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    Hebdo

    L'Irak, «Vietnam du XXIe siècle»

    media Manifestation contre la corruption au sud-ouest de Bagdad le 7 août 2015. REUTERS/Mushtaq Muhammed

    L’Irak est au bord du gouffre et rien ne laisse lui présager un avenir meilleur. Un an après l’intervention de la coalition contre le groupe Etat islamique et douze ans après l’invasion américaine, le pays est un bourbier dans lequel plusieurs Etats semblent ne servir que leurs propres intérêts. Le pouvoir, rongé par la corruption, ne parvient plus à fournir le minimum vital au peuple. Et le chaos irakien perdure et rattrape aujourd’hui le monde entier.

    Plus d’un million de morts. C’est, selon les estimations, le bilan dantesque des victimes de l’interminable guerre d’Irak débutée en mars 2003. Lancée par l’administration Bush sur la base d’un mensonge (l’élimination d’armes de destruction massive inexistantes), la coalition menée par Washington vient rapidement à bout de Saddam Hussein et de son armée. Un nouveau gouvernement est installé. C’est le début de la fin de l’Irak.

    Une guerre asymétrique éclate, entre militaires américains, insurgés, milices, membres d’al-Qaïda, et forces du nouveau gouvernement en place à Bagdad. Un conflit qui se transforme parallèlement, très vite, en guerre confessionnelle. Les Américains quittent le pays en 2011, laissant derrière eux un champ de bataille toujours à feu et à sang ; un pays ravagé par trop de destructions et d'atrocités. En juin 2014, c’est le coup de semonce : le groupe jihadiste Etat islamique, galvanisé par son extension en Syrie voisine et par les dissensions confessionnelles de plus en plus prégnantes dans le pays, s’empare d’un tiers du territoire irakien. Un confessionnalisme « dénoncé par beaucoup d’Irakiens comme un instrument aux mains d’entrepreneurs politiques et aussi comme un instrument de division qui a été finalement alimenté par les Américains », analyse Myriam Benraad, politologue et spécialiste de l’Irak, chercheuse au CERI (Centre de recherches internationales). Dans un pays à majorité chiite, sous le sunnite Saddam Hussein, chiites et Kurdes ont été opprimés. Aujourd’hui, ce sont les sunnites qui s’estiment marginalisés alors que le pays est désormais régi par un accord tacite : le chef de l'Etat doit être un Kurde, le Premier ministre un chiite et le chef du Parlement un sunnite.

    Un an de frappes de la « coalition » contre le groupe EI

    Face à la menace du mouvement extrémiste EI devenant transnational, les Etats-Unis s’engagent à nouveau en Irak en août 2014. Depuis un an, la « nouvelle coalition* » - formée de pays occidentaux et arabes - tente en vain, à coups d’opérations aériennes, de soutenir l’armée irakienne et les peshmergas kurdes.

    En quelques mois, plus de 15 000 civils ont été tués, selon une enquête de l’ONU (qui ne recense les victimes que jusqu’en avril 2015). C’est le double de l’année précédente. Plus de trois millions d’Irakiens sont aujourd’hui déplacés, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ainsi, sur le plan humanitaire, depuis 2003, les flux de déplacés et de réfugiés sont permanents et s’accélèrent même avec l’offensive du groupe EI. La population civile a donc courageusement décidé de manifester.

    En effet, las de l’insécurité galopante, de la corruption généralisée de la classe politique, de la mauvaise gestion et du délabrement des services publics, la société civile s’est mobilisée ces dernières semaines pour faire bouger les lignes. Une contestation qui a payé, puisque ce 11 août, le Parlement irakien a approuvé, fait rare, à l'unanimité, des réformes majeures pour satisfaire les demandes de la population, mais aussi pour que les autorités retrouvent une certaine légitimité. « La corruption explose à tous les niveaux de l’appareil d’Etat et gangrène toute la classe politique, les ministères, témoigne la spécialiste, l’élite est complètement déconnectée de la réalité, de la population, et du niveau de délabrement et de désespérance qui traversent tout le pays. »

    Un Etat fantôme… profitable au groupe EI

    Des réformes plus que jamais nécessaires pour, au minimum, rendre un peu de crédibilité et de confiance en l’Etat qui peine à en redevenir un. Les Irakiens sont déjà descendus dans la rue pour dénoncer l’incompétence des gouvernants et de la classe politique, de l’autoritarisme rampant sous Nouri al-Maliki; l’absence, en réalité, de processus démocratique. Et Myriam Benraad d’ajouter par ailleurs que nombre d’Irakiens voient l’intervention américaine actuelle comme une manière de reprendre la main sur leurs affaires, avec un très fort ressentiment, transversal, d’une communauté à l’autre, envers le gouvernement, qu’il s’agisse du gouvernement central ou des autorités provinciales pour finalement avoir échoué, notamment, à leur offrir les services élémentaires (eau, électricité, sécurité).

