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    Kopano Matlwa raconte la nouvelle Afrique du Sud

    media Librairie The Book Lounge, au Cap, en Afrique du Sud. Getty Images/Chris Payle

    Ils s’appellent Jakes Mda, Henrietta Rose-Innes, Imraan Coovadia, Marlène van Niekerk... C’est la nouvelle génération d’écrivains qui a pris d’assaut la scène littéraire sud-africaine, s’imposant comme les dignes successeurs des Gordimer, des Brink et autres Coetzee. Coconut, un premier roman sous la plume d’une jeune auteure particulièrement talentueuse, qui vient de paraître en traduction française, témoigne du dynamisme de ces nouveaux venus.

    Kopano Matlwa est l’une des jeunes auteures sud-africaines les plus prometteuses de sa génération. Née en 1985 alors que le régime d’apartheid était à bout de souffle, elle appartient pour ainsi dire à la génération des « born free » qui n’a pas été affectée directement par les dures lois de la ségrégation raciale. Dans les années 1990, lorsque Mandela arrive au pouvoir, les parents de Matlwa faisaient partie de la bourgeoisie noire qui avait quitté les townships pour aller s’installer dans les quartiers plus aisés de Johannesburg ou du Cap, encore majoritairement peuplés de Blancs.

    C’est en racontant les turbulences et la frénésie de ces années de transition que Kopano Matlwa s’est imposée dans le paysage littéraire sud-africain. Publié en 2007, son premier roman Coconut, devenu un roman culte en Afrique du Sud, sort ces jours-ci en traduction française aux éditions Actes Sud.

    « Avec 15 000 livres vendus dans un pays où les œuvres littéraires dépassent rarement la barre de 2 000 exemplaires, ce roman est devenu un véritable phénomène en Afrique du Sud », explique le traducteur français de la jeune romancière, Georges Lory, qui a été le premier à attirer l’attention de l’éditeur français sur cette auteure exceptionnelle. « Matlwa est la preuve que la littérature sud-africaine n’est pas morte avec la disparition des grands romanciers anti-apartheid qui ont fait sa renommée dans le monde entier », poursuit Georges Lory qui a traduit, entre autres, Nadine Gordimer et Breyten Breytenbach. Il fut aussi un ami proche d’André Brink, récemment disparu.

    Une nouvelle génération d’écrivains a en effet émergé dans le pays de Mandela dès les années 1990, démentant la prophétie des critiques littéraires selon laquelle la fin de l’apartheid serait aussi la fin de la littérature en Afrique du Sud. L’argument avancé était le suivant : après avoir fait pendant de longues décennies de la dénonciation du régime blanc de Pretoria leur thématique centrale, de quoi parleraient-ils lorsque l’apartheid aura disparu ? Or, la vie ne s’est pas arrêtée après la chute de l’apartheid : elle a continué son bonhomme de chemin avec son lot de souffrances, d’injustices et de malheurs. Les nouveaux écrivains sud-africains se sont engouffrés dans ces brèches, comme le fait Kopano Matlwa, et avec quel brio !

    Blanc dedans et noir dehors

    La romancière n’a que 21 ans lorsque son livre Coconut est publié en Afrique du Sud. C’est un récit étonnant de maturité et d’introspection. Il raconte deux histoires parallèles, celles de deux jeunes femmes noires cherchant leur voie dans une Afrique du Sud renouvelée où tout est à reconstruire, la société comme l’imagination trop longtemps prisonnière d’une pensée manichéenne et militante. Les seules luttes qu’il vaille désormais la peine de livrer sont des luttes intérieures. C’est dans ces combats autrement plus aventuriers que sont engagées Offiliwe et Fikile, les deux protagonistes du livre.

    L’une est issue de la bourgeoisie noire montante et l’autre se bat pour s’extraire de la pauvreté dans laquelle elle est née. Elles ont cependant un point commun : ce sont toutes les deux des « coconuts », des noix de coco, blancs dedans et noirs dehors… Autrement dit, elles se sont occidentalisées au point de ne plus savoir qui elles sont vraiment.

    Construites comme deux longues nouvelles, les parcours des deux adolescentes sont liés par la centralité de la question de la race, qui continue de déterminer l’être et l’avoir dans l’Afrique du Sud post-apartheid. Grandissant dans une résidence huppée protégée par des grilles électrifiées, Ofiliwe mène une vie de jeune fille riche et gâtée. Elle fréquente une école mixte où ses meilleures copines sont blanches. Elle est insensible à la tension raciale qui irrigue tous les aspects de la vie dans la nation arc-en-ciel.

    Ofiliwe souffre lorsqu’un camarade de classe auquel elle a déclaré sa flamme lui fait savoir qu’il ne sort qu’avec « les Blanches » ou quand un autre lui demande à qui son papa a volé sa voiture lorsque celui-ci vient la chercher dans sa nouvelle Mercedes-Benz, mais elle ne sait analyser les causes de sa souffrance. Elle s’en prend à son frère aîné, qui lui reproche d’avoir recouvert les murs de sa chambre de posters de personnalités blanches. Il n’y avait pas un seul Noir sur les murs ! « Tu vas voir, Ofiliwe, les gens que tu tentes si fort d’imiter vont te rejeter parce que tu n’es pas l’une des leurs, quoi que tu fasses. Tu reviendras vers nous mais, là non plus, on ne t’acceptera pas, car ceux que tu as rejetés jadis ne te reconnaîtront plus. Tu as changé, tu as trop changé. Coincée entre deux mondes, exclue des deux. »

    Kopano Matlwa est Sud-Africaine. Son premier roman, «Coconut», vient de paraître en français. Actes Sud

    Quant à Fikile, jeune orpheline des townships, elle vit chez sa grand-mère où elle est abusée sexuellement par son oncle. Dans la journée, elle est serveuse dans une brasserie chic fréquentée essentiellement par des Blancs et des Noirs millionnaires. Elle vomit ses frères et soeurs de race avec lesquels elle est bien obligée de vivre, partager les tranports en commun. Elle travaille dur pour réaliser sont rêve d’être un jour « Blanche, riche et heureuse » ! Oui, elle croit en son for intérieur qu'on devient Blanc comme on peut devenir riche. Cynisme ou naïveté, difficile de le savoir !

    Ennemi intime

    Métaphore de l’aliénation de l’homme noir dans la société coloniale, « coconut » n’est pas une notion nouvelle ou spécifique à l’Afrique du Sud. Elle a été théorisée par le Martiniquais Frantz Fanon dans son livre Peau noire, masques blancs (1952) qui relève autant de la psychanalyse que de la sociologie de la domination.

    En Afrique du Sud, la page de l’apartheid enfin tournée, les Noirs ont aujourd’hui le temps et le loisir de s’analyser et de s’interroger sur les effets de la pensée ségrégationniste sur leur vie psychique. Ils se découvrent doubles, tiraillés entre le monde noir de leurs ancêtres et le monde blanc de leurs anciens opresseurs. Ils ont intériorisé les valeurs et le mépris du maître colonial installé à tout jamais en leur for intérieur. C’est cette lutte à bras le corps contre un « ennemi intime » qu’a mise en scène Kopano Matlwa dans son roman.

    Ce récit en grande partie autobiographique, Matlwa l’a écrit pendant qu’elle faisait ses études de médecine au Cap. Ce qui fait la force de Coconut, c’est sans doute sa sensibilité lyrique, doublée d’une grande lucidité sur soi-même, sur la société sud-africaine en devenir. En 2007, lors du lancement de son livre, qui a été primé par le prix de l’aide à la publication de l'Union européenne et le prix Wole-Soyinka pour la littérature, la romancière a raconté combien son écriture fut douloureuse et... thérapeutique. « J’ai détesté l’expérience, car, a-t-elle reconnu, même si mes personnages sont fictionnels, raconter leurs vies m’a conduite à me poser beaucoup de questions sur moi-même, ce qui me mettait souvent mal à l’aise. Ecrire ce roman, ce n’était pas un choix, je devais le faire. » 

    Kopano Matlwa vient de publier son second roman, Spilt milk (2012), en attente de sa traduction française. Il semblerait que son écriture a été moins pénible. « Il n'en est pas moins réussi pour autant », si l'on en croit son possible futur traducteur Georges Lory.


    Coconut, par Kopano Matlwa. Roman traduit de l’anglais par Georges Lory. Editions Actes Sud, 2015, 208 pages, 21 euros.

    «Coconut» est le premier roman de la Sud-Africaine Kopano Matlwa. Actes Sud

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