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    Hebdo

    Nouvelles drogues de synthèse: vers la fin de la guerre à la drogue?

    media Un ingénieur des douanes judiciaires françaises analyse avec un spectroscope à infrarouge du 4-MEC, en février 2011, une nouvelle drogue de synthèse. Légale à l'époque, elle est aujourd'hui interdite, comme toutes celles de sa famille, les cathinones. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES

    Les nouvelles drogues de synthèse désignent des substances psychoactives qui imitent les effets des drogues illicites « traditionnelles ». Entre 2008 et 2015, près de 400 nouveaux produits de synthèse (NPS) ont été répertoriés en Europe, 176 en France, alors même que leur consommation n’est pas proportionnelle à cette offre pléthorique. Ce foisonnement de nouvelles drogues chimiques, légales dans les premiers temps de leur diffusion, qui se fait via internet, remet en question les législations sur les stupéfiants.

    Chaque fois qu’une molécule spécifique ou toute une famille de molécules sont inscrites sur la liste des stupéfiants, de nouvelles molécules psychoactives sont « créées » et mises sur le marché, à une telle vitesse que le législateur ne suit pas, et avec le risque qu’elles soient plus dangereuses que les précédentes. Pour palier aux difficultés de contrôle de ces nouvelles drogues synthétiques vendues en ligne, les Etats européens innovent... un peu. Et bien que la prohibition reste la règle, la criminalisation des usagers diminue.

    « C’est une guerre perdue d’avance », lâche Fabrice Olivet, directeur de l’association de réduction des risques Auto-support des usagers de drogues (ASUD) et membre de la Commission consultative des stupéfiants et des psychotropes en France, qui est consultée sur chaque classement des substances psychoactives sur la liste des stupéfiants ou des psychotropes par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

    « Une toute petite modification chimique est apportée à la molécule classée et voilà une nouvelle drogue légale sur le marché. Il existe des centaines et des centaines de molécules. Les interdire ne sert à rien. L’interdiction non seulement ne résout rien, mais aggraverait encore le phénomène », remarque Fabrice Olivet. « Les autorités commencent à s’en rendre compte d’ailleurs. La réponse policière n’est pas efficace. L’argument basique de la prohibition, c’est : " on empêche l’offre et il n’y aura plus de demande ". Mais avec les NPS [nouveaux produits de synthèse, ndlr, voir encadré ci-dessous] et internet, l’offre est partout dans le monde. Et les acheteurs sont toujours sûrs d’être livrés sans risquer d’être inquiétés », explique le directeur d’ASUD.

    Si un premier colis est intercepté par les douanes, les entreprises - tenues par des opportunistes et non pas par le crime organisé - assurent la livraison d’un second paquet, gratuitement. En France, selon les associations spécialistes du sujet, personne n’a encore jamais été poursuivi pour détention, consommation ou revente de NPS, que les produits soient autorisés ou pas.

    Des « petites sœurs » parfois plus nocives

    « Je suis toujours le seul à voter contre l’interdiction d’un NPS à la Commission, même si parfois je convaincs d’autres membres de s’abstenir. Pour nous, qui travaillons à la réduction des risques, il est plus difficile de communiquer, de faire de la prévention, sur une molécule interdite », ajoute-t-il. Le professeur Marc Auriacombe, de l’université de Bordeaux et du pôle d’addictologie du centre hospitalier universitaire (CHU) Charles Perrens de la ville, ne dit pas le contraire : « Les dommages ne sont pas liés qu’au produit mais aussi à son statut d’illégalité », assure-t-il. « Il n’y a pas de mode d’emploi, pas de contrôle-qualité, rien, lorsqu’un produit est illégal. La synthèse de la molécule peut avoir été mal faite. Le produit vendu peut aussi ne pas être celui annoncé ou sa pureté changer d’un achat à un autre, pour un même fournisseur », détaille-t-il.

    Aussi, la multiplication de nouvelles drogues de synthèse, de molécules « petites sœurs » d’une molécule interdite notamment, complique le message de prévention : « On n’a pas le temps de les étudier », signale Fabrice Olivet. Parfois, les « petites sœurs » sont plus nocives ou plus délicates à manipuler que leurs « aînées ». Elles ont des effets, aussi secondaires, totalement inconnus à leur arrivée sur le marché, et ceux-ci, par la suite, peuvent se révéler plus dangereux. Il faudra plusieurs mois durant lesquels ce sont les usagers les cobayes avant de se refaire une connaissance sur la molécule de remplacement.

