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    Hebdo

    Mexique: le tout puissant cartel de Sinaloa du «Chapo» Guzman

    media L'armée mexicaine en lutte contre les cartels de la drogue. Getty Images/Bloomberg/David Maung

    La fuite spectaculaire le 11 juillet dernier d'une prison de haute sécurité mexicaine du chef du cartel de Sinaloa, « El Chapo » Guzman Loera, a relancé la question du contrôle du territoire par les bandes criminelles organisées liées au trafic de drogue, des groupes qui minent la société mexicaine et gangrènent les institutions. Le cartel de Sinaloa en est l'un des plus puissants, non seulement du Mexique mais du continent tout entier.

    Les chiffres de la criminalité au Mexique sont vertigineux : le pays a enregistré officiellement entre 2007 et 2014 plus de 83 234 homicides liés au crime organisé et plus de 20 000 personnes ont disparu. Le rapport 2013 de l’Institut national de statistique et de géographie du Mexique (INEGI) estimait que 98% des meurtres restaient impunis (99,2% pour l’Etat de Sinaloa).

    L’Etat face aux cartels

    Le président de la république Enrique Peña Nieto, qui se flattait au début de l’année 2015 d’avoir fait baisser de 33% les homicides en 2014 par rapport à l’année précédente avec sa guerre contre les narcotrafiquants, doit faire face depuis à de sérieux camouflets. En septembre dernier, 43 étudiants disparaissent à Iguala dans l'Etat du Guerrero, dans le sud-ouest du Mexique. L’affaire soulève de très vives réactions et l’enquête révèle jusqu'à présent qu’ils ont été remis par des policiers au groupe criminel Guerreros Unidos qui les auraient assassinés. En juillet, l’évasion spectaculaire d’une prison de haute sécurité du chef du plus gros cartel de narcotrafiquants du Mexique, le cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman, porte un coup terrible à l’Etat. L’affaire est médiatisée dans le monde entier et révèle les faiblesses des institutions face à la puissance des cartels. De plus, le pays, miné par la corruption, est confronté à une criminalité multiforme qui, au-delà du trafic de drogue, a développé une véritable industrie du kidnapping, de l’extorsion de fonds, du trafic de personnes et d’organes, qui affecte toutes les couches de la société.

    Le gouvernement a déclaré la guerre aux grandes organisations criminelles (cartel de Sinaloa, cartel du Golfe, Zetas, familia Michoacana, cartel de Juarez, organisation Beltran Leyva, cartel de Tijuana, Chevaliers Templiers...). Il a malgré tout réussi à marquer des points en arrêtant quelques grands leaders de ces cartels (comme Servado Gomez dit « la Tuta », Omar Trevino dit « Z-42 » ou Hector Beltran Leyva dit « El-H »). Mais ces grandes organisations criminelles sont en constante transformation et l’affaiblissement ou la disparition des uns fait place à d’autres qui récupèrent rapidement hommes et territoires.

    Le paysage mouvant des cartels mexicains

    Actuellement, deux grandes organisations dominent : le cartel de Sinaloa, dont le fief est sur la côte Pacifique, aujourd’hui considéré comme le plus puissant, et le cartel du Golfe, principalement actif sur la côte est du Golfe du Mexique.

    Viennent ensuite des sous organisations, dont certaines sont devenues tristement célèbres, comme les Zetas surnommés aussi les « Z ». Les Zetas, par exemple, ont bien longtemps fait la pluie et le beau temps sur la côte Est, du nord au sud du Mexique. Bien connus pour des assassinats de masse et de très nombreux enlèvements d’immigrés clandestins, les « Z » se sont spécialisés dans le narcotrafic et l’organisation de la violence pour favoriser ce trafic de drogue. Les Zetas, à l’origine des paramilitaires, se sont imposés dans le domaine du trafic par cette hyper violence : ils ont d’abord été le bras armé du cartel du Golfe avant de devenir plus indépendants et autonomes. Ces gangs ont souvent un domaine de spécialisation avec lequel ils s’imposent au sein de cartels plus importants.

    Dans les Etats du Sud, en fonction de divers intérêts, on s’allie plutôt avec le cartel du Golfe ou le cartel de Sinaloa. Dans l’Etat du Michoacan par exemple, dans le sud-ouest du Mexique, des trafiquants ont pris le contrôle de certaines zones du territoire et ont tenté de gouverner ces régions en maîtres absolus pendant plusieurs années. C’était le cas d’organisations comme les Chevaliers Templiers, de grands trafiquants de drogue qui se sont fait finalement anéantir par le gouvernement et les populations du Michoacan.

