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    Hebdo

    Les Américains en manque d'ennemis pour leur guerre des étoiles

    media Le X-37B, un avion spatial de l'armée américaine, au retour d'un vol en orbite en 2010. Les missions de cet appareil sont secrètes. US Air Force/Michael Stonecypher

    Aux Etats-Unis, faire la guerre dans l'espace est l'objet de véritables réflexions doctrinales et opérationnelles. Washington va lancer dans quelques mois un énième organisme militaire dédié au sujet. Les adversaires spatiaux de l'Amérique ne semblent pourtant pas se bousculer.

    « L'horrible réalité à laquelle nous devons tous faire face à présent, c'est que si un adversaire parvenait à nous maintenir loin de l'espace, notre capacité à projeter une force décisive à travers les océans et, une fois sur place, à vaincre des adversaires sur les théâtres d'opération, serait gravement affaiblie. » Fin juin, c'est par ces mots que Robert Work, le secrétaire adjoint à la Défense américaine, décrivait le contexte stratégique. L'occasion parfaite pour annoncer l'ouverture, sous six mois, d'un Space War Center, un centre pour la guerre dans l'espace.

    On n'en sait pour l'instant que très peu sur cette nouvelle structure, l'armée américaine étant déjà dotée de commandements dédiés à l'espace dans ses différentes branches. Robert Work évoque simplement le développement de nouvelles tactiques, techniques et autres procédures. Pour Xavier Pasco, spécialiste de l'espace à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), la nouveauté réside surtout dans l'intégration des agences de renseignement à cet effort militaire : « C'est une annonce qui confirme la vision qu'ils ont d'un espace dans lequel il faut être opérationnel. »

    Pour les observateurs avertis, les « adversaires » en question sont évidents : la Russie, et surtout, la Chine. Et pour éviter d'être dépassés dans l'espace, les Américains investissent massivement dans ce secteur, cumulant à eux seuls près de 90% des budgets spatiaux militaires. « Leur approche est légèrement paranoïaque, admet Xavier Pasco, mais ils ont un niveau de dépendance vis-à-vis de l'espace qui est incomparable. »

    Le Standard missile 3 (ou SM 3), un missile traditionnellement utilisé pour la défense antimissile, a été expérimenté en 2008 par les Etats-Unis, pour détruire un de leurs satellites espions en perdition. US Navy photo/Creative commons

    La guerre sur terre passe par l'espace

    Toutes les grandes armées dépendent de leurs équipements satellitaires : renseignement, télécommunications, guidage des missiles et des bombes, etc. Rien ne peut plus se dérouler dans les conflits terrestres sans ces moyens. Or, pendant la Guerre froide, si l'espace restait un territoire relativement sanctuarisé, plusieurs pays sont aujourd'hui capables de détruire des satellites. En 2007, la Chine avait ainsi semé la zizanie en explosant un vieux satellite météorologique.

    « Les moyens militaires des uns et des autres sont considérables, confie un ingénieur d'un groupe industriel français. Plusieurs stations de laser sont aujourd'hui capables, en Chine, en Russie ou aux Etats-Unis, d'aveugler temporairement voir d'obtenir une incapacité totale des satellites visés. » Il note tout de même que le civil grignote du terrain sur le militaire, qui se contente désormais d'équipements bien spécifiques. Par exemple, l'armée américaine loue des fréquences sur des satellites de communication civils. « Mais pour guider un sous-marin nucléaire, poursuit notre ingénieur, il faut des communications particulièrement sécurisées. »

    Pour Isabelle Sourbès-Verger, géographe au CNRS et spécialiste des territoires spatiaux, l'approche américaine reste largement démesurée : « C'est un peu comme écraser une mouche avec un marteau. » Alors que les Chinois, les Russes et les Européens consacrent principalement leurs efforts au spatial civil, les Américains multiplient les redondances dans le domaine du militaire. « La hausse du budget américain [plus d'un milliard de dollars par an pendant cinq ans, Ndlr] correspond à elle seule à l'ensemble du budget spatial chinois ! », insiste Isabelle Sourbès-Verger.

    L'équilibre de la terreur

    Normalement, les pays qui envoient des équipements dans l'espace sont censés annoncer ce qu'ils mettent en orbite. Pourtant, de nombreux mystères planent autour de certains matériels. En 2014, les Russes ont ainsi annoncé le lancement de trois satellites. Pourtant, la trajectoire de cette opération interroge les autres pays : on suspecte le largage d'un quatrième appareil, non identifié. De la même manière, les Américains entretiennent le suspense autour des missions du X-37, un vaisseau développé par les militaires, dont on ne sait pas bien à quoi il est censé servir.

    « Pourquoi les Russes ou les Chinois s'amuseraient à détruire des satellites américains ? », interroge Isabelle Sourbès-Verger. Le moindre signe d'agressivité déclencherait en effet des ripostes en chaîne de tous les côtés. Les Etats-Unis poursuivent un intense effort pour se garantir la suprématie spatiale. « Ils se protègent, analyse Xavier Pasco, mais cela dissuade tous les autres d'attaquer. »

    Pourtant, derrière cette course aux armements, tous poursuivent une réflexion politique et diplomatique sur un usage pacifié de l'espace. Reste à en définir les modalités : si les Russes et les Chinois défendent un traité pour interdire les armes dans l'espace, les Américains y voient une logique vide de sens, puisque la menace envers les équipements spatiaux vient pour eux d'armements basés au sol. Or, impossible pour l'instant de pouvoir inspecter les infrastructures militaires sur la terre ferme, comme on le fait dans le domaine du nucléaire.

    « Les Américains font un peu les questions et les réponses, conclut Xavier Pasco. Tout cela ne contribue pas à alléger l'atmosphère. Mais c'était pire il y a une dizaine d'années, ils étaient encore plus isolés. Ils ont compris que leur sécurité nationale passe par la sécurité collective, et qu'ils ne peuvent pas tout contrôler uniquement avec un effort militaire. »

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