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    Un trésor de l’humanité sauvé des mains du groupe Etat islamique

    media Mossoul: les ouvriers de l'atelier de reliure, vers 1890. Archives photographiques du couvent dominicain de Mossoul, ADM

    Des manuscrits irakiens d’une valeur inestimable ont pu être sauvés in extremis des mains du groupe Etat islamique (Daech). Sept fac-similés de ces ouvrages, d'une somptueuse beauté, sont exposés en ce moment à Paris.

    Dans la pénombre de l’Hôtel Soubise des Archives nationales, d’inestimables trésors du patrimoine culturel de l’humanité trônent dans de grandes vitrines. Parmi ces œuvres, sept fac-similés de manuscrits irakiens. Avant la guerre, une collection de 809 manuscrits était soigneusement entretenue dans la bibliothèque des Dominicains de Mossoul, en Irak. Des ouvrages issus du monde musulman autant que du monde chrétien, réalisés entre les XIIIe et XIXe siècles. Des œuvres d’art symbolisant à la perfection le goût de ces frères prêcheurs pour la connaissance. Des ouvrages de grammaires, de poésie arabe, des textes de médecine, de littérature, de liturgie, de musique... qui témoignent de l’incroyable richesse de la culture orientale.

    Un trésor en danger

    En 2003, l’Irak sombre dans le chaos et le fondamentalisme prend de l’ampleur ; les minorités deviennent des cibles privilégiées. Dans le couvent de Mossoul, le père Najeeb se fixe pour mission de poursuivre le sauvetage de ses « précieux compagnons - les hommes et leurs livres anciens », et de les protéger des mites et de l’humidité, mais surtout des fanatiques. En 2007, les menaces s’accentuent sur la communauté chrétienne de Mossoul, et le père Najeeb s’enfuit à quelques dizaines de kilomètres de la ville, à Qaraqosh, avec les manuscrits. « On peut se voir à l’intérieur de ces livres, on peut se découvrir nous-mêmes et découvrir ceux qui sont passés », confie le religieux qui a fondé en 1990 à Mossoul le Centre numérique des manuscrits orientaux (CNMO). Grâce à lui, des milliers de documents ont ainsi été sauvés des mains des fondamentalistes.

    A Qaraqosh, la menace ne s’éloigne pas pour autant, bien au contraire. En 2014, l'ombre des autodafés, devenus légion du groupe terroriste Etat islamique, plane sur les manuscrits irakiens. Daech a déjà détruit volontairement grand nombre de trésors culturels pré-islamiques ainsi que des sanctuaires des patrimoines chrétiens, juifs ou musulmans que les jihadistes considèrent comme idolâtres ou hérétiques.

    « Détruire les vivants et les morts »

    Et l’arrivée de l'organisation Etat islamique à Mossoul puis à Qaraqosh en juin dernier a bien failli anéantir ce joyau historique. « Daech veut détruire les vivants et les morts », raconte le père Najeeb, faisant référence au génocide culturel en cours dans les zones passées sous contrôle du groupe EI en Irak et en Syrie. Se prépare alors une réelle « opération de sauvetage », comme le père Najeeb la qualifie lui-même. Toujours vêtu de sa soutane d’un blanc immaculé, il charge dans des voitures tout ce qu’il peut de manuscrits, plus riches en calligraphies et en enluminures les uns que les autres. En fuyant de la plus grande ville chrétienne d'Irak, il accueille des femmes et des enfants terrorisés à la vue des drapeaux noirs de Daech qui se rapprochent. Dans les voitures, tous s’entassent entre les manuscrits et les archives. Direction Erbil. « Daech est entré dans Qaraqosh le 6 août alors que j'avais fui la ville trois heures plus tôt », témoigne le prélat. Mais plus de 1 500 ouvrages partent quand même en fumée.

    Le père Najeeb raconte le sauvetage des manuscrits des mains du groupe Etat islamique, en compagnie des deux jeunes Irakiens qui l'ont aidé. RFI/Anne Bernas

    Aujourd’hui, les manuscrits sont en sécurité au Kurdistan irakien, mais ils demeurent inaccessibles. « Au total, poursuit le religieux irakien, notre centre a numérisé quelque 8 000 manuscrits sur disque dur, mais aujourd'hui la moitié d'entre eux, qui n'étaient pas conservés par les dominicains, n'existent plus ».

    Aux Archives nationales, à l’occasion du huitième centenaire de l’Ordre dominicain, l’exposition « Mésopotamie, carrefour des cultures », présente ainsi les sept fac-similés de ces joyaux qui trônent aux côtés d’une trentaine de manuscrits comparables, dont quelques pièces très rares en syriaque, araméen, arabe, beaucoup collectées par les dominicains, d'autres conservées à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque du Vatican et à la bibliothèque du Saulchoir en France. L'archéologie et l'histoire des langues sont les deux domaines de prédilection des savants dominicains, en témoigne un coran de Bagdad de la fin du XIIe siècle, probablement annoté par le dominicain Riccoldo da Monte Croce (1243-1320).

    L’exposition retrace par ailleurs l’histoire des missions et de l’implantation des frères prêcheurs dans la plaine de Mésopotamie. Parce que la région, entre le Tigre et l'Euphrate, berceau de l’écriture et des civilisations urbaines de l’Antiquité, n’a cessé d’être visitée par des missionnaires de l’Ordre depuis sa création. C'est en Mésopotamie, au IVe millénaire avant Jésus-Christ, que les Sumériens réalisent les premiers documents écrits de l’humanité. Indéniablement, la Mésopotamie a participé à la création de notre monde moderne.

    Avant de s’enfuir du couvent de Mossoul, le père Najeeb a arrêté l'horloge de la porte principale. « Depuis 1880, l’horloge, offerte par l’impératrice Eugénie, sonnait chaque heure à Mossoul. Elle gênait les criminels de Daech, ces gens qui ont fait du couvent de cette ville une prison et un lieu de torture. On a les moyens de protéger ces trésors de notre humanité, mais il faut aller vite avant qu’une nouvelle fois on n’ait plus qu’à regretter ». Et le temps est plus que jamais compté.

    Mésopotamie, carrefour des cultures, les grandes heures des manuscrits irakiens, Hôtel de Soubise à Paris, du 20 mai au 24 août 2015

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