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    Hebdo

    Syrie: le recours inquiétant aux enfants-soldats

    media Vidéo de propagande tournée à Palmyre, où 25 soldats syriens détenus par le groupe EI, sont à genoux devant ce qui paraît être des enfants ou des adolescents en tenues de camouflage. (capture d'écran) AFP/ Ho/Welayat Homs

    L’utilisation d’enfants-soldats par les groupes armés qui combattent en Syrie ne cesse de préoccuper les organisations de défense des droits de l’homme et les institutions internationales. Plusieurs rapports récents montrent que leur nombre s'est accru, particulièrement dans les rangs jihadistes où ils subissent un conditionnement idéologique important.

    Le 15 juillet dernier, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) affirmait qu’au moins 1 100 enfants-soldats avaient été recrutés depuis janvier par le groupe Etat islamique, même si l’ONG avoue que le nombre total d’enfants impliqués dans l’organisation est difficile à connaître avec précision. Mais les jihadistes du groupe EI ne sont pas les seuls à recruter des enfants-soldats en Syrie, précise l’OSDH, qui vise également le Front al-Nosra.

    Les autres groupes combattants ne font guère mieux, confirme un rapport des Nations unies publié en juin dernier. Tout en reconnaissant que les chiffres réels sont probablement nettement plus élevés (le rapport se base sur des cas vérifiés), l’ONU précise qu’au moins 142 mineurs étaient également incorporés au sein de l’Armée syrienne libre, et 24 dans les Unités de protection du peuple kurde (YPG). Depuis la signature d’un « acte d’engagement » avec l’ONG Appel de Genève, 149 jeunes de moins de 18 ans ont toutefois été démobilisés. Mais selon Human Rights Watch, l’YPG continuerait toujours aujourd’hui de recruter des mineurs.

    Enfin, des milices syriennes pro-Bachar el-Assad , ainsi que le Hezbollah, recruteraient également, mais dans une moindre mesure, des enfants-soldats dans leurs rangs. Si le régime de Damas ne semble pas directement concerné, il est en revanche accusé, dans le même rapport, d’utiliser les enfants comme « boucliers humains » ou dans le cadre du « travail forcé ».

    « Lavage de cerveau »

    « Dans 77 % des cas [constatés par l’ONU], les enfants étaient armés ou utilisés comme combattants et près d’un sur cinq avait moins de 15 ans. L’âge des garçons associés aux groupes armés était généralement compris entre 14 et 17 ans. » Selon plusieurs sources, ces enfants sont souvent utilisés en première ligne, ou en réserve pour effectuer des transfusions sanguines destinées aux combattants blessés au front.

    Nombre de ces enfants sont recrutés contre de l’argent, admet le rapport de l’ONU. Plus de 400 dollars par mois, en moyenne : une aubaine pour nombre de familles aujourd’hui, dans une Syrie ruinée et dévastée. Mais si beaucoup de ces recrutements sont volontaires - notamment des adolescents venus d’Europe, mais aussi des départs de jeunes syriens séduits par les groupes combattants -, de nombreux témoignages font état d'enlèvements, notamment par les membres de l’organisation EI.

    Pour chacune des composantes armées, le principe demeure identique, même si, insiste Eric Sandlarz, psychologue au centre Primo Lévi, et spécialiste de la question, « chaque parcours demeure lié à une histoire personnelle ». Pour qu’il devienne un enfant-soldat, « on aura cherché à ce que tous les liens de transmission, de filiation soient rompus. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les amène à commettre des actes barbares sur leurs proches, ou devant leurs proches, pour tenter de les extraire de leur milieu. Pour qu’ils n’aient plus d’autre appartenance que celle du groupe combattant. »

