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    «La République de Platon» à la conquête du Festival d’Avignon

    media « La République de Platon » dans le jardin Ceccano à Avignon. Tous les midi, jusqu’au 24 juillet, dans le cadre du 69e Festival d'Avignon. Siegfried Forster / RFI

    Cette année, le Festival d’Avignon exige la justice dans la République. C’est l’une des surprises de cette 69e édition qui risque de devenir un véritable phénomène. Au centre-ville, tous les jours à midi, une assemblée populaire se réunit en plein air autour de questions philosophiques posées il y a 2500 ans. La République de Platon, réécrite par le philosophe Alain Badiou et interprétée par des étudiants-comédiens, des lycéens et d’amateurs est programmée du début à la fin du Festival le 24 juillet.

    « C’est quoi la justice ? » De tous âges, en t-shirt, chemise ou chapeau de paille, avec des tongs aux pieds ou un livre de Platon sous le bras, ils viennent sous les platanes du jardin Ceccano pour débattre les fondamentaux de la République. Car le sujet central qui surgit sans cesse dans les réflexions philosophiques de Platon, mais aussi chez les spectateurs, c’est tout ce qui tourne autour de la justice et le fait d’être ensemble.

    « Moi, j’ai mordu à l’hameçon »

    « Cela fait réfléchir, remarque Anne-Marie, une spectatrice qui vient tous les jours de Villeneuve-Lez-Avignon. C’est comme un rendez-vous. Il y a quelque chose d’apaisant. Ça fait trente ans que je viens au festival et là, pour la première fois, je trouve que c’est une autre manière de vivre Avignon, de retrouver les visages des gens. C’est un peu l’esprit Vilar. Moi, j’ai mordu à l’hameçon. Et d’un jour à l’autre, j’ai envie de voir la suite », raconte-t-elle en rigolant. Pour Marion, une jeune parisienne et également fidèle depuis la première séance, c’est « intelligent, drôle, beaucoup plus accessible que ce que je pensais... Et j’aime bien cette idée de suite. Cela donne envie de revenir chaque fois. »

    Sur une simple scène ou immergés dans le public alentour, ce sont des comédiens amateurs guidés par des professionnels qui interprètent ici la philosophie d’une façon populaire, tout en restant dans une note philosophique. Toucher le plus grand nombre avec les idées de Platon ou Socrate, voilà l’enjeu de cette République de Platon donnée en spectacle.

    Les rires ne manquent pas, l’humour accompagne l’esprit, des gens assis sur des bancs, sous un olivier ou par terre boivent littéralement les paroles. « Pour construire une maison. Qui est le plus utile ? L’homme juste ou le maçon ? » Une phrase parmi tant d’autres qui font tourner la tête aux spectateurs venus nombreux dans le jardin Ceccano, le rendez-vous des philosophes de ce 69e Festival d’Avignon.

    « Les gens sont prêts à réfléchir »

    «Je me demandais si ça passerait la rampe. Et je constate que les spectateurs sont intéressés, concentrés et concernés par ce qui se passe. Ils participent, écoutent, rient. Ça fait du bien, s’enthousiasme Didier Galas, en compagnie de Valérie Dréville et Grégoire Ingold, l’un des trois metteurs en scène de ce projet. C’est la démonstration que les gens sont prêts à réfléchir, avec une mise en scène et une mise en jeu absolument succinctes. Cela veut dire qu’on peut proposer autre chose que la télévision bidon avec des téléréalités ou des jeux débiles. »

    Programmé par le directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, comme un événement central du thème « Je suis l’autre » qui avait surgi après le choc de janvier, on constate que personne ici ne parle des attentats contre Charlie Hebdo, mais que les gens raffolent de se réunir autour des idées philosophiques. « Aujourd’hui, on a un problème de surinformation, remarque Didier Galas. D’où le besoin d’avoir une assemblée comme celle-là et de se dire : reprenons les choses en main. Arrêtons de déléguer les choses à des gens pour qui on vote et qui ne votent que des lois justes pour eux et injustes pour nous. Je simplifie, mais il y a constamment ce risque. »

    Didier Galas, le metteur en scène de « La République de Platon » dans le jardin Ceccano à Avignon. Tous les midi, jusqu’au 24 juillet, dans le cadre du 69e Festival d'Avignon. Siegfried Forster / RFI

    Laurent, 29 ans, est l’un des comédiens de l’École régionale d’acteurs de Cannes (Erac) qui fait partie du projet. Dans les lectures, il interprète Thrasymaque, l’adversaire de Socrate qui soutient que le juste correspond à l’intérêt du plus fort. A-t-il réussi à bousculer Socrate ? « Non, la bataille était perdue d’avance, s’amuse-t-il. En même temps, ce que Thrasymaque dit est vrai. On peut le vérifier tous les jours. Socrate tend vers un idéal. »

    « Aujourd’hui, le public comprend ce dont on parle »

    Pour lui, les attentats contre Charlie Hebdo ont changé surtout une chose : « Aujourd’hui, le public comprend ce dont on parle. Ce n’est plus une idée, on ne joue pas, il y a un vrai enjeu. Nous, la jeune génération, on se demande pour quel idéal se battre ? Avec la génération Facebook, les questions d’idéal, de rêves, de visions n’existent pas beaucoup ou elles sont complètement différentes. Avant, les idéaux étaient beaucoup plus loin de nous. Il y avait une notion de se dépasser soi-même. Là, les rêves s’arrêtent à être riche et avoir de l’argent, consommer. En cela, Platon résonne et nous, on essaie d’ouvrir une piste avec les moyens dont on dispose. »

    Ceux qui ont lu ce texte difficile sans le comprendre se retrouvent réconfortés par une mise en scène et une mise en voix qui n’hésite pas à utiliser les « Reprenons » ou « Dis-moi coco ». « Mon rôle est d’être un coach pour les comédiens, explique le metteur en scène Didier Galas. Ils lisent ici pour les gens qui sont nos invités à la réflexion. C’est une assemblée populaire. Nous aussi, nous sommes Socrate. »

    Après des séances consacrées à la question de la justice et de l’injustice et dédiées aux différences entre sage/savant et analphabète/abruti, cette communauté de pensée continue en questionnant la société. Comment et sur quels principes est-elle organisée ? Quels sont ses besoins, ses contradictions ? « C’était très sympa et assez drôle, avance Émilie, venue de Paris. Il y avait beaucoup de jeunes aujourd’hui, du coup, c’était très vivant. C’était des textes avec des analogies sur les chiens… Cela m’aide à comprendre notre société. »

    Laurent, 29 ans, est l’un des comédiens de La République de Platon au Festival d'Avignon. Siegfried Forster / RFI

    « La justice est quand même une épine dorsale pour nous tous »

    Chacun a ses raisons de se retrouver dans cette assemblée philosophique. « D’abord, c’est un spectacle gratuit, lance le jeune Yidir. Donc, c’est facile d’accès. Ensuite, la justice, c’est un sujet plutôt intéressant. » « J’aime bien le théâtre, affirme la jeune Luz qui passe toutes ses vacances dans la région. Aujourd’hui, c’était autour de la grande question de la justice et l’injustice. C’était assez dur de comprendre certaines choses, mais j’ai beaucoup aimé et je vais revenir. »

    « On travaille sa tête, se réjouit Bernard, retraité de Clermont-Ferrand. Je ne suis pas sûr d’avoir, à l’instant, retenu quelque chose, mais cela a permis d’élargir le champ – non pas de la question, mais des questions. Une question appelle encore des questions et encore des questions. Et c’est vrai, justice, injustice, c’est quand même une épine dorsale pour nous tous. » Et puis il y a les deux ados avignonnais Maud et Ismaël, membres de la mini-compagnie de théâtre pour enfants Les Kro Zoriginals : « On n’est pas venu pour écouter La République de Platon, admet Maud avec la sincérité d’une grande comédienne. On fait ici de la pub pour notre nouveau spectacle Antigone d’Anouilh que nous jouons à la Fabrik’Théâtre. »

    Reste la question ce que ces philosophes de midi ont appris en compagnie de Platon ? « Qu’il vaut mieux se taire », rigole Bernard, un Québécois venu pour accompagner sa femme Dominique, prof de philosophie qui avait étudié le texte à la faculté. Alors c’est quoi la justice ? « [Rires] On ne le sait pas. On est comme Socrate, on est dans l’ignorance. » « Ah, la question reste posée, s’exclame Irène qui habite la Cité des Papes. Dans le monde actuel, on se demande s’il y a une justice. » « La conclusion est qu’ils se sont parlé, parlé, parlé, pour n’arriver à aucune conclusion sur la justice... Par contre, il y a des pistes de réflexion : est-ce l’intérêt du plus fort ou l’intérêt tout court », résume Véronique d’Ardèche. 

    Lenka participe en tant que citoyenne à La République de Platon au Festival d'Avignon. Siegfried Forster / RFI

    « On construit cette République »

    La seule personne qui a osé donner une réponse à la question posée a 10 ans et s’appelle Claire: « La justice, c’est d’être juste avec les gens. » Vit-on dans une société et à une époque où l’on n’ose plus définir la justice ? Didier Galas s’interroge : « Parmi  les gens qui nous gouvernent, y en a-t-il beaucoup qui font des actions justes ? En France, on va de scandale en scandale. »

    Lenka fait partie des amateurs avignonnais qui ont travaillé depuis février sur le projet de La République de Platon, avec des ateliers préparatoires et des répétitions le soir.  Les premiers jours du spectacle, elle a incarné les Socrates et joué la narratrice. Une expérience qui l’a transformée : « Avec cette communauté de gens qui a travaillé ce texte pour le donner au public, nous nous rencontrons à partir de nos existences. Nous restons divers et nous arrivons à faire quelque chose qui soit commun. Nous sommes portés par cette envie de le donner au public. Nous nous transformons dans ce processus pour donner le texte le jour J, une seule fois. Le fait de le donner, c’est cela qui nous unit. C’est aussi avec cette expérience qu’on construit cette République, cette micro-République. »

    La République de Platon, d'Alain Badiou, mise en scène par Valérie Dréville, Didier Galas, Grégoire Ingold. Avec l'Ecole régionale d'acteurs de Cannes et des citoyens. Au jardin Ceccano, dans le cadre du 69e Festival d'Avignon, du 4 au 24 juillet.

    ► Accéder à tous nos articles, émissions et reportages sur le Festival d’Avignon

    ► Le programme du 69e Festival In d’Avignon, du 4 au 25 juillet
    ► Le programme du 50e Festival Off d’Avignon, du 4 au 26 juillet

     

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