    Dans ce paysage en constant changement évoluent des cartels plus récents et en pleine croissance comme le cartel de la Nueva Generación né dans l’Etat de Jalisco, un territoire connu pour ces activités de trafic. Nueva Generación serait un sous-cartel aujourd’hui allié au cartel de Sinaloa.

    « Les images des cartels au Mexique fluctuent assez souvent en fonction de l’arrivée d’un nouveau président ou lors de changements au sein de la haute fonction publique dans la justice et la police, tant au niveau des Etats fédérés qu’au niveau fédéral, et parce qu’il y a aussi des réorganisations entre trafiquants eux-mêmes », explique Laurent Laniel, analyste scientifique à l’Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie. « A chaque fois qu’une nouvelle administration prend le pouvoir au Mexique, elle amène de nouvelles personnes et on pense que chaque nouvelle administration favorise un cartel plutôt qu’un autre. Car les administrations ne peuvent pas s’attaquer de front à toutes les organisations sur le terrain ou en tout cas les deux ou trois plus puissantes. Ils privilégient une cible et ils utilisent par exemple les deux autres comme source d’information, voire comme supplétifs, pour faire des arrestations, ou carrément mettre hors d’état de nuire, en tuant ceux de l’autre bord. Et on retombe dans les jeux de composition et de recomposition d’alliances, ce qui est assez fréquent ».

    «El Chapo» (au centre), lors de son arrestation, le 22 février 2014. AFP PHOTO/Alfredo Estrella

    Le cartel de Sinaloa

    Aujourd’hui le cartel de Sinaloa, que l’on appelait un temps le cartel du Pacifique, ou la Fédération, porte le nom d’un Etat du Nord-Ouest, berceau historique du trafic de drogue au Mexique. On y cultive depuis longtemps du cannabis et du pavot et une grande partie de la population est impliquée dans cette activité. Depuis les années 1960, la plupart des grands trafiquants sont issus de cet Etat, comme « El Chapo » Guzman qui est l’héritier de cette tradition et le chef de ce cartel considéré comme le plus puissant du Mexique. « Le cartel de Sinaloa, c’est un groupement d’intérêt de gens qui sont des trafiquants de drogues. Certains sont dans ce milieu depuis leur plus petite enfance, car leur famille était déjà dans le trafic : c’est souvent comme ça au Mexique, ce sont des lignées, des clans, qui vivent de la production ou du trafic de drogue », commente Laurent Laniel qui rajoute à propos des populations du Sinaloa : « Ils sont dans la production d’héroïne et d’abord de pavot, ce qui signifie qu’ils ont un contrôle important sur les populations des régions pauvres comme les zones montagneuses. Cela signifie aussi qu’ils ont les moyens de corrompre toute une ribambelle de fonctionnaires et de militaires sur le territoire mexicain. »

    Cartel de Sinaloa : 80% du marché de Chicago et un quart du marché américain de la drogue

    Le cartel de Sinaloa, producteur historique de cannabis et de pavot (qui permet de faire de l’héroïne) au Mexique, est aussi un gros exportateur de cocaïne et de méthamphétamine, une drogue de synthèse que le cartel produit également sur place. Même si la demande de cannabis reste très forte au Mexique, elle n’est plus très intéressante à l’export pour les cartels, notamment sur le marché américain où certains Etats l’ont dépénalisé. Et ceci à la différence de l’héroïne, qui connaît actuellement une croissance sans précédent aux Etats-Unis, ou la cocaïne, qui reste la drogue la plus rentable, mais que le cartel doit importer des pays producteurs (Colombie, Pérou et Bolivie).

    D’après les services de police colombiens, le cartel de Sinaloa serait très présent en Colombie où il serait l’un des principaux clients des trafiquants locaux, car seul capable d’acheter de très grandes quantités de cocaïne et d’employer les services de professionnels du trafic, spécialisés par exemple dans la fabrication de bateaux ultra rapides ou toutes sortes de services spéciaux utiles pour faire passer la drogue principalement aux Etats-Unis et en Europe (en partie via l’Afrique). D’après la DEA (l’agence américaine de lutte contre la drogue), le cartel de Sinaloa contrôle 25% du marché du commerce vers les Etats-Unis et 80% du trafic de drogue à Chicago.

