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    Dans les affres de Shanghai sur Seine, avec Koffi Kwahulé

    media Koffi Kwahulé, écrivain ivoirien. © C. Hélie/Gallimard

    Avec son troisième roman Nouvel An chinois, l’Ivoirien Koffi Kwahulé donne à lire les rêves et les fantasmes débridés d’un jeune Parisien métis, en butte au racisme ordinaire. Portrait du Paris multiculturel aux prises avec des affres identitaires.

    « Mon idéal d’écrivain, c’est Monk », aime répéter Koffi Kwahulé, auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre, de nouvelles et de trois romans. Il y a en effet quelque chose de l’urgent et de l’improvisé du jazz dans l’œuvre de ce Franco-Ivoirien qui s’est imposé en l’espace de vingt ans d’écriture comme l’un des prosateurs majeurs de l’Afrique postcoloniale. Exilé à Paris depuis l’âge de vingt-trois ans, l’homme puise son inspiration dans les rhapsodies nostalgiques des Theolonius Monk, Miles Davis, Count Basie, Charlie Parker ou Keith Jarrett pour raconter sa propre condition d’Africain de la diaspora, tiraillé entre le passé et le présent, l’ici et l’ailleurs, l’identité et l’altérité.

    Ces tensions thématiques, on les retrouve dans le nouvel opus de l’Ivoirien : Nouvel An chinois. C’est un roman poétique et tragique dont l’action se situe dans le quartier de Saint-Ambroise, dans le XIe arrondissement de Paris où la cohabitation entre Français et immigrés chinois conduit parfois à des drames. La haine de l’autre et le repli identitaire constituent la toile de fond de ce roman.

    « Des tétons turgescents »

    Sur fond de diversité problématisée, se déroule la vie de quartier à Saint-Ambroise où les immigrés chinois sont en train de prendre progressivement possession des commerces abandonnés par des Français « de souche » et des logements vides. Ce phénomène n’est pas du goût du vieux ronchon Guillaume-André Demontfaucon, dont la famille habite le quartier depuis des générations. Rongé par la haine, celui-ci appelle ses compatriotes à bouter les Chinois hors de France. Demontfaucon est un homme haut en couleurs et à l’histoire chargée, mais ses diatribes anti-immigrés dérangent, choquent dans un quartier où les hommes se sont finalement résignés au changement et à l'arrivée des étrangers. Ils apprécient plutôt le côté baroque de leurs festivités, notamment le Nouvel An chinois qui « se fête à coups de couleurs criardes, de gongs, de cymbales, de tambours et de pétards ».

    Parmi ceux qui supportent mal les saillies haineuses de Demontfaucon, le jeune narrateur du roman. Or, les deux vivent dans le même immeuble de la cité Popaincourt et l’adolescent trouve que celui que tout le quartier appelle « le fils de la Polonaise » (eh oui, Demontfaucon est issu de l’immigration pour tout xénophobe qu’il soit !) tourne un peu trop autour de sa belle maman, veuve depuis peu de temps. Métis franco-africain, Ezéchiel assiste, impuissant, à la dérive de sa famille, après la mort de son père des suites d’un accident de travail. De retour des funérailles au pays de son mari, sa mère s’est réfugiée dans une secte, alors que la sœur du protagoniste, Sora’shilé, est partie de la maison pour aller vivre dans les arbres avec une troupe de marginaux idéalistes.

    C’est une famille de cabossés. Le narrateur, lui-même un peu fêlé depuis qu’il a été victime d’un traumatisme crânien, a abandonné le lycée et passe l’essentiel de ses journées enfermé dans sa chambre, explorant ses fantasmes érotiques. Koffi Kwahulé consacre quelques-unes des plus belles pages de son livre aux délires de son protagoniste adolescent à l’imagination sexuelle débridée. Celui-ci fait une fixation sur les seins de sa mère : « Ces tétons turgescents et souples qui défient le bout de ma langue. Mais surtout les aréoles. Le rose des aréoles. Oh mon Dieu, ce rose ! »

    Ezéchiel s’imagine faisant l’amour avec sa mère, au rythme des mélodies d’Amy Winehouse, à mi-chemin entre blues et soul. Ses instincts oedipiens assouvis, il transfère ensuite son désir sur la ravissante Antillaise Melsa Coën, une chirurgienne dentiste de son quartier dont la beauté exotique trouble profondément le jeune homme chaque fois qu’il la croise. Mais la belle Melsa, qui a d’autres idées en tête, propose à l’adolescent un contrat grassement rémunéré pour un « job » peu commun. Le jeune homme sera-t-il à la hauteur ? Toujours est-il que ce contrat est un tournant et son accomplissement va conduire inéluctablement les protagonistes du livre vers le final dramatique.

    Un portrait poétique et jazzy du Paris multiculturel

    Si les personnages de Nouvel An chinois ont un côté marionnette, il ne faudrait pas s’en étonner, car Koffi Kwahulé a d’abord été comédien et dramaturge avant d’être romancier. Son narrateur adolescent Ezéchiel, le voisin raciste Guillaume-Alexandre Demontfaucon, la mère du narrateur qui, chemin faisant, s’enferme progressivement dans la religion et dans le sectarisme, la belle Melsa Coën, la « fille des îles » qui vit dans la peur de l’arrivée au pouvoir en France de l’extrême droite : avant d’être des individus, ils sont les métaphores des tensions et des conflits qui caractérisent nos sociétés modernes. L’auteur procède par syncopes, par résonances, par boucles musicales… C’est dans le jazz, dont l’Ivoirien se réclame volontiers, avec ses rythmes et ses couleurs, ses thèmes récurrents et renouvelés à chaque occurrence d’une manière aussi inattendue qu’improvisée, qu’il faut chercher la véritable clef de lecture des œuvres de Koffi Kwahulé.

    Nouvel An chinois est un portrait poétique et jazzy du Paris multiculturel, une société bloquée, aux prises avec ses interrogations identitaires, tout comme le personnage principal du récit.

    Nouvel An chinois, par Koffi Kwahulé. Editions Zulma, 2015, 240 pages, 18 euros.
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    Qui est Koffi Kwahulé ?

    Koffi Kwahulé est né à Abengourou en Côte d’Ivoire en 1956. C’est en tant que dramaturge que l’Ivoirien est entré dans le champ littéraire. Depuis son premier ouvrage dramatique Cette vieille magie noire (Lansman, 1993), il a écrit une vingtaine de pièces. Les plus connues ont pour titres : Il nous faut l’Amérique ! (Acoria, 1997), Bintou (Lansman, 1997), Fama (Lansman, 1998), Jaz (Editions Théâtrales, 1998) et Big Shoot (Editions théâtrales, 2000). Ces pièces ont été jouées sur les scènes françaises et internationales.

    En 2006, Kwahulé a publié son premier roman Babyface et, quatre ans plus tard, Monsieur Ki, deux romans parus aux éditions Continents noirs. Ce sont des textes d’une grande originalité en termes d’écriture et d’imagination. Nouvel An chinois est son troisième roman. Lauréat 2006 du Prix Ahmadou Kourouma pour Babyface, Grand Prix ivoirien des Lettres la même année, Koffi Kwahulé a également reçu le prix Edouard-Glissant pour l’ensemble de son œuvre.

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