    Ceci est particulièrement vrai pour ce qui concerne les groupes armés jihadistes, comme l’organisation Etat islamique ou le Front al-Nosra. Selon Human Rights Watch, le groupe EI utilise par ailleurs des campagnes de « scolarisation gratuite », où les enfants sont endoctrinés et apprennent à manier des armes, ou à mener des actions suicide.  « Quand un enfant atteint le point de commettre un attentat-suicide, affirme le directeur de l’OSDH, Abdel Rahman, il est évident qu’il a subi un lavage de cerveau. » Dans la région d’Alep, confirme l’ONU, « des centaines de jeunes âgés d’à peine 10 ans sont emprisonnés, obligés de participer à des séminaires d’endoctrinement, où on leur promet des salaires, des téléphones mobiles, des armes, une place de martyr au paradis, ainsi qu’une femme en guise de cadeau », s’ils rejoignent l’organisation jihadiste.

    « Lionceaux du califat »

    Loin d'être cachés, ces jeunes combattants au sein de cette organisation, sont souvent utilisés dans une optique de propagande. Les « lionceaux du califat  », comme le groupe jihadiste les appelle lui-même, sont régulièrement montrées dans des vidéos diffusées sur internet. Celles-ci montrent par exemple des camps d’entraînement spécifiquement dédiés aux jeunes garçons. Trois d’entre eux seraient situés à Raqqa, rapporte l’ONU. Sur de nombreux autres films circulant sur la toile, qui montrent des scènes d’exécutions diffusées par le groupe EI, des bourreaux âgés de moins de 15 ans sont ostensiblement montrés en train de tirer sur des otages - ou leurs cadavres - , voire d’assister à des scènes de décapitation. Là encore, de telles situations ne peuvent que laisser de profondes traces psychologiques.

    Des membres du Front al-Nosra, le 17 décembre 2013 dans le nord de la Syrie. L'organisation jihadiste est également soupçonnée de recruter et d'endoctriner des enfants-soldats. REUTERS/Molhem Barakat

    La réinsertion de ces enfants, qui ont subi des événements aussi traumatisants, pour peu qu’ils arrivent à s’extraire des groupes combattants dans lesquels ils sont incorporés, est-elle dès lors possible ? « À Primo Lévi, on reçoit les enfants soldats, et non des tortionnaires, en prenant en compte leur statut d’enfant, reprend Eric Sandlarz […] Il s’agit de renouer avec l’enfant, d’essayer de faire un pont entre la situation d’aujourd’hui et cette enfance disparue. Cela repose essentiellement sur le lien, le transfert », explique le psychologue. Le pire, selon lui, est de les laisser emprisonnés, regroupé avec d’autres détenus dans la même prison, en compagnie d’autres combattants plus âgés. « C’est une erreur totale », insiste-t-il.

    La religion, base de reconstruction

    « Les possibilités de revenir sont très différentes selon les sujets à qui on a à faire. Ce n’est ni strictement lié à ce qu’ils ont commis, ni à ce qu’ils ont subi, explique-t-il. Précisant, il faut faire comprendre à l'enfant que l'« on sait ce qu'il a vécu », afin qu'il ne se sente plus isolé. Eric Sandlarz ne pense d’ailleurs pas que l'endoctrinement dont ils ont pu être l'objet soir un facteur aggravant.

    Le psychologue  va même plus loin, estimant que le facteur de la religion peut constituer une base de reconstruction : « Il ne faut pas dénier l’importance du religieux, poursuit-il. Effectivement, il y a tout le fanatisme religieux et tout ce que le groupe EI en fait, mais le fait d’avoir la foi, c’est déjà admettre qu’il y a un autre qui existe. Alors que dans la violence [… ] le principe est de faire disparaître l’altérité. Je pense que c’est important de réfléchir au fait que dans la religion, il y a un être auquel on s’adresse, une référence. Ça peut être un point de départ, plutôt que de balayer immédiatement tout ça. » 

    Des enfants de réfugiés syriens dans le camp de Baalbek, le 24 février 2015. AFP PHOTO / STR

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