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    Hebdo

    Mounir Fatmi : «Ceci n’est pas un blasphème»

    media Mounir Fatmi, vidéaste et plasticien marocain. Dominique Libert

    Etabli à Tanger, Lille et Paris, ce vidéaste et plasticien marocain de 45 ans vient de publier Ceci n’est pas un blasphème, un ouvrage de réflexion sous forme de dialogue avec le journaliste et écrivain Ariel Kyrou. Au cœur de ce livre : la place de l’art contemporain face à l’essor du fanatisme religieux et aux atteintes à la liberté d’expression, en France comme ailleurs dans le monde. Mounir Fatmi, dont le travail traite de la « désacralisation de l’objet religieux, de la fin des dogmes et des idéologies », livre ses réflexions.

    Comment avez-vous eu l’idée de ce livre, un essai illustré qui démarre sur l’attentat du 7 janvier contre Charlie Hebdo et s’attaque à de vastes questions telles que la société, la religion et la vie ?

    Cet ouvrage a commencé en 2012 sous forme de conversation avec Ariel Kyrou dans un train. Il était le commissaire d’une exposition à laquelle j’avais participé. Je lui expliquais que tous les deux ou trois mois, je me heurtais à un problème de censure ou d’annulation d’expositions. Il a voulu que nous en débattions assez largement, en nous attaquant à la question du blasphème sous tous ses angles.

    Quels problèmes avez-vous rencontrés ?

    J’ai été confronté à des actes de censure préventive. L’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, lors de la grande exposition « 25 ans de créativité arabe » (octobre 2012-février 2013) et la Villa Tamaris, un centre d’art à la Seyne-sur-Mer, avant son exposition « C’est la nuit » (du 13 juin au 6 septembre), ont déprogrammé mon film sur Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques contre lequel une fatwa a été lancée par les islamistes. C’est une œuvre de six heures où on le voit dormir avec en bande sonore ma propre respiration – que j’ai placée comme dans une intervention divine.

    Mon idée était de montrer Salman Rushdie dans un statut de dormeur pour rendre hommage à son combat : en le montrant entre la vie et la mort, nous devenons voyeurs, face à cet homme qui est vulnérable et fort à la fois dans son sommeil. Salman Rushdie représente un tournant essentiel de ces 25 dernières années dans le monde arabe. Si on le nie encore, c’est que les printemps arabes n’auront servi à rien. Des gens sont prêts à mourir pour la liberté d’expression et Salman Rushdie a vu sa tête mise à prix pour trois millions de dollars par une fondation religieuse iranienne, mais nous ne pouvons pas en parler… Si je ne peux pas montrer une pièce – comme si je lançais un virus pour faire monter la fièvre et dire que quelque chose ne fonctionne pas dans notre monde - alors c’est toute ma pratique ne sert à rien… On touche à la liberté d’expression.

    Comment ces lieux culturels ont justifié leur décision de ne pas montrer votre installation ?

    L’IMA comme la Villa Tamaris m’ont demandé avant d’ouvrir leurs expositions de montrer n’importe quelle œuvre, mais pas ce film - sous prétexte que les images de Salman Rushdie sont « sensibles » pour le monde arabe. Je voulais me retirer de l’exposition mais c’était problématique pour l’IMA que n’y sois pas. J’ai donc montré une autre vidéo qui s’appelle Technologia Modern Times. En revanche, je me suis retiré de l’exposition de la Villa Tamaris, qui a renoncé à montrer le film après l’attentat commis contre Charlie Hebdo, pour ne pas susciter de polémique ou avoir de problèmes.

    Comment avez-vous réagi en apprenant cet attentat contre Charlie Hebdo ?

    J’avais l’impression de ne rien comprendre. D’abord, mon cerveau a refusé de traiter cette information et je n’ai pas réagi. Ensuite, j’ai eu l’impression de vivre un cauchemar. Le temps et l’espace sont anéantis, il n’y a plus de géographie, la menace peut frapper au cœur de Paris… Je me sentais aussi coupable. Cela m’a renforcé dans mon souhait de rendre hommage au combat de Salman Rushdie, et de toutes ces portes de secours qu’il doit ouvrir, mentalement, pour échapper à la violence qui pèse contre lui.

    L’essor de l’islamisme nous plonge-t-il au cœur d’un nouveau type de conflit mondial ?

    L’image d’un conflit mondial correspond bien à quelque chose, mais la guerre a changé. Nous sommes en guerre, en effet, mais une guerre qui n’a plus rien de conventionnel et ne se joue plus entre des Etats. Cette guerre, comme le « grand djihad », qui est la guerre contre soi-même dans l’islam, se joue contre nous-mêmes et nos propres peurs : celui qui a peur de perdre sa maison à cause de la crise est en guerre, celui qui a peur de perdre sa religion est en guerre, celui qui a peur de perdre sa culture est en guerre…

    La peur des réactions du public n’a-t-elle pas été aussi la cause des censures à votre encontre ?

    Avant, j’avais des censures après l’ouverture des expositions, à cause d’un incident ou d’un problème. Au moins, je pouvais montrer l’œuvre pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures…Tout ceux qui travaillent sur le corps, la religion, la politique et des sujets sensibles ont des difficultés à montrer leur travail. Ce qui pose la question du rôle des espaces d’art, qui sont aussi des champs de bataille ! Avant les attentats contre Charlie Hebdo, on me prenait souvent pour un provocateur qui traite de certains sujets pour faire parler de moi. Tout mon propos était dévoyé. On a commencé à me prendre au sérieux après Charlie. Mon combat en tant qu’artiste s’inscrit dans un cadre plus large de lutte pour la liberté d’expression et la démocratie. J’ai quitté le Maroc pour ces raisons, mais les sociétés occidentales ont d’autres façons de vous empêcher de respirer…

    Save Manhattan 01, 2004, «Comprendra bien qui comprendra le dernier», Mounir Fatmi. Mounir Fatmi

    La chape du politiquement correct n’est-elle pas plus forte en Europe que dans les pays arabes ?

    Dans un sens, oui. Dans les pays arabes, je sais à quoi m’attendre. Je montre un travail et je me dis que si je reste quarante-huit heures ou une semaine sans que personne ne vienne manifester, c’est génial. A la foire Art Dubaï sur les « printemps perdus », une de mes œuvres a été montrée pendant trois heures puis enlevée.

    Certaines de vos œuvres apparemment inoffensives, avec des skate-boards recouverts de tapis de prière, provoquent aussi de vives réactions…

    Je reçois des mails, en effet, pour me dire de ne pas toucher au tapis de prière, comme s’il était devenu un objet sacré ! Des gens m’ont écrit : « Tu imagines, des gens vont mettre leur pied sur ton installation où il y a un tapis de prière… » Je leur réponds qu’on met aussi les pieds sur ces tapis pour prier ! La religion, ce n’est pas la barbe, le chapelet ou le tapis de prière. Je réfléchis beaucoup à ces questions : pourquoi faut-il des racines, appartenir à la terre, une tribu, un pays, un drapeau ? Pourquoi s’accrocher à des objets sacrés - qui incluent les œuvres d’art elles-mêmes, d’ailleurs. Quand ma pièce est exposée au Brooklyn Museum à New York et qu’elle est protégée par des barrières, on en fait aussi quelque chose de sacré… Ce qu’elle n’est pas !

    Vous considérez-vous comme un résistant ?

    Si on ne résiste pas, on répond juste à une commande.

    Etes-vous en conversation avec d’autres artistes sur ces sujets de liberté d’expression, d’utilisation des symboles de l’islam comme le Coran dans les œuvres ?

    On est vraiment nombreux à penser qu’il y a quelque chose d’essentiel à défendre : la notion même de liberté. « Il faut sauver la liberté et la liberté sauvera le reste », comme le disait Victor Hugo.

    Installation «Jusqu'à preuve du contraire», de Mounir Fatmi. Rebecca Fanuele

    ►Mounir Fatmi et Ariel Kyrou, Ceci n’est pas un blasphème, Dernière marge, Paris, 2015, 365 p., 18,90 euros.

    Site de Mounir Fatmi

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