    L’offensive des jihadistes de l’EI est aussi mise sur le compte de l’incompétence des autorités politiques, « sachant que l’EI et d’autres milices chiites - ces acteurs informels de la violence - ont bâti beaucoup de leur popularité sur cette démission des autorités officielles, de leur fonction », affirme la chercheuse.

    Un avenir noir, et pas seulement pour l’Irak

    « C’est un système qui s’est effondré […] La situation aujourd’hui est catastrophique, la reconstruction à zéro. » L’affirmation est sans appel pour Myriam Benraad. L’Irak est au fond du gouffre, et les répercussions se font sentir dans la région tout entière, voire à l’échelle mondiale. Parce qu’il n’y a pas de vision commune entre les membres de la « coalition arabo-occidentale », la guerre risque de perdurer encore des années. « L’Irak, c’est le Vietnam du XXIe. Un véritable bourbier qui va s’étendre sur des décennies », analyse-t-elle. Des guerres par procuration se jouent sur le terrain irakien et, plus récemment, sur le terrain syrien. En effet, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, et même la Jordanie ne peuvent emmener l’Irak vers la stabilisation puisque que tout laisse à penser qu'ils jouent leur rivalité sur ces deux terrains, avec toutes les conséquences qu’on connaît. « Ce qui se passe en Irak (et aujourd’hui au Yémen) est dans une large mesure une guerre d’influence et de contrôle dans laquelle les Irakiens dans leur pluralité sont plus souvent les objets que les sujets », analyse l'anthropologue Hosham Dawod. « Il n’y a pas de coalition, renchérit Myriam Benraad, il y a des intérêts qui sont très divergents, il y a des calculs qui sont extrêmement cyniques. Et tout cela se fait au prix de milliers de morts depuis 2003. La guerre d’Irak marque un basculement du monde. »

    Le Moyen-Orient ne serait-il que le reflet d’une crise mondiale beaucoup plus profonde ? Pour la spécialiste, la réponse est affirmative. « Nous,[Occidentaux, ndlr] sommes aussi le problème du Moyen-Orient », dit-elle. La donne est complexe : l’EI n’est pas seulement une simple mouvance terroriste ancrée au Moyen-Orient. Il suffit de constater la contagion de ce mouvement à l’échelle globale, ses nombreuses recrues en Occident. « Tout cela renvoie ainsi, également, à une crise mondiale beaucoup plus profonde, et à notre propre crise, politique, morale. »

    En effet, depuis un an, les frappes de la coalition dirigée par Washington, qui ont pour but d’endiguer la violence, ne règlent rien, à court comme à moyen terme, au contraire, « et les Etats-Unis ont perdu la main sur la région ». Ces derniers allant même jusqu’à concéder leurs erreurs, comprenant, bien trop tard, qu’un réengagement militaire présenté comme la solution ne va en réalité qu’approfondir le problème. Et voilà l'Occident face aux conséquences atroces qui auraient dû être prévues par ceux qui se sont lancés en guerre en 2003 : le chaos irakien rattrape le monde entier. L’interventionnisme, justifié au nom de l’instauration de la « démocratie », ne fonctionne pas.


    *La coalition arabo-occidentale en Irak et en Syrie, aussi appelée coalition anti-EI ou coalition contre l'Etat islamique, rassemble à l'origine 22 pays : Australie, Bahreïn, Belgique, Royaume-Uni, Canada, Danemark, Egypte, France, Allemagne, Irak, Italie, Jordanie, Maroc, Koweït, Liban, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Qatar, Arabie saoudite, Espagne, Turquie, Emirats arabes unis et Etats-Unis. L'Iran intervient aussi mais indépendamment de la coalition anti-EI.

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