GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 22 Mai
Lundi 23 Mai
Mardi 24 Mai
Mercredi 25 Mai
Aujourd'hui
Vendredi 27 Mai
Samedi 28 Mai
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Hebdo

    Au Ladakh, les hommes luttent contre la fonte des sommets

    media Le réchauffement climatique modifie la nature des pâturages du Ladakh et pourrait affecter la survie des animaux et de leurs éleveurs. Ashik Gowdar pour RFI

    La région himalayenne désertique du Ladakh subit fortement le réchauffement climatique. Les glaciers, qui représentent l'une des seules sources d'eau pour la population, fondent à grande vitesse. Certains villages ont donc installé des glaciers artificiels qui retiennent les flots pendant l'hiver et offrent aux habitants assez d'eau pour irriguer leurs champs au printemps.

    De notre envoyé spécial au Ladakh

    Tsering Tundup observe le paysage montagneux défiler à travers la fenêtre de la camionnette. Cet homme mince au regard perçant est agité et bavard, avide de témoigner. « Quand j'étais jeune, il tombait ici plus d'un mètre de neige en hiver, se souvient cet homme d'une quarantaine d'années. Maintenant, il tombe à peine trente centimètres. La température ne cesse d'augmenter », s'inquiète-t-il.

    Le véhicule s'engage sur une petite route qui monte en tortillant le long de champs verts et jaunes. Ces couleurs contrastent avec le gris lunaire des montagnes qui surplombent ce village d'Igoo, situé à 40 kilