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    Sur la route de l’Europe, l’éprouvante traversée de la Macédoine

    media C’est l’heure de la pause pour ce groupe de migrants syriens. Avec les Afghans ou les Somaliens, ils sont des milliers ces dernières semaines sur les routes de Macédoine en direction de la frontière serbe. RFI/Laurent Geslin

    Alors que ni le gouvernement ni l'Union européenne ne prennent la moindre mesure pour faire face à l'urgence humanitaire en Macédoine, que traversent chaque jour des milliers de migrants venus de Syrie, d'Afghanistan ou de Somalie, des citoyens se mobilisent.

    Le coup de pédale est hésitant, le corps se balance dangereusement au bord de l'autoroute. Un soleil de plomb écrase les collines pelées du centre de la Macédoine, le béton fond par plaque. Un foulard passé autour de la tête, l'homme sue à grosses gouttes en ce début d'après-midi. Quelques centaines de mètres plus loin, un groupe d'une vingtaine de cyclistes progresse difficilement. Ces dernières semaines, ils sont des milliers à remonter les autoroutes et les voies ferrées de Macédoine en direction de la frontière serbe. Ces migrants sont partis il y a plusieurs mois de Syrie, d'Afghanistan ou de Somalie avec l'espoir d'arriver un jour en Europe occidentale, en Allemagne ou dans les pays scandinaves.

    Les autorités macédoniennes n'ont ni les capacités de fermer leur frontière avec la Grèce, ni les moyens d'aider ceux qui fuient la guerre ou la pauvreté. « A Gevgelija, juste après la frontière grecque, la police nous a indiqués où acheter des vélos », explique Sayid, la vingtaine, originaire d'Idleb, en Syrie. Les prix sont stables, de 120 à 150 euros par unité, les tarifs à la revente bien moins avantageux. Devant la mosquée Tatar Sinan Beg de Kumanovo, de l’autre côté du pays, une foule de badauds se rassemble à chaque fois que des migrants arrivent dans cette ville, dernière étape avant la frontière serbe. « Vos vélos, c'est de la qualité chinoise, cela ne vaut rien, explique un acheteur qui parle anglais à des Afghans à bout de force. Je vous en donne 30 euros maximum ». Selon toutes probabilités, les cycles sont ensuite directement expédiés vers le sud, pour effectuer de nouveaux voyages.

    « Nous avons marché durant dix jours… »

    La route des Balkans vers l'Europe occidentale est connue depuis quelques années par les candidats à l'exil. A Lojane et dans les autres villages albanais qui surplombent Kumanovo et la frontière serbe, cela fait longtemps que des passeurs se remplissent les poches en conduisant les migrants par des chemins de montagne. Depuis le début de l'année, le flux a pris l'ampleur d'un exode biblique : 50 000 personnes auraient traversé la Macédoine entre le 1er janvier et le 1er juin 2015. Avec l'arrivée de l'été, les passages devraient encore s'accélérer, d'autant que les douaniers serbes ne se fatiguent plus à contrôler les frontières : Belgrade délivre des documents de circulation valables 72 heures et qui permettent aux migrants de gagner la frontière hongroise. La Macédoine a adopté une loi similaire, qui devrait permettre aux migrants d’utiliser les transports publics. Le flux n’est pas près de se tarir : 13 000 personnes attendraient de passer la frontière gréco-macédonienne. Les faibles capacités d’accueil du pays sont totalement dépassées.

    « Nous avons marché durant dix jours pour traverser la Macédoine, en dormant dans les bois, avec ma sœur et sa fille de quatre ans, explique Marie, 19 ans, originaire de la République démocratique du Congo. Nous avons tenté de rejoindre un groupe de Syriens conduit par un passeur, mais celui-ci voulait aussi nous faire payer, alors nous les avons suivis à distance ». La Macédoine a mauvaise réputation, les vols et les attaques y sont fréquents, mieux vaut voyager en groupe pour éviter les problèmes. Début juin, la police a investi le village de Vaksince, à proximité de la Serbie, et démantelé un réseau qui séquestrait des migrants contre des rançons qui pouvaient dépasser 1 000 euros. Des cadavres sont aussi régulièrement retrouvés à proximité des voix ferrées. Fin avril, quatorze hommes ont été inhumés dans le cimetière musulman du village de Rastani, sur les hauteurs de l'ancienne ville industrielle de Veles, après avoir été percutés par un train dans un tunnel.

    Des migrants sur la voie ferrée à Veles. RFI/Laurent Geslin

    « Leur nombre ne cesse d’augmenter »

    « Chaque jour, j’en voyais passer. J’ai commencé à les appeler, à leur proposer de l’eau, de la nourriture. Parfois, certains ont peur, mais ils comprennent vite que je ne leur veux aucun mal ». Lenche Zdravkin habite une ruelle qui borde la voie ferrée. Dans le couloir au rez-de-chaussée de son immeuble, transformé en véritable entrepôt, des stocks de vêtements, de chaussures, de pansements, de vivres et de bouteilles d’eau s’empilent. « Il y a des jours où je reçois 300 à 400 migrants. Hier, ils sont venus jusqu’à deux heures du matin. »

    « Je n’ai plus les moyens d’acheter du pain. Aussi, je le fabrique moi-même. » Lenche a commencé à aider les migrants il y a un an et demi, seule dans un premier temps. « Depuis le mois de mai, leur nombre ne cesse d’augmenter et les gens ont commencé à m’aider ». Deux Afghans, Arev et Slim, 25 et 30 ans, viennent d’arriver, totalement épuisés. Depuis deux mois, ils sont sur la route. Ils ne parlent pas un mot d’anglais. Lenche les invite par gestes à se laver les pieds au tuyau d’arrosage, soigne leurs ampoules, leur donne des chaussettes et des chaussures. Les deux hommes ne s’attardent pas, ils bafouillent un remerciement et repartent vite, munis d’un sac de nourriture, en suivant la voie ferrée. Ils croisent un voisin qui arrive, les bras chargés de cartons de nourriture. Le visiteur refuse de témoigner : « Je suis policier, je n’ai pas le droit de faire ce que je suis en train de faire ».

    L’adresse de Lenche circule sur les réseaux sociaux. Sur la façade de sa maison, elle a affiché un agrandissement du passeport de « Jehab Al Masalmeh, né le 21 février 1966 à Daraa, en Syrie ». Cet homme au visage austère, elle ne l’a jamais rencontré. Sa famille, parvenue en Allemagne, a perdu sa trace du côté de Thessalonique, en Grèce, voilà bientôt un mois. Personne ne sait où il se trouve. « Il finira bien par passer, assure Lenche. Il y a quelques jours, pour la première fois, j’ai pleuré, confie cette femme de 48 ans. Un jeune couple de chômeurs, qui survivent avec l’aide sociale, est venu m’apporter quelques paquets de nourriture ». A travers tout le pays, des citoyens ont mis en place un réseau de « ponts d’appui » pour venir en aide aux migrants, une mobilisation qui contraste avec l’inertie des autorités et la tragique absence de l’Union européenne.

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