    Par exemple, la méphédrone (4-méthylméthcathinone, abrégé en 4-MMC, de son nom chimique), un NPS très stimulant de la famille des cathinones (reproduisant les effets du khat, plante aux vertus stimulantes utilisée dans la Corne de l’Afrique) est interdite en Europe à la fin de l’année 2010. Elle est immédiatement remplacée sur les étals virtuels par la MDPV (méthylènedioxypyrovalérone), vendue souvent à l’époque comme des « sels de bain ». Malheureusement, la MDPV se révèle tout autant voire plus dangereuse que la méphédrone : les doses recommandées pour sa consommation (à l’état de poudre) sont infinitésimales (des balances de laboratoire sont requises pour peser la substance), elles se comptent en une dizaine de mg, en moyenne, alors qu’il faut 8 à 25 fois cette dose à un usager de méphédrone pour ressentir les effets recherchés. Les avis négatifs sur des forums d’usagers pleuvent mais surtout parce que les effets secondaires de la MDPV à court terme sont bien plus traumatisants que ceux éprouvés avec la méphédrone, en particulier pendant la « descente », la fin de l'ivresse. La MDPV tout comme la méphédrone a fait des morts.

    Une réglementation à l’échelle européenne

    Des dizaines de personnes ont manifesté, le 1er août 2015, à Londres, contre un projet de loi visant à interdire toutes les substances psychoactives. Parmi elles, le gaz hilarant, très populaire et autorisé, qu'ils ont inhalé en signe de protestation. AFP PHOTO / JACK TAYLOR


    C’est sur ce critère-là, le nombre de morts dus à la consommation d’un NPS, entre autres, que l’Union européenne (UE) décide d’interdire une nouvelle drogue de synthèse. La MDPV est ainsi « soumise à des mesures de contrôle dans toute l'Union » depuis fin septembre 2014. Chaque pays membre doit, conformément à sa législation et à la convention des Nations unies de 1971 sur les substances psychotropes, contrôler la MDPV et punir ses vendeurs et acquéreurs, le cas échéant. D’autant plus que dans certains pays de l’UE, les NPS sont vendues en magasin, dans des head shops ou smartshops, des boutiques spécialisées dans les substances psychoactives légales, telles certaines plantes hallucinogènes, par exemple.

    Il existe donc une réglementation sur certains NPS à l’échelle européenne. Au 1er juin 2015, quatorze NPS étaient classés sur la liste des stupéfiants de tous les pays de l’UE. A ceux-ci, la France, par exemple, a ajouté huit autres NPS spécifiques. Et en 2012, elle a classé, de façon dite « générique », toutes les molécules (ou presque) de la famille des cathinones, au lieu de les interdire molécule par molécule, individuellement. De nombreux Etats européens font de même : l’Irlande, le Royaume-Uni, la Bulgarie, la Lettonie et Malte, depuis de nombreuses années, mais aussi le Luxembourg, l’Italie, Chypre, la Lituanie, le Danemark, la Norvège, la Croatie et la Turquie. L’Allemagne et la Belgique semblent intéressées par cette méthode de classement « générique ». Mais les Pays-Bas l’ont rejetée au motif qu’elle écarterait des produits qui pourraient avoir une utilité (à des fins de recherche, par exemple).

    Une proposition de loi est en cours de discussion depuis cet été au Parlement anglais : elle viserait l’interdiction de toutes les substances psychoactives (à l’exception du tabac, de l’alcool et des médicaments). Cette bill a crée un tollé au Royaume-Uni, notamment dans le milieu scientifique pour des raisons analogues à celles invoquées par les Pays-Bas. En France, les milieux associatifs de réduction des risques sont sceptiques, ils ne croient pas qu’une telle loi puisse être approuvée outre-Manche.

    Relativement peu de NPS sont classés sur la liste des stupéfiants en Europe, des classements qui peuvent prendre de plusieurs mois à plus d’une année selon les pays, et qui, ne sont pas d’une efficacité redoutable sur un marché qui évolue rapidement. Pourtant, l’approche législative des pays européens et de l’UE reste basée sur la prohibition des NPS.

