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    David Van Reybrouck: «La RDC, une éponge imbibée d’eau»

    media David Van Reybrouck est une figure de la vie culturelle bruxelloise. Stephan Vanfleteren

    Historien, romancier et dramaturge belge, David Van Reybrouck, 43 ans, a publié le best-seller international Congo, une histoire, traduit en 2012 en français par Actes Sud. Somme historique et récit de voyage, il a recueilli les témoignages des principaux intéressés, quelque 500 Congolais de tous âges, ethnies, milieux et régions rencontrés au cours de sa longue enquête. Cinq ans plus tard, il évoque pour RFI l’avenir de la RDC.

    RFI : Quelle importance stratégique la RDC a-t-elle pour l’avenir de l’Afrique ?
    David Van Reybrouck : On a trop souvent tendance à penser que le Congo est un monde à part, un pays lointain où tout se joue dans une autre époque. Or, cette nation africaine de 75 millions d’habitants appartient bel et bien à notre époque et à notre monde. Elle a même été à l’avant-garde des développements mondiaux depuis des décennies, voire des siècles. C’est au Congo que la Guerre froide a commencé et que se trouve la plus importante mission de maintien de la paix jamais déployée par les Nations unies. C’est encore du Congo que vient Thomas Lubanga, la première personne à avoir jamais été condamnée par la Cour pénale internationale. Ce n’est pas non plus un hasard si la communauté internationale a dépensé de fortes sommes pour organiser en 2011 en RDC les élections les plus coûteuses et les plus compliquées du monde. Du point de vue de l’économie, le Congo a toujours disposé de tout ce dont le capitalisme mondial avait besoin. Ce pays a fourni des esclaves au temps de la traite transatlantique, de l’ivoire à une époque où l’Europe jouait au piano et au billard, du caoutchouc lorsque le pneu gonflable a été inventé par Dunlop, du cuivre pour fabriquer les obus durant les deux guerres mondiales, mais aussi de l’uranium, une ressource qui a beaucoup compté dans la décision américaine de mener une offensive définitive au cours de la Seconde Guerre mondiale.

    Congo, une histoire (David Van Reybrouck, traduit en 2012 par Actes sud)

    De l’uranium, on est passé à l’extraction du coltan...
    Et ce n’est pas tout ! Le Congo pourrait devenir la centrale électrique de l’Afrique si Inga tournait à 100 %. À lui seul, ce barrage pourrait satisfaire toute la consommation actuelle d’énergie en Afrique, en produisant de l’électricité propre et durable. Dans un continent qui va s’assécher de manière inexorable, le Congo représente une éponge trempée qui déborde d’eau ! Chose rarissime, les Congolais possèdent un fleuve énorme intégralement situé sur leur territoire, affluents compris. Ils ont le luxe de se trouver en possession indivise de l’un des plus grands fleuves du monde ! Seul problème : le Congo a toujours été plus maudit que béni par ses richesses. Le jour où les Chinois auront extrait le dernier milligramme de cuivre du sous-sol du Katanga, il restera le fleuve pour que la fête continue !

    Pourquoi parler de « malédiction » dans le cas de la RDC ?
    Au-delà du cas congolais, les pays dotés d’un sous-sol très riche et d’un État très faible ont peu de chances de voir l’État se former. Du moins, tant que leurs élites écrèment les revenus tirés des exportations de matières premières. Au Congo, cette élite politique se contente de servir d’intermédiaire entre le sous-sol et les acteurs internationaux. Elle n’éprouve aucune nécessité de se préoccuper du développement du pays. Tant que l’argent arrive d’en haut, pourquoi se soucier du bas ? Il faut certes faire mine de s’en soucier un peu, parce que le monde semble tenir au fait que votre démocratie soit le résultat d’élections. Il faut s’assurer de temps à autre d’obtenir ce mandat populaire – non pas pour connaître la volonté réelle du peuple, mais pour apaiser les exigences des puissances occidentales et continuer à faire des affaires.

