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    Gaël Giraud: «La croissance n’est plus la panacée»

    media Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement, anticipe sur des modèles économiques de plus en plus soucieux de l’environnement. Alain Goulard/AFD

    Gaël Giraud, 45 ans, économiste en chef de l’Agence française de développement depuis février dernier, tient un discours de rupture avec la croissance. A quelques semaines de la COP21, la conférence internationale sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris, il explore les alternatives de développement qui s’imposent selon lui pour le long terme.

    Loin de ceux qu’il appelle les « bureaucrates orthodoxes sans imagination », Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD), anticipe sur des modèles économiques de plus en plus soucieux de l’environnement. Cet économiste dirige pour l’AFD un service de 80 personnes tout en restant chercheur associé au Centre d’économie de la Sorbonne et titulaire de la chaire « Energie et prospérité », commune à trois grandes écoles (Polytechnique, ENSAE et Ecole normale supérieure). Cet expert pas comme les autres a vécu au Tchad. Jésuite, il a été ordonné prêtre en 2013. Son ouvrage, Vingt questions sur la réforme du capitalisme, paru en 2009 chez Flammarion, lui avait valu le Prix du meilleur jeune économiste. Entretien.

    Pourquoi remettez-vous en cause la quête de croissance ?
    Parce que la hausse du produit intérieur brut n’est pas la panacée. Elle n’a jamais signifié réduction des inégalités, suppression de la pauvreté ni véritable prospérité. L’Afrique connaît des taux de croissance significatifs sans que les populations soient plus prospères. Les inégalités vont continuer de croître et la répartition de la rente, essentiellement liée aux énergies fossiles, ne sera pas synonyme de prospérité pour tous. Il n’y a pas forcément de lien entre croissance, inégalités et prospérité…

    Pourquoi la croissance mondiale va-t-elle en diminuant ?
    Pour deux grandes raisons. La première, c’est qu’elle repose depuis deux siècles sur la consommation des énergies fossiles. A cause des enjeux climatiques, ce n’est plus possible. Seconde raison : la raréfaction du flux des ressources naturelles que nous sommes capables d’extraire du sous-sol pour alimenter cette croissance. Nous ne pouvons plus avoir, au Nord comme au Sud, la croissance comme seul projet de société. Du coup, il faut inventer de nouveaux modèles compatibles avec l’absence de croissance, instituer un autre rapport aux autres et aux choses.

    Quelle est, selon vous, la voie à suivre ?
    Mon hypothèse est que la transition écologique représente le vrai projet social, politique et économique à venir. Quelle planète allons-nous transmettre aux générations futures ? La réponse à cette question peut devenir un projet de société susceptible de créer des emplois, de donner du sens, même si, et j'allais dire, parce qu’il suppose des transformations radicales. Partout, nous aurons besoin de petits centres urbains innervés par des transports publics, sans voitures ni moteurs à explosion susceptibles d’aggraver la pollution. Il faudra apprendre à renoncer autant que possible à l’avion et avoir recours à une poly-agriculture biologique proche des centres urbains. Ce qui suppose une redistribution des revenus incompatible avec l'entêtement de certaines élites à s'octroyer des good bye bonus à 13 millions d’euros…

    Ce modèle ne paraît-il pas utopique ? Les pays scandinaves sont-ils les seuls à prendre des initiatives dans ce sens ?
    Beaucoup d’initiatives de terrain à la périphérie de nos sociétés vont dans cette direction. En France, les agriculteurs en Corrèze et dans la Creuse ont bien plus conscience de la nécessité de changer de modèle et de l’urgence des enjeux climatiques que les élites urbaines. Les lieux du pouvoir, financier surtout, sont les derniers à comprendre. Ils sont d’ailleurs les principaux lieux de résistance au changement même si, à titre individuel, on trouve heureusement quelques prophètes courageux. A la périphérie de nos organisations sociales, la conscience et le désir d’avancer sont déjà présents.

    Le lobby pétrolier ne joue-t-il pas, lui aussi, comme un frein ?
    Certains, dans le vaste monde du pétrole, ont bien compris qu’un changement est indispensable. Total essaie déjà de diversifier ses activités en investissant dans les énergies renouvelables. On ne peut plus dire, aujourd’hui, que ce groupe soit focalisé sur les gisements de pétrole. Par ailleurs, se pose la question des permis d’exploiter donnés à ces sociétés. L’idée de stranded assets – des actifs interdits – commence à germer, pour limiter l’exploitation de gisements de gaz, de pétrole et de charbon. Va-t-on se coordonner internationalement pour le faire ? Des investisseurs et des financiers réfléchissent à ces questions. Ils estiment qu’il faut dès aujourd’hui désinvestir de sociétés qui exploitent des gisements d’énergies fossiles qui seront, à terme, interdits.

    Attendez-vous du concret de la conférence de Paris sur le climat, la COP21 ?
    Oui. La question posée aux diplomates lors de la COP21 est celle-ci : Comment s’engager d’ici 2025 sur un chemin davantage que sur une cible définie - qui obligera tous les cinq ans à faire de grandes conférences internationales. La communauté internationale pourrait s’engager sur un corridor, lors de la COP21, avec une feuille de route qui devra être remise à jour sur la base du traité négocié à Paris en 2015.

    Quels sont vos axes de travail ?
    Le principal axe porte sur la redéfinition de ce que doit être un bien commun mondial. La propriété privée n’est pas l’alpha et l’oméga de nos économies. Le vieux débat sur la relation entre les sphères marchandes et étatiques est complètement dépassé. Les biens communs mondiaux ne relèvent ni d’une gestion privée, ni d’une gestion publique bureaucratique, et ils sont indispensables à la survie d’une humanité digne et décente. Reste à savoir quelles sont les institutions à mettre en place pour les désigner, les promouvoir et les développer ?

    Avez-vous un exemple ?
    Prenons la faune halieutique dans le fond des océans. On sait que des espèces de poisson peuvent disparaître de manière définitive, comme la morue canadienne dans les années 1970. Nos pratiques de pêche privée brisent des chaînes de reproduction de poissons. Voulons-nous vivre en 2050 sur une planète où les océans seront peuplés de méduses ? Si oui, continuons à faire comme aujourd’hui. Sinon, mettons en place des organisations internationales pour prohiber la pêche en eaux profondes et organiser les ressources de manière commune. Il en va de même pour les abeilles, qui risquent de disparaître à cause de notre usage forcené de néonicotinoïdes dans l’agriculture. Des économistes nous racontent que la robotisation du processus de pollinisation peut soutenir la croissance. En réalité, il il y a fort à parier que ce sont des cohortes d’esclaves et surtout des femmes pauvres, comme on le voit déjà dans certains pays d’Asie, qui devront polliniser à la main. De nouvelles institutions doivent prendre en charge la survie des abeilles.
     

    Pour aller plus loin :

    Voir le blog « Idées pour le développement » de l’AFD.
     
    Illusion financière, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, par Gaël Giraud. Paris, L’Atelier, 2012. 

    Une jeune femme en vélo à Shanghaï se protège de la pollution avec son écharpe. REUTERS/Aly Song
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