    Des armes américaines pour le cartel

    Le gouvernement fédéral américain a eu à différentes époques des contacts avec le cartel de Sinaloa. Selon une enquête du quotidien mexicain El Universal de janvier 2014, à l’époque de la présidence de Felipe Calderón (2006-2012) des agents de la DEA se sont alliés à des cartels mexicains comme celui du « Chapo » Guzman « dans des opérations clandestines pour infliger des coups à des organisations criminels rivales », ce qui a eu pour conséquence une explosion de la violence dans tout le pays.

    D’après le journal Le Monde citant un mail interne à la compagnie de sécurité Stratford, révélé par WikiLeaks, le gouvernement américain avait pris fait et cause pour le cartel de Sinaloa dans le but de permettre aux différents cartels de négocier afin de faire cesser les violences. Durant cette même période, dans le cadre de l’opération américaine « Fast and Furious » de 2009 à 2011, des armes ont été exportées par le Bureau de l’alcool, du tabac, des armes et des explosifs (ATF) au Mexique dans le but d’identifier les membres des cartels qui les achetaient. Une opération d’infiltration à risque qui a conduit, le 14 décembre 2010, à la mort de l’agent des douanes américaines Brian Terry, assassiné par des membres du cartel. Suite à cette opération, Vicente Zambala Niebla, le fils de l’un des principaux dirigeants du cartel (arrêté en mars 2009 au Mexique et extradé ensuite aux Etats-Unis) a soutenu que cette opération était le fruit d’un accord entre le cartel de Sinaloa et le gouvernement américain : des armes contre des informations sur d’autres cartels.

    Saisie d'armes à feu et de munitions appartenant à des narcotrafiquants par l'armée mexicaine, le 9 juin 2011. AFP PHOTO/ Yuri Cortez


    Les conséquences de l’évasion d’« El Chapo » sur l’avenir des cartels

    Quand « El Chapo » est arrêté une deuxième fois par les Mexicains et durant les dix-sept mois de détention qu’il réalisera avant de s’échapper de nouveau, le cartel de Sinaloa continue ses opérations sous la direction de ses bras droits, « El Mayo » et « El Azul ». Ce qui semble démontrer que l’arrestation d’« El Chapo » n’a pas eu de conséquence sur le fonctionnement du cartel. La question que tout le monde se pose maintenant : est-ce que son évasion va changer quelque chose ?

    Pour certains experts, cela pourrait relancer l’hégémonie du cartel qui bénéficiera de la chute récente de plusieurs concurrents dont les chefs ont été arrêtés durant la détention du « Chapo». Une hypothèse qui annoncerait une reprise de la guerre entre les cartels et un renforcement probable à terme de la puissance du cartel de Sinaloa. Pour d’autres, comme Laurent Laniel, cela ne changera rien : « Je ne crois pas que son évasion aura un effet sur la violence. Ce qui change, c’est que cette évasion est un véritable camouflet diplomatique et politique pour le gouvernement actuel. L’Etat est incapable de surveiller son plus grand prisonnier. Cela signifie que l’Etat est faible, que tous les pouvoirs contestataires de l’Etat peuvent ainsi se sentir renforcés, c’est un mauvais signe pour la paix et la stabilité au Mexique. »

    L’autre constat, c’est qu’une organisation aussi complexe que le cartel de Sinaloa est difficilement contrôlable par un seul homme, même s’il est très aidé, et l’on peut s’interroger sur le véritable rôle d’« El Chapo » au sein du cartel. Selon Laurent Laniel, « "El Chapo", c’est le chef mais c’est quelqu’un qui vient d’un milieu rural, des montagnes du Sinaloa. Il est puissant et protégé par ces gens mais a-t-il l’envergure pour diriger une multinationale, multicarte avec des groupes criminels violents, d’organiser des assassinats de masse, de récupérer tout un tas de taxes sur toutes sortes d’acteurs plus ou moins légaux, d’entretenir des réseaux de corruption, de blanchiment dans tout le pays, aux Etats-Unis, en Colombie et peut être en Europe ? Cela fait beaucoup pour un seul homme. Au Mexique, on pense qu’il y a toujours un politicien ou un capitaine d’industrie au-dessus, quelqu’un de l’élite économique qui est en fait le véritable chef. Des chefs comme El Chapo sont des criminels puissants mais qui sont un peu donnés en pâture aux médias. »

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