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    Hebdo

    Les Américains soutiennent des guerres sans les comprendre

    media Plusieurs études montrent, aux Etats-Unis, un décalage total entre connaissance des conflits et soutien aux interventions militaires. commons.wikimedia/Spc. Matthew J. Brunett/Us National Guard

    Les Américains auraient-ils un réflexe interventionniste ? Plusieurs études montrent un décalage total entre connaissance des conflits et soutien aux interventions militaires. Un phénomène qui questionne le rapport à la démocratie.

    Moins les Américains savent où se trouve l’Ukraine, plus ils sont favorables à une intervention militaire de leur pays. C’était l’une des conclusions d’une étude réalisée l’année dernière afin de comprendre les premiers éléments de la construction de l’opinion publique aux Etats-Unis quant à la crise qui oppose Kiev aux indépendantistes de l’Est et à la Russie. Les résultats montraient notamment qu’à peine 16% des sondés étaient capables de situer approximativement l’Ukraine sur une carte du monde. Pour la majorité, elle se situait quelque part entre Finlande, Portugal, Soudan et Kazakhstan… Lorsqu’ils n’hésitaient pas carrément entre le Canada… et leur propre pays.

    « Une manière d’analyser ces résultats, suggère Joshua Kertzer, chercheur en science politique à Harvard et au Dartmouth College, et l’un des auteurs de cette étude, c’est de voir dans cette capacité à placer l’Ukraine une illustration de la connaissance générale et de la consommation de médias. Le rôle des médias, ici, est compliqué. D’un côté, ce genre de résultats montre un manque d’information et laisse penser que les médias pourraient jouer un rôle, en fournissant des compléments sur les événements dans le monde. Mais d’un autre côté, les politologues savent aussi que les gens qui ont besoin de ces informations sont aussi ceux qui, à la base, ne suivent pas les médias. En d’autres mots, les gens qui auraient le plus besoin de ces informations sont ceux qui ont le moins de chance d’y accéder. »

    L’opinion du peuple et l’opinion des savants

    Plus récemment, en juillet dernier, une autre étude menée par l’université du Wisconsin confrontait l’opinion publique américaine à celle de chercheurs en relations internationales. Iran, Birmanie, Est de l’Europe, Soudan, conflit israélo-palestinien… les simples citoyens se montrent particulièrement favorables à l’utilisation de la force pour résoudre ces crises. Et au-delà de cet interventionnisme latent, c’est le complet décalage avec l’avis des spécialistes, plus partagés et plus réfractaires à l’intervention, qui peut étonner.

    L’accord sur le nucléaire iranien ne convainc que 26% des simples citoyens, contre 70% des chercheurs. Intervenir en Birmanie pour éviter un génocide des Rohingyas ? 52% des Américains et 34% des chercheurs sont pour. Déployer l’armée pour aider l’Ukraine face à la Russie paraît une bonne solution pour 42% des Américains, mais seulement pour 25% des chercheurs. « Il faut un débat public plus vigoureux avant les interventions, estime Michael Tierney, l’un des auteurs de cette étude. Je pense que les experts en relations internationales participent rarement à ce débat, car nous passons le plus gros de notre temps à enseigner ou faire de la recherche. Ce type de sondage permet d’exposer le public et les décideurs à tout consensus, ou absence de consensus, parmi les experts. »

    Un effet culturel ?

    En France, les habitants se montrent en général plus mesurés à l’idée d’intervenir militairement. « Il y a une réticence de l’opinion lorsqu’il s’agit d’envoyer des forces à l’étranger, explique Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion et stratégie d’entreprise de l’institut de sondage IFOP. Mais à partir du moment où l’autorité publique déclenche l’action, il y a, au moins dans un premier temps, un consensus derrière les forces françaises. C’est ce que les Anglo-Saxons appellent un effet de ralliement au drapeau. Une fois passé ce réflexe national de soutien aux troupes, il y a rapidement une érosion du soutien. »

    Selon les pays, le réflexe interventionniste peut être plus ou moins fort. En Allemagne, par exemple, les citoyens restent très majoritairement hostiles au recours à la force. Pour Jérôme Fourquet, il s’agit à la fois d’une culture des populations, notamment du fait de l’enseignement de l’histoire, et de l’efficacité des discours des décideurs politiques. L’accès à l’information, encore une fois, peut jouer un rôle. « En France, on peut penser que le niveau de connaissance moyen sur ce type de sujets est plus important que chez les Américains et cela entraîne plus de scepticisme, suggère Jérôme Fourquet. Toutes les études montrent que les Américains ont une connaissance de la géographie étrangère très faible. »

    Cette construction de l’opinion et cette tendance à soutenir l’usage de la force peuvent avoir des conséquences inquiétantes. « Nous pensons que ce type d’enquêtes pose un défi à la démocratie, note Joshua Kertzer. De nombreuses théories sur les conflits militaires retiennent que le public peut refréner les actions de ses leaders en matière de politique étrangère. Cependant, ces théories partent du principe que les citoyens ont les connaissances pour rendre leurs leaders responsables de leurs actions. De fait, vu comme les questions de relations internationales sont éloignées de la vie des gens, la capacité du public à vérifier la politique étrangère de ses gouvernants est réduite. »

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