    Ainsi, en Irlande, en Autriche, au Portugal, en Roumanie et en Suède, de nouvelles lois spécifiques aux NPS ont spécialement été votées pour contrôler la distribution illégale de ces produits psychoactifs. Mais, le Portugal et la Suède ne criminalisent pas les différents acteurs du commerce de NPS. La Suède va même jusqu’à dépénaliser la possession de NPS.

    La Nouvelle-Zélande, source d’inspiration

    D’autres pays européens ont choisi, pour être en droit de saisir les substances alors qu’elles ne sont pas proscrites, d’utiliser leur loi sur la sécurité du consommateur (en Pologne, par exemple, si un NPS est suspecté d’être dangereux pour la santé, il peut être confisqué) ou leur législation sur les médicaments. Si un NPS est considéré comme un médicament et qu’il n’a pas d’autorisation de mise sur le marché, il peut être saisi par les douanes. Mais cet « arrangement » systématique employé par tous les pays de l’UE depuis le milieu des années 2000 ne peut plus l’être automatiquement. La Cour de justice européenne d’où émane cette décision, a argué en juillet 2014 qu’il s’agissait d’une interprétation incorrecte de la loi.

    La Nouvelle-Zélande pourrait être une source d’inspiration pour l’Union européenne. En réponse à la prolifération de NPS sur son territoire, le gouvernement a décidé en 2011, de fermer son marché aux importations étrangères de produits psychoactifs, certes, mais de réguler la fabrication et la vente nationales de nouvelles drogues de synthèse « low risk » (« risque faible »). En échange d’une licence, l’industrie des NPS néo-zélandaise enrichit le ministère de la Santé, sans compter les taxes habituelles qu’elle paie. Bien sûr, publicité et vente en station-service ou débits d’alcool sont interdites. Grande avancée au niveau de la prévention : sur les sachets de drogue, la composition exacte du produit et les avertissements sur d’éventuels risques sanitaires sont obligatoires. Et l’information est publique et très accessible.


    Que sont les NPS ?

    Des sachets de «Spice», une nouvelle drogue de synthèse de la famille des cannabinoïdes: «impropre à la consommation humaine» comme il est mentionné sur l'emballage, le «Spice» est contrôlé voire illégal dans une quinzaine de pays de l'Union européenne. AFP PHOTO/Leon Neal


    Les appellations NPS ou nouvelles drogues de synthèse sont utilisées pour nommer un large éventail de produits psychoactifs imitant les effets ou les structures chimiques de drogues illicites « classiques », tels la MDMA (« ecstasy »), les amphétamines, la cocaïne, le cannabis, le LSD, les champignons hallucinogènes, certains anesthésiants ou anxiolytiques détournés (« kétamine », « benzodiazépine »), le khat ou l’héroïne.

    Fruits de recherches scientifiques, pour la plupart, les NPS ont été reproduits puis produits à grande échelle par des laboratoires clandestins en Chine, et dans une moindre mesure en Inde, car ils échappent, au moins à court terme, aux lois internationales sur les stupéfiants (et permettent aux fabricants de gagner très rapidement beaucoup d’argent).

    La vente des NPS se fait essentiellement sur internet, en ligne, bien que des dealers de rue peu scrupuleux aient déjà été interpellés alors qu’ils vendaient des designer drugs (« drogues sur mesure », un autre nom des NPS) pour de l’ecstasy, de la cocaïne ou du LSD, de la main à la main. N’importe qui peut se procurer des NPS sur les très nombreux sites de vente en ligne, en langues européennes, qui proposent une livraison au sein de l’Union européenne (UE).

    En 2012, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a recensé 693 sites internet proposant à la vente des NPS, dont trente en français. Ils n’étaient encore que 170 au total à offrir ces services en 2010. Ces sites sont animés par des personnes basées, le plus souvent, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis alors que les sites sont hébergés ailleurs pour échapper à des législations qui pourraient s’avérer contraignantes. Les NPS arrivent généralement en Europe, en poudre, avant d’y être éventuellement reconditionnés (en comprimés, gélules, etc.), selon le site de vente qui les proposent… sauf les cannabinoïdes qui sont le plus souvent livrés sous forme d’herbes séchées.

