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    «Aider les plus pauvres à se battre pour leurs droits»

    media Dans le bureau de Claire Hédon à RFI, la carte de l'Afrique, où elle a aussi croisé la très grande pauvreté. Anne Frintz / RFI

    Claire Hédon, la journaliste qui présente l'émission Priorité Santé à RFI, vient d'être nommée présidente d'ATD Quart Monde France à titre bénévole. Engagée depuis vingt-deux ans dans ce mouvement, elle nous explique ce qui fait sa singularité. Elle revient aussi sur les combats qu'elle a menés avec l'association, sur son parcours de militante et sur sa pratique journalistique qu'elle juge enrichie par sa rencontre avec les plus pauvres. 

    RFI : Claire Hédon, vous venez d'être nommée présidente d'ATD Quart Monde France. Présentez-nous ce mouvement, quelle est sa force ?
    Claire Hédon :
    ATD Quart Monde, c’est un mouvement laïc de lutte contre la pauvreté. Il est né en France en 1957 et il est maintenant présent dans de nombreux pays à travers le monde. Il a été crée par quelqu’un issu de la grande pauvreté, le père Joseph Wresinski, un fils d'immigrés polonais qui a vécu dans le quart monde, c'est-à-dire dans des conditions difficiles. La grande force de ce mouvement, c’est de réunir des gens de tous les milieux sociaux qui se battent, ensemble, contre la pauvreté.

    Que signifie concrètement lutter contre la pauvreté pour ATD Quart Monde ?
    Cela veut dire essayer d’influencer les politiques pour qu'elles permettent aux plus pauvres l'accès aux mêmes droits que les autres : droits à l’éducation, à la santé, à la culture. C’est grâce à ATD Quart Monde qu’il y a eu le RMI à l’époque, le Revenu minimum d’insertion, qui est aujourd’hui le RSA, le Revenu de solidarité active. C'est aussi grâce au mouvement qu’il y a eu la CMU, la Couverture maladie universelle en France, et qu’il y a eu la loi contre les exclusions de 1998. Alors, tout n’est pas réglé pour autant. Il y a encore des batailles à mener.

    Quelles sont les batailles actuelles d'ATD Quart Monde ?
    La diminution de l'échec scolaire est l'un des grands engagements d'ATD Quart Monde France en ce moment. Comment faire pour qu’il n’y ait pas autant d’enfants en échec scolaire qui soient issus de familles dans la grande pauvreté ? L’autre grande bataille, c’est la reconnaissance de la discrimination pour cause de précarité sociale. La loi est déjà passée au Sénat. Il faut maintenant qu'elle passe à l’Assemblée nationale. Il y a aussi toute une action « Territoire zéro chômeur ». L’idée est de faire des expérimentations pour montrer que sur certains petits territoires, on pourrait éliminer le chômage de longue durée.

    Et quels objectifs voulez-vous atteindre durant votre présidence ?
    Je travaille dans les médias et on a très envie, à ATD Quart Monde, de plus communiquer ; pas tant pour faire savoir ce que nous faisons, nous, mais pour faire savoir ce que c’est que de vivre dans la pauvreté, pourquoi les gens veulent s’en sortir. Il faut communiquer pour stopper la discrimination, les regards bourrés de jugements sur la façon dont vivent les plus pauvres. Un de mes grands objectifs, c'est qu’on arrive à changer le regard, à arrêter d’opposer les gens les uns aux autres, à arrêter de parler d’ « assistés » au sujet des pauvres, par exemple.

    Avant d’être présidente du mouvement, vous étiez vice-présidente…
    Cela fait vingt-deux ans que je suis impliquée dans ce mouvement. J’ai d'abord participé pendant plus de douze ans à ce qu’on appelle les universités populaires. Ce sont des lieux où des gens comme vous ou moi rencontrent des personnes qui vivent dans la très grande pauvreté et où tous travaillent ensemble. On travaille ensemble sur des thèmes excessivement variés qui vont de l’éducation des enfants, de la question de la scolarisation ou de la santé au rôle du père dans une famille. Moi, j’y étais au moment de l’arrivée de l’euro, de la construction européenne. Donc, on discutait de thèmes comme cela. Actuellement, on échange sur toutes les questions environnementales ou sur la discrimination pour cause de pauvreté.

    Quelle est l'originalité de tels échanges ?
    L’originalité, surtout, c’est de travailler ensemble, entre des gens issus de la pauvreté et des gens qui ne le sont pas ; c’est une co-formation. Les gens qui sont dans la pauvreté apprennent à prendre la parole, à élaborer une pensée, à la dire, à l’exprimer. Et les gens, comme moi, qui ne savent pas ce que c’est que le quart monde, découvrent ce que les gens ont à dire, ce qu’ils vivent, quels sont leurs besoins et leurs envies.

    Quand avez-vous commencé à endosser plus de responsabilités pour la reconnaissance des besoins et des envies des plus pauvres, justement ?
    C'est après ces années de participation aux universités populaires, qui me mobilisaient chaque semaine, que je suis entrée au conseil d’administration d’ATD Quart Monde France [en 2005, ndlr], puis que je suis devenue vice-présidente du mouvement pendant cinq ans et aujourd’hui présidente. Mon mandat présidentiel prendra effet au 1er septembre 2015.

    Comment aviez-vous découvert ATD Quart Monde il y a vingt-deux ans ?
    J’ai découvert le mouvement en Thaïlande, dans les bidonvilles de Bangkok, à travers les bibliothèques de rue. C’est une autre des grosses activités du mouvement, qui est d’apporter le livre dans des quartiers où il n’y en a pas forcément, et donc de s’installer, dehors, dans la rue, avec des enfants, sur une couverture, et de lire des livres avec eux. Cette première expérience a duré juste une semaine mais j'ai découvert son importance. Les enfants avaient envie de lire, ce qui n’est pas un luxe mais un droit. Ce qui m’a tout de suite plu dans ce mouvement, c’est cette question des droits. Ce n’est pas de l’assistanat. Il ne s’agit pas de faire de la distribution alimentaire ou d’habits. Il s’agit vraiment d’aider les gens à se battre pour leurs droits. Et ça m’a tout de suite beaucoup parlé, cette question de justice et de droits.

    Est-ce que votre engagement à ATD Quart Monde et votre émission Priorité Santé participent du même esprit ?
    On ne peut pas le dire exactement comme cela, mais il y a un lien entre les deux et, je vois une forme de cohérence entre ma vie professionnelle et ma vie extraprofessionnelle. C’est sûr que ce n’est pas un hasard de travailler sur une émission comme Priorité Santé où on parle beaucoup de l’accès à la santé pour tous.

    Votre engagement humanitaire a-t-il eu un impact sur votre façon de travailler, de voir le monde ?
    Ma participation aux actions d'ATD Quart Monde a certainement fait évoluer ma façon de travailler, je dirais même qu'elle l'a changé. Quand je suis en reportage, dans des pays étrangers, et où on parle beaucoup, justement, d’accès aux soins, faire parler des patients, des gens qui sont en situation difficile, j’ai bien compris que cela prenait du temps. Les gens ont des choses à dire, mais il faut prendre le temps de les leur faire dire. Cela fait donc travailler un peu différemment. Je demande à mes équipes qui sont sur le terrain de faire la même chose que moi. Quand on me dit : « Mais, il n’avait rien à dire », je demande : « Tu as passé combien de temps avec lui pour savoir qu’il n’avait rien à dire ? ». Si on passe du temps avec les gens, ils ont des choses à dire. C’est certainement une des premières choses que m’a apprise le mouvement. La deuxième, c’est, à chaque fois, de me préoccuper quand on me dit : « Non, non, mais là aussi, c’est fait pour les pauvres, on s’est arrangé pour qu’ils aient accès aux soins », de vérifier si vraiment c’est effectif pour les plus pauvres. Qu’est-ce qui est fait en termes de lutte contre la pauvreté dans des politiques de santé, entre autres ? C’est assez fréquent de se poser cette question-là.

    Par exemple ?
    Sur la mise en place de la CMU au Sénégal : quand j’ai interviewé Awa Marie Coll Seck, la ministre de la Santé, elle m'a dit : « Les plus pauvres y auront vraiment accès, on met tout en place », et je la crois volontiers dans sa volonté de le faire d’ailleurs, ce n’est pas la question. Mais, sur place, j’ai rencontré l’équipe d’ATD Quart Monde, et eux, m’ont tout de suite interpelé sur le fait que c’est beaucoup plus compliqué que prévu pour les très pauvres qui n’ont pas d’identité, pas d’acte de naissance parce qu’ils n’ont pas fait les démarches à temps - c’est aussi cela, vivre dans la très grande précarité -, parce que c’est très compliqué de régulariser. Quand bien même il y a des campagnes de régularisation, ce n’est généralement pas complètement gratuit, et quand c’est une famille avec six ou sept enfants, si ce n’est plus, ça coûte très cher, c’est compliqué à faire ; donc non, ce n’est pas effectif pour les plus pauvres. Pas d'identité administrative, pas d'accès à la CMU. Et aux Philippines, c’est exactement la même histoire. Je suis dans un mouvement qui, en plus, m’aide à réfléchir et à penser le monde.

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