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    Hebdo

    Au Paraguay, les Afro-descendants en quête d’émancipation

    media Claudio a sculpté un rosaire en grès en prévision de la venue du Pape au Paraguay en juillet. Avec son cadeau, il espère pouvoir attirer l'attention du Souverain pontife sur les conditions de vie de la communauté afro-paraguayenne. RFI/Tony Robin

    Depuis l’indépendance, en 1811, la présence de citoyens d’origine africaine sur le sol guarani a systématiquement été niée par les autorités du Paraguay. Exclus du marché du travail formel, les descendants des esclaves, débarqués entre le XVIe et le XIXe siècle, sortent peu à peu de l’isolement dans le sillage de jeunes leaders n’ayant pas connu les persécutions de la dernière période totalitaire de 1954 à 1989.

    Le Jour J approche. Pendant plusieurs semaines, Claudio s’est attelé à sculpter un rosaire taillé dans le grès de la carrière d’Emboscada.  L’artisan espère pouvoir le remettre au  Pape François lors de sa visite au Paraguay, prévue du 10 au 12 juillet prochains. Une façon « de le remercier pour tout ce qu’il fait pour les plus humbles ». Mais surtout « un message pour essayer de faire connaitre la situation de notre communauté ».

    A 54 ans, Claudio est le professeur de sculpture attitré d’Emboscada, où vit la majorité des Paraguayens d’origine africaine. Un « don du Tout-puissant » qui lui permet de vivre « un peu plus dignement » que la plupart des autres Afro-descendants de la collectivité. Un talent qui lui a aussi permis de préserver sa santé, même s’il continue à creuser la carrière le dimanche pour accroître ses revenus. A Emboscada, les trois-quarts des hommes d’origine africaine travaillent à l’extraction de pierres. Espérance de vie : 33 ans. Un chemin de croix jusqu’à la silicose.

    Sans masque de protection et pieds nus, Francisco extrait les pierres de la carrière de grès d'Emboscada. Dans ces conditions, son espérance de vie est de 33 ans. RFI/Tony Robin

    Petit-fils et fils de carriers, Patricio Zárate a pu échapper à la fatalité. Il est employé à la Culture et à l’Insertion sociale à la municipalité d’Emboscada. L’une des seules du pays à ne pas être sous la coupe du Parti Colorado, la formation qui a dirigé le Paraguay sans discontinuer de 1946 à 2008, et de nouveau depuis 2013.

    « Nous étions totalement invisibles »

    A peine âgé de 34 ans, Patricio est le président du Réseau paraguayen des Afro-descendants (RPA), créé en 2003, pour « unifier les différentes communautés afro-descendantes du pays ». Avant la création de l’association, « nous étions totalement invisibles. Depuis, nous grignotons de l’espace pour exprimer nos revendications ». Emboscada fut crée en 1741 par les Espagnols d’Asunción, la capitale, comme premier rempart face aux attaques des indigènes non soumis. Le village était alors le seul d’Amérique du Sud peuplé uniquement d’esclaves affranchis. A l’indépendance, leurs descendants y restèrent. L’isolement fut une donnée constante de la vie dans la zone, même si la construction d’une route nationale passant par le bourg participa en 2005 à améliorer le quotidien.

    Le nombre total d’individus d’origine africaine est inconnu au Paraguay. Ils seraient entre 10 000 et 20 000. « Pas de chiffre officiel, car pas de volonté politique de savoir » pour José Medina. Né comme Zárate à la fin de la dernière période totalitaire (1954-1989), Medina est originaire de Kamba Cua, l’autre grande communauté afro-descendante du pays.

    Un seul membre par famille va à l’école

    Les hommes y travaillent pour la majorité comme ouvriers dans le bâtiment. Un travail payé au noir 10 euros la journée. Les femmes sont employées de maison avec un salaire mensuel qui dépasse rarement les 100 euros. Généralement, un seul membre par famille va à l’école. Les autres enfants travaillent dès le plus jeune âge pour aider à la subsistance du foyer.

    Quand sa mère est partie travailler à Buenos Aires, José Medina avait dix ans. Grâce à l’argent envoyé depuis l’Argentine, il a pu arrêter de vendre des légumes au marché pour se consacrer aux études. Après avoir obtenu plusieurs titres universitaires, il se bat aujourd’hui pour faire reconnaître la communauté comme minorité ethnique afin d’obtenir des quotas dans l’administration et à l’université. Une mesure qui existe déjà pour les indigènes au Paraguay ou pour les Afro-descendants au Brésil.

    Les habitants originels de Kamba Cua arrivèrent libres au Paraguay. En 1820, le libérateur uruguayen Artigas demanda l’asile au Dr Francia. Le président paraguayen lui accorda et lui octroya 100 hectares de terres arables. Artigas s’exila alors avec 150 lanciers noirs, d’anciens esclaves ayant combattu à ses côtés pendant la guerre d’indépendance de l’Uruguay. Sur un infime pourcentage de ces terres, vivent aujourd’hui leurs descendants. Quasiment l’intégralité a été spoliée par les différentes dictatures ayant frappé le Paraguay au fil des deux derniers siècles.

    Pendant les années 1970, le régime totalitaire avait même fait bâtir un mur rehaussé de barbelés tout autour de Kamba Cua. « Notre mur de Berlin », sourit Benito Benitez Medina. Avec son frère Lazaro, ils fondèrent en 1980 le Ballet Kamba Cua, formation de musique et danse traditionnelles. À une époque « il nous était impensable de revendiquer frontalement nos droits », montrer « notre folklore » était « une première étape pour sortir de l’isolement ». Benito continue aujourd’hui d’arpenter les festivals du pays avec le Ballet.

    Pas Lazaro. Il s’est éteint à l’âge de 48 ans, et restera à jamais comme le premier Afro-paraguayen à avoir posé le pied sur la Terre-Mère. C’était en 2001, à Durban, en Afrique du Sud, quand il participa à la conférence de l’Unesco contre le racisme. Une fois la réunion terminée, il se para de son costume traditionnel et joua de son tambour. Là, les membres de la délégation kenyane se levèrent et se mirent à danser, dans des mouvements semblables à ceux du folklore afro-paraguayen. Instant magique. Lazaro pouvait rejoindre ses ancêtres dans l’au-delà. Il savait dorénavant qui ils étaient. 

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