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    Hebdo

    Les «grandes espérances» de Dinaw Mengestu

    media Dinaw Mengestu, écrivain d'origine éthiopienne, vit aux Etats-Unis. Albin Michel/ Mathieu Zazzo

    Tous nos noms est le troisième roman de l’Américain Dinaw Mengestu. C’est un livre de maturité de ce romancier majeur de la diaspora africaine, qui sait si bien mêler ici et ailleurs, optimisme et gravité, guerre et paix. Il y a du Tolstoï et du Walt Whitman dans cette voix élégiaque et solitaire, qui « contient des multitudes ».

    Lorsque Dinaw Mengestu avait à peine deux ans, ses parents ont quitté Addis-Abeba pour venir s’installer aux Etats-Unis. Une révolution d’inspiration marxiste avait jeté leur pays dans un chaos indéfinissable. La « terreur rouge » menaçait d’engloutir toute la famille.

    Ce passé africain que Mengestu n’a jamais vraiment connu, pas directement du moins, n’a pourtant cessé de nourrir l’imagination du romancier éblouissant que l’Ethiopien-Américain est depuis devenu. Il a fait de ce passé lointain le cœur battant de son œuvre littéraire, une œuvre aujourd’hui riche de trois romans émouvants qui ont valu à ce jeune auteur de nombreux prix et surtout d’être classé par le prestigieux New Yorker parmi les vingt meilleurs écrivains américains de moins de 40 ans.

    Traversées

    Les romans de Dinaw Mengestu racontent l’expérience de la traversée des continents. Ils sont peuplés d’hommes et de femmes qui ont quitté leur pays natal et tentent de se réinventer sous d’autres cieux. Son nouvel opus, Tous nos noms, dont le protagoniste est un étudiant qui a fui la guerre civile faisant rage dans son pays, ne déroge guère à la règle. Les tribulations de ce jeune immigrant aux Etats-Unis, tiraillé entre un passé qui n’a de cesse de le hanter et le présent dont il n’a pas encore réussi à déchiffrer tous les repères, constitue le cadre de ce nouveau récit mélancolique et grave.

    Malgré les questions d’identité, de race et d’origine que ses livres évoquent, Mengestu ne se reconnaît pas dans l’étiquette de l’écrivain de l’immigration qui lui est souvent collée. « Ce qui m’intéresse dans l’expérience de l’immigration, aime-t-il répéter, c’est le sentiment de perte qui est consubstantiel à la notion de migration. Perte d’un pays, d’une langue, des parents. J’aime penser que mes livres surgissent de ce sentiment de perte qui est, en somme, quelque chose de profondément universel. »

    Universelle aussi, cette quête identitaire que son nouveau roman met en scène à travers le parcours de son personnage central, Isaac. La quête et la confusion identitaires sont suggérées d’emblée par le titre du roman : Tous nos noms. Ce titre est une référence au rejet du protagoniste de son identité tribale qui lui préfère l’anonymat urbain. Il a abandonné les treize noms liés à son lignage lorsqu’il a quitté son village. « Je suis allé à Addis-Abeba, j’ai pris une dizaine de cars différents pour atteindre le Kenya, puis l’Ouganda. En arrivant à Kampala, je n’étais plus personne ; c’était exactement ce que je voulais. »

    Des îles à la dérive

    La grande originalité de ce roman réside dans la concomitance des deux voix narratives qui structurent le récit, jusqu’à donner leurs noms aux chapitres qui alternent : Isaac et Helen. Deux noms emblématiques de deux mondes, Afrique et Etats-Unis, séparés par la géographie, mais réunis par l’histoire commune de luttes pour la liberté et la dignité.

    L’Afrique des années 1970 où l’action de ce roman se situe en partie, est à un tournant de son destin. On a définitivement tourné la page de la colonisation. Une nouvelle phase de l’histoire est en train de s’écrire sous l’égide des dictatures et des guerres sanglantes. C’est un moment de désenchantement et de désespoir. Les promesses de la fin de la colonisation ont été réduites à néant, avec la guerre civile et la famine comme seul horizon. Dans Kampala où il débarque avec l’idée folle de devenir un jour écrivain, le narrateur n’a aucune idée de ce qui l’attend. Sa rencontre avec un jeune militant, engagé dans les changements violents en cours dans son pays, le sauve de la mort certaine des mains des seigneurs de guerre qui ont pris possession du pays et sont en train de transformer le rêve postcolonial en un cauchemar. Le nom d’Idi Amin n’est pas cité, mais l’ombre de la dictature à venir plane sur la ville. Le narrateur doit prendre la fuite, sous un nom d’emprunt qui deviendra le sien.

    Or malheureusement pour Isaac, l’air est également irrespirable dans la bourgade du Midwest, aux Etats-Unis, où il débarque dans le cadre d’un programme d’échange. Laurel, la ville qui l’accueille, est prisonnière de ses vieilles traditions patriarcales et racistes que les combats largement victorieux pour les droits civiques n’ont pas réussi à ébranler. La haine raciste qu’Isaac rencontre à Laurel n’a rien à envier en terme de répercussions psychiques aux violences physiques qu’il a connues à Kampala. Même l’amour dont l’entoure la très blanche Helen, l’assistante sociale devenue une amante passionnée et tendre, ne peut compenser le désespoir qu’inspire aux personnages le devenir de leur monde. Les amoureux demeureront étrangers à eux-mêmes, comme autant d’îles à la dérive qu’aucune passerelle ne semble pouvoir rapprocher.

    Dans ce monde brutal et triste que donne à voir Dinaw Mengestu, la littérature seule est dotée de valeur positive. « Lecteur obsessionnel », le protagoniste nourrit des ambitions littéraires et c’est la légende du premier congrès des écrivains qu’a accueilli au début des années 1960 l’université ougandaise de Makerere qui a poussé Isaac à quitter son pays dans l’espoir un jour de devenir « un écrivain célèbre », comme ces Chinua Achebe, les Ngugi wa Thiong’o et surtout les Dickens dont il a lu toute l’oeuvre.

    Il n’est peut-être pas accidentel que le livre de chevet d'Isaac ait pour titre : Les Grandes Espérances !


    «Tous nos noms » est le troisième roman de Dinaw Mengestu. Albin Lichel

    Tous nos noms, par Dinaw Mengestu. Traduit de l’anglais par Michèle Albaret-Maatsch. Editions Albin Michel, 322 pages 21,50 euros.

     

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