l’avenir vital sont sérieusement compromis à cause de la pénurie d’eau. Issa Kallantari, ancien ministre de l’Agriculture et conseiller du vice-président iranien en matière d’eau et d’environnement, estime que « si cette pénurie continue, bientôt 70% de la population, c’est-à-dire 50 millions d’habitants du pays, seront contraints d’immigrer dans d’autres parties du monde pour pouvoir rester en vie ». D’après l’ancien ministre, l’Iran a épuisé durant les trois dernières décennies 97% de ses réserves d’eau en surface. Du coup, il n’existe aujourd’hui pratiquement plus d’eau dans sa nature. A l’heure actuelle, dit encore Issa Kallantari, « chaque Iranien vit avec moins de 900 mètres cubes d’eau par an. Ce qui est déjà, d’après le conseiller du gouvernement iranien, une situation catastrophique selon les standards internationaux ».

    Mis à part le problème de la sécheresse, l’origine principale de cette catastrophe qui a déclenché un nouveau – et sans précédent – exode rural, ce sont les constructions de plusieurs dizaines de barrages d’eau, dont l’une des conséquences majeures a été la disparition de 70% de la surface du lac d’Ourmia, au nord-ouest du pays. Ces constructions, dont le seul et unique motif a été d’enrichir les sociétés d’ingénierie des Gardiens de la révolution (la plus grande entreprise économique de la région), n’a fait que vaporiser les rares réserves d’eau dont disposait le pays en les exposant constamment à la chaleur d’un pays géographiquement aride.

    Sous-prolétaires au sein de bidonvilles

    Or, ce n’est pas un hasard, témoigne Ali-Reza Mahjoub, membre de la commission sociale de l’Assemblée iranienne, « si le nombre de la population des bidonvilles, des abris de fortune et des agglomérations de pauvres et de migrants formées aux périphéries des villes s’est multiplié par dix-sept depuis l’avènement de la Révolution islamique en Iran sans qu’il y ait eu une quelconque instance gouvernementale capable de s’occuper de leur sort ». Ali Kaidi, membre de la commission de la santé de la même Assemblée, s’est alerté récemment de l’augmentation des cas de sida parmi cette même population, tandis que le vice-ministre iranien de la Santé a confirmé qu’outre le sida, les problèmes dermatologiques et gastriques constituent les maladies les plus récurrentes parmi ces nouveaux exclus vivant pratiquement au milieu des grands déchets urbains. Alors que les cas de sida sont estimés aujourd’hui à plus de 100 000 personnes en Iran, seuls 28 000 sidéens ont été détectés d’après Abass Sedaghat, président de l’Organisation de la lutte contre le sida au sein du ministère iranien de la Santé.

    Cependant, le nombre des exclus va bien au-delà des estimations de ceux qui, fuyant la sécheresse et la pauvreté, se sont installés aux marges des grandes villes. La cause en est cette fois une « sous-prolétarisation » accrue de la force du travail : alors que le seuil de pauvreté est officiellement établi autour de 700 euros, le salaire minimum de 82% des salariés iraniens est aujourd’hui à peine de 170 euros par mois. Du coup, cette population de plus en plus appauvrie sous le poids des sanctions internationales, de la récession et de la corruption, n’a eu d’autre option que de s’installer à son tour au sein ou à la frontière des bidonvilles, gonflant ainsi une population faite de multiples identités et reconnue surtout par sa pauvreté absolue. « Si l’on ajoute, poursuit encore la sociologue Azadeh Kian, les attentes de millions de jeunes chômeurs diplômés à celles de nouveaux exclus de la société iranienne, on se rend alors bien compte de l’existence d’une force sociale gigantesque qui se distinguerait à la fois par sa marginalisation et sa misère, et qui peut, faute de vraies solutions – comme celle de millions d’emplois à créer -, devenir l’origine d’une contestation sociale généralisée. La seule entrave d’une telle éventualité serait l’absence d’organisations politiques et syndicales autonomes capables de conduire les luttes et les contestations ».

    Plus de 15 millions d'Iraniens sans revenus

    Quelques indications statistiques confirmeraient à la fois la déstructuration de la force du travail ainsi que sa marginalisation sociale en Iran aujourd’hui. Le ministère iranien du Travail vient d’affirmer dans son dernier rapport que 5 millions de foyers iraniens sont privés de travail tandis que 129 000 foyers sont prêts, parents et enfants confondus, à travailler tous ensemble pour sortir d’une pauvreté sans nom. Autrement dit, plus de 15 millions d’Iraniens n’ont aujourd’hui aucun revenu et il n’y a nulle information quant à la manière dont ils subviennent à leurs besoins les plus élémentaires. Selon le même rapport, plus de 12% de foyers iraniens sont à la recherche d’un deuxième emploi pour alléger leur pauvreté et seuls 3,1% des foyers parviennent à trouver un deuxième emploi, sans que celui-ci leur permette de sortir de leur détresse.

    En un sens, la révolution iranienne de 1979 fut l’ultime conséquence d’une modernisation chaotique qui avait provoqué quelques années auparavant un exode rural sans précédent vers les grandes villes, et notamment la capitale, et qui avait transformé en acteurs politiques majeurs tous les marginaux de la nouvelle société pour qui la modernisation signifiait l’exclusion. La question est à nouveau de savoir quelles seront désormais les retombées d’un bouleversement démographique composé essentiellement de deux nouvelles formes d’exclusion : bidonvilisation et sous-prolétarisation.

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