    Qu’en est-il du pétrole ?
    Des réserves ont été trouvées dans l’est du pays, dans le parc des Virunga, non loin de Goma. Une discussion existe aussi sur le gaz qui se trouverait dans le lac Kivu, et le Rwanda a déjà manifesté son intérêt. Cependant, le problème du Congo ne consiste pas à trouver de nouvelles ressources naturelles ou à creuser de nouveaux puits, mais à améliorer la situation de ses citoyens. D’autres pays se portent très bien, sans ressources naturelles importantes, avec un État opérationnel et des citoyens prêts à payer l’impôt.

    Pensez-vous au Rwanda ?
    Pas spécifiquement. Le Rwanda n’a pas de ressources naturelles, mais parvient à les exporter – c’est encore une autre histoire ! Les exemples d’États qui redistribuent les richesses sans avoir forcément beaucoup de ressources naturelles se trouvent en Belgique, en Finlande ou au Cap-Vert. Ce petit pays situé au large de l’Afrique de l’Ouest, dont les dirigeants ont réussi à établir un pacte de confiance avec leurs administrés. Dans ce contrat social, une sorte de troc est en jeu : en échange de l’impôt, l’État produit des biens publics. Le deal consiste à voir le bas donner en haut et le haut redistribuer en bas - en fonction d’une logique de puissance publique et non de multinationale.

    Où la question cruciale pour l’avenir à votre sens ?
    Le vrai manque se trouve dans l’absence de percolation entre les richesses produites au sommet et le bas de l’échelle sociale. Tant que l’État ne redistribue pas vers la société, les Congolais se trouvent livrés à une débrouillardise infinie, dans un système où la corruption s’avère généralisée. Construire l’État reste l’enjeu majeur au Congo - un État qui inspire la confiance et soit capable de redistribuer les richesses et le bien-être à tous. Un président qui va prendre sa retraite doit être sûr que son salaire sera payé ! Il doit lui aussi avoir confiance dans le fonctionnement de l’État.

    D’où viennent à votre avis les changements majeurs à l’œuvre en RDC aujourd’hui ?
    Ils ne se produisent pas forcément sur le sol congolais. La structure de la diaspora se trouve en mutation, et elle pourrait jouer un rôle crucial pour l’avenir. Dans les années 1960 ou 1970, un Congolais qui émigrait partait définitivement pour s’installer à Paris ou Bruxelles. Il s’agissait d’un trafic à sens unique, d’un aller simple. Aujourd’hui, les émigrés ne se contentent plus d’envoyer de l’argent par Western Union à leurs parents. Ils font la navette, montent des entreprises, investissent. Skype, Facebook, WhatsApp et Twitter ont changé la donne, en rendant le contact avec la patrie beaucoup plus facile et intense. Les migrants sont devenus des intermédiaires, ils apportent du savoir-faire. Et les manifestations les plus importantes contre les résultats des élections de 2011 ne se sont pas déroulées à Kinshasa, mais à Bruxelles. La diaspora devient un espace de contestation.

    Quels sont pour vous les motifs d’espoir en RDC ?
    Au Congo, comme nulle part ailleurs, je garde espoir dans l’humanité, tout en traversant parfois de moments de désespoir profond. L’extrême courage humain est associé dans ce pays à l’extrême cruauté et l’extrême bêtise. L’homme est capable des deux, mais je suis convaincu que les forces constructives vont l’emporter. Rien n’est simple en RDC : on trouve des personnes très corrompues au bas de l’échelle sociale, mais aussi des gens de grande qualité au sommet de l’État, avec notamment des députés qui se montrent extraordinaires. Si le Dr Denis Mukwege emportait le prix Nobel de la paix, ce serait largement mérité et sur le plan symbolique, une telle récompense donnerait un nouvel élan au pays. L’impact pourrait être le même que celui qu’a connu l’Afrique du Sud en 1984, avec le prix Nobel décerné à Desmond Tutu. C’est très important pour le Congo.

    Pour en savoir plus

    David Van Reybrouck : «Congo, une histoire»

    David Van Reybrouck: «Le Congo est un Etat en faillite»

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