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    La pénurie d’eau en Iran, un défi impossible à relever?

    media La pénurie d’eau en Iran commence à préoccuper sérieusement les dirigeants de la République islamique. AFP PHOTO / BEHROUZ MEHRI

    Des contestations dans de grandes villes inquiètent le pouvoir. Elles peuvent se traduire en divorce fatal du pouvoir avec la population. Certains responsables pensent même que la pénurie d’eau devient petit à petit une préoccupation majeure, pour ne pas dire une menace pour la sécurité du régime.

    La pénurie d’eau en Iran commence à préoccuper sérieusement les dirigeants de la République islamique. Du Guide suprême au président de la république en passant par le ministre de l’Energie et le directeur de l’administration chargée de la gestion de l’eau potable et des eaux usées de la ville de Téhéran ainsi que certains hauts responsables de l’armée, tous ont exprimé ces derniers temps leur inquiétude face à ce problème particulièrement alarmant. Cette inquiétude est aussi partagée par un coordinateur de l’ONU résidant en Iran, qui a récemment déclaré que « le problème de pénurie d’eau est le plus important défi de sécurité humaine dans l’Iran d’aujourd’hui » .

    Des contraintes naturelles

    Pour avoir une idée de la gravité de ce problème, il convient d’abord de jeter un œil sur les conditions climatiques de ce pays. L’Iran se trouve dans une région plus ou moins aride du Moyen-Orient où la moyenne annuelle des précipitations est de 250 mm, dont 179 mm, c’est-à-dire qu’un peu plus de 71%, s’évaporent. La moyenne annuelle de l’évaporation concernant toutes les eaux du pays est d’environ 2 000 mm. Selon un spécialiste des eaux souterraines, la pluie et la neige sont les deux principales sources d’eau : 70% est assuré par la pluie et 30% par la neige. On estime que la quantité d’eau produite chaque année par les précipitations est d’environ 417 milliards de m3, dont 299 milliards m3 (environ 72%) s’évaporent, le reste (118 milliards de m3) demeurant à la surface de la terre. Plus grave encore, de l’ensemble des précipitations annuelles, 70% ont lieu sur uniquement 25% du territoire. Il faut aussi prendre en considération le fait que seulement 25% des précipitations annuelles se produisent durant la période d’irrigation des terres agricoles.

    Et des négligences humaines

    Bien qu’étant un pays vaste, la grande partie du sol iranien n’est pas arable. Seuls 12% (comprenant des vergers, des vignes et autres) de ses terres (estimées à 162,2 millions d'hectares) c’est-à-dire moins de 200 000 km2, sont exploités par l’agriculture. L’ensemble des terres arables est évalué à 19 millions d’hectares. Même s’il y a d’immenses terres propices à l’agriculture pluviale (« dêym »), rien que 8% de la production agricole du pays est issue de ces terres, 92% provenant des terres nécessitant une irrigation dont la moitié est assurée par les eaux de la surface, une autre moitié par les eaux souterraines.

    D’après l’estimation du ministère iranien de l’Energie, la consommation moyenne d’eau potable par habitant est plus élevée que celle des pays européens comme l’Espagne, la France, le Portugal, l’Angleterre, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas et l’Allemagne. Selon la même source, le volume d’eau emmagasiné actuellement dans les barrages du pays est estimé à 25,4 milliards de m3, soit une baisse de 5,9% par rapport à la même période de l’année précédente. Le volume d’eau entré dans les barrages depuis le mois de mars 2015 présente une baisse de 13% par rapport à la même période de l’année dernière.

    Compte tenu des changements climatiques, on estime que la quantité d’eau dont le pays dispose actuellement n’augmentera pas dans les années qui viennent alors que la croissance démographique et l’urbanisation accélérée, allant de pair avec le développement industriel et agricole, en nécessitent davantage.

    Le gaspillage d’eau est aussi dû au système traditionnel d’irrigation lié à la petite propriété terrienne que la République islamique a favorisée depuis son instauration. Chaque propriétaire a le droit à une quantité d’eau (« Haq-âbeh ») qu’il fait dévier d’une rivière environnante par le creusement d’un ruisseau, causant ainsi la déperdition d’une grande partie du fait de l’infiltration dans les sols et de l’évaporation. Certains spécialistes proposent donc de remplacer ce système de propriété par de vastes entreprises agricoles qui auront la crédibilité et le pouvoir financier de moderniser le transfert de l’eau, en construisant des canalisations en métal et en ciment, et de développer l’irrigation goutte à goutte. Ils demandent aussi aux autorités d’encourager l’agriculture pluviale afin de diminuer la part de l’agriculture par irrigation.

    La responsabilité de l’Etat

    Toutes ces multiples facettes nécessitent une intervention plus ou moins musclée de l’Etat dans plusieurs domaines relatifs à la production agricole et à l’administration de l’eau dans les villes. La question est de savoir si l’Etat peut vraiment gérer ce problème sans porter directement ou indirectement atteinte à la petite propriété terrienne. Il est évident que toute mesure efficace mettrait en péril sa bonne entente avec le monde agricole qui s’est nouée depuis son instauration. N’oublions pas que l’Etat a une lourde responsabilité dans la détérioration de la situation. On se souvient que dans le but de développer l’agriculture, les autorités ont cautionné, dans les années qui ont suivi la révolution, la culture des terres irrigables supplémentaires à proximité des lacs et des rivières fermant les yeux devant le forage non autorisé d’un grand nombre de puits et la construction irréfléchie des barrages.

    Il n’y a pas si longtemps que Isa Kalantari, l’un des conseillers du président Rohani, mettait en garde tous les dirigeants iraniens contre la catastrophe effroyable que la pénurie d’eau causerait à ce pays de 75 millions d’habitants. Agronome de formation, deux fois ministre de l’Agriculture, dont l’une sous les deux mandats présidentiels de Rafsandjani (1989-1997) et l’autre sous le premier mandat (1997-2001) du président Mohammad Khatami, sa déclaration a eu un écho retentissant aussi bien parmi les militants écologistes qu’au sein de la société civile.

    La survie du régime en jeu

    Les chiffres font froid dans le dos : au début de la révolution de 1979, la surconsommation d’eau dans tout le pays était de 100 millions de m3 par an. Aujourd’hui ce bilan négatif atteint le chiffre de 11 milliards de m3, c’est-à-dire 110 fois plus. Les coupures d’eau commencent à faire partie du décor. Mais elles ne laissent pas les populations indifférentes. Des contestations dans de grandes villes apparaissent, non sans inquiéter le pouvoir.

    L’étau se resserre autour du gouvernement. Pour éviter le rationnement, il a demandé aux populations des villes de réduire leur consommation. Eshagh Jahanguiri, le premier vice-président, les a averties : « Il y aura d’abord des coupures d’eau et, ensuite, des amendes pour les gros consommateurs ». Plus de 500 villes du pays sont en situation de crise que les autorités attribuent à la sécheresse qui frappe la région. Le risque est grand. Le mécontentement populaire dû aux restrictions sévères peut se traduire en divorce fatal du pouvoir avec la population. Certains responsables pensent même que la pénurie d’eau devient petit à petit une préoccupation majeure pour ne pas dire une menace pour la sécurité du régime.

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