    Research chemicals, legal highs, party pills, engrais, sels de bain ou… 3-CE

    Sur internet, les nouvelles drogues de synthèse sont présentées soit sous le nom de la molécule elle-même (par exemple : THJ-2201 pour un cannabinoïde, 4-EMC pour une cathinone, 2C-B-FLY pour une phénéthylamine – amphétamine -, 4-HO-MET pour une tryptamine, MT-45 pour un opioïde) comme des research chemicals ou RC (« produits chimiques réservés à la recherche ») ; soit sous des dénominations commerciales (NRG-3 pour la naphyrone de la famille des cathinones, Spice pour du cannabis de synthèse) comme des legal highs (« euphorisants légaux ») ; soit comme « engrais », « sels de bains ».

    Sur leurs emballages, les mentions « impropre à la consommation humaine » ou « usage réservé à la recherche » sont quasi omniprésents. Leurs prix varient de 8 à 20 euros le gramme (des prix défiant ceux des drogues illégales « traditionnelles »), et plus les quantités commandées sont élevées, plus les prix baissent… Certains sites proposent à la vente plusieurs kilogrammes de leurs produits. Alors que très concentrés en principe actif, les NPS se consomment en plus petites quantités que les drogues « classiques » : les effets peuvent survenir après la prise de seulement 8 mg de produit pour certains NPS.

    Peu d’études et peu de tests sont réalisés sur les NPS. Apparus récemment, personne n’a de recul sur ce que peut provoquer à long terme leur consommation. Mais les risques sanitaires immédiats liés à leur prise sont quasiment les mêmes que ceux liés à la prise des drogues « classiques » qu’ils imitent. Exception faite du cannabis de synthèse qui est plus puissant, plus dangereux et plus addictif que le cannabis naturel.

    Le réel danger des NPS, en général, est surtout celui d’un surdosage. Les sites de vente sur internet, ni les emballages des NPS, ne faisant état précisément des modalités d'administration de ces nouvelles drogues, ce sont souvent les usagers eux-mêmes qui les déterminent et s’informent les uns les autres via des forums spécialisés, ou sur les sites de réduction des risques. Ce sont les premiers expérimentateurs qui définissent la marche à suivre. Mais les NPS s’utilisent souvent à des doses infimes, et même en suivant les conseils d’« experts », sans balance de laboratoire, en mesurant « à l’œil », le risque de surconsommation est évident.

    Une consommation peu observée

    La consommation de NPS concerne relativement peu d’usagers en France ; ils seraient à peu près aussi nombreux que les héroïnomanes, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Au Royaume-Uni, en Irlande, en Pologne et en Israël, les NPS, consommés pour la première fois à une échelle significative aux Etats-Unis dans les années 2000, sont, par contre, entrés dans les mœurs depuis au moins cinq ans.

    Cinq groupes d’usagers semblent se distinguer, selon les premières observations de l’enquête paneuropéenne (sur cinq pays) I-Trend, coordonnée par l’OFDT, qui sera rendue publique fin 2015 ou début 2016. Les « psychonautes », ces « navigateurs de l’âme » qui explorent les états modifiés de conscience grâce aux NPS et en font l’écho au travers de trip reports, des récits de voyage, qui sont aussi souvent des posologies des NPS, sont les plus visibles… sur la Toile, du moins. Les « teufers », assidus des fêtes alternatives techno et adeptes des drogues de synthèse en général, sont aussi consommateurs de NPS… parfois même « à l’insu de leur plein gré », victimes de dealers malhonnêtes. Les hommes du milieu festif homosexuel des grandes capitales européennes se livrent, eux, à un usage très particulier des NPS puisqu’ils s’injectent uniquement les produits, le plus souvent des cathinones très stimulantes, dans un contexte sexuel : on les appelle les « slameurs », à la recherche de la « claque », une puissante montée liée au mode de consommation des NPS par voie intraveineuse. Les anciens polytoxicomanes plutôt accrochés aux opiacés semblent rechercher les NPS pour retrouver les sensations de leur jeunesse, tout en ne se confrontant pas à la rue ni à l’illégalité. Ce « confort » est aussi ce qui pousse des personnes de tous âges insérées socialement à consommer des NPS dans un cadre festif et occasionnel.

    Les animateurs de prévention, sur le terrain, et le monde médical font aussi état d’un sixième groupe : les collégiens et lycéens, de plus en plus curieux et confrontés aux NPS, notamment aux cannabinoïdes ; les cannabinoïdes, les cathinones et les amphétamines étant les nouvelles drogues de synthèse les plus usitées au sein de l’Union européenne.

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