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    Kiripi Siku Katembo, photographe surréaliste à Kinshasa

    media Kiripi Siku Katembo, photographe surréaliste congolais: «Kinshasa est une ville d’empreintes ou des objets se répondent» Thomas Salva / Lumento

    Kiripi Siku Katembo, artiste congolais de 36 ans, montre ses photos à la Fondation Cartier dans le cadre de l’exposition « Beauté Congo », commissionnée par André Magnin. Il livre un portrait renversant de Kinshasa, sa ville, telle qu’il la voit se refléter dans ses flaques d’eau.

    Au départ, cet artiste congolais a fait de la peinture. Une activité qu’il a « mise au frigo », dit-il, en 2008 pour s’orienter vers la photo et la vidéo. Ces deux moyens d’expression lui permettent de sortir de son atelier et de se rapprocher de son environnement, pour entrer en interaction avec les gens et la ville.

    Surréaliste en peinture, il a gardé la même optique dans son nouveau travail. D’où ses clichés de Kinshasa qui se reflète dans des flaques d’eau, montrés dans le cadre de l’exposition Beauté Congo à la Fondation Cartier. Cette première série, réalisée en 2011 sous le titre « Un regard », comporte une trentaine de photos - dont seulement quelques-unes sont exposées à la Fondation Cartier.

    Ce travail, montré en 2011 lors des Rencontres photographiques africaines de Bamako, lui a permis de se faire aussitôt remarquer. Par André Magnin notamment, dont il figure au catalogue, mais aussi par la Fondation Blachère (France), dont il a décroché un prix.

    Sur le fil du rasoir

    Son propos est poétique, non politique. Ses photos, certes, mettent en évidence l’absence de tout système d’évacuation des eaux de pluie dans la mégalopole de Kinshasa. Mais elles vont bien au-delà. Le sens des images est laissé à la libre interprétation de tous. Le photographe qui définit son art de la manière la plus simple qui soit : « C’est l’interaction entre l’œuvre et le public ».

    Kiripi Katembo, «Rester», série «Un regard», 2011 (Tirage Lambda, 60 x 90 cm - Collection de l’artiste) ©KiripiKatembo

    L’une de ses images, intitulée « Rester », montre un quartier de Kinshasa dont les baraques de tôle ondulée rouge se reflètent à la lumière du soir dans une flaque, dont on ne sait si elle est juste une mare ou une inondation.

    « En renversant l’image, je me disais que tout peut changer, explique Kiripi Siku Katembo. C’est une manière d’inviter à regarder le présent et l’avenir différemment. Si on prend l’image dans le sens normal, c’est le chaos. Dès qu’on la retourne, tout devient plus positif, plus beau. »

    Il en ressort une curieuse impression de calme, entre espoir et résignation. Le photographe admet être lui-même sur le fil du rasoir, d’où les légendes douces-amères de ses photos : « Errer », « Subir », « Tenir », « Rester ».

    Kiripi Siku Katembo aime confronter ses œuvres au public, et montrer ses images là où il les a prises. Par exemple, sur l’Avenue du 24 novembre, en face de l’Académie des Beaux-Arts. Lors d’une installation, il tenait lui-même les photos, pendant que quelqu’un le photographiait, en train de parler au public, qui réagissait aux images. « Les gens parlent de tout, de l’insalubrité, de l’art. Ils constatent que nous vivons dans un aquarium. »

    Kinshasa, un « puits de matière intéressante »

    Quand il avait 18 ans, ce fils d’une famille de la classe moyenne s’intéressait à « tout ce qui tourne ». Il voulait devenir pilote dans l’aviation civile, mais s’ennuyait dans les matières scientifiques. Sa sœur et sa mère l’ont poussé vers l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, où il s’est senti plus à l’aise en étudiant la communication visuelle.

    Parmi ses influences, il cite le grand photographe sud-africain David Goldblatt, le Ghanéen Nii et le Congolais Sammy Baloji, avec qui il expose à la Fondation Cartier. Il a aussi eu des conversations décisives sur le travail in situ dans le cadre des ateliers du Collectif Eza Possibles, une organisation qui veut mener l’art dans la rue à Kinshasa.

    Kiripi Siku Katembo ressemble à ses photos : de toute sa personne, sobrement habillée en noir, émane une impression de calme, avec une gravité qui n’empêche pas un sourire permanent. Il appartient à cette génération de jeunes Africains qui ne veulent plus partir : « Je ne quitterai pas Kin, dit-il. Ma ville est un puits pour moi, avec beaucoup de matière intéressante qui ne va pas s’épuiser aujourd’hui. »

    Comme bien d’autres citadins trentenaires à travers le continent, il se moque de la façon dont le monde peut percevoir son pays ou le continent. Il participe à un changement majeur de perspective, en cours : ce qui compte, désormais, pour un Kinois comme lui ou un Dakarois comme son ami Omar Victor Diop, c’est de savoir comment l’Afrique se perçoit elle-même et comment elle envisage le reste du monde.

    Renvoyer à l’Europe son regard ethnographique

    Sa deuxième série de photos, Mutations, l’a conduit à faire des photos non plus au ras du sol, mais du haut des tours de Kinshasa, Brazzaville et Ostende en Belgique. Son idée : prendre en photo « l’installation socio-urbaine inconsciente des peuples ». Que dit Kinshasa vue du ciel ? « C’est une ville d’empreintes ou des objets se répondent. Elle est moins statique et carrée que les villes européennes, plutôt habitées par l’Etat. »

    Brazzaville tient le même langage, mais il a brouillé les pistes sciemment avec Ostende et Kinshasa, observant les réactions du public belge : « Certaines personnes âgées connaissant le Congo croyaient reconnaître dans mes photos d’Ostende le quartier de La Gombé, dans le centre-ville de Kinshasa. »

    Dans sa nouvelle série, Transmissions, il retourne avec une certaine dérision le regard « ethnographique » de l’Europe coloniale, tout en proposant une réflexion plus globale. Kiripi Siku Katembo fait ainsi le parallèle entre « les rituels de scarification qui disparaissent en Afrique et marchent au contraire en Occident, avec tatouages et piercings ».

    Il va faire des portraits de gens croisés à Paris, Bruxelles, Amsterdam, Londres et Stockholm. « Je vais voir comment ils vont réagir », sourit-il. Ensuite, il exposera ses clichés de manière symétrique. D’un côté, le public verra une image d’archive d’une personne scarifiée en Afrique, au temps des colonies. De l’autre, « son sosie dans l’Europe d’aujourd’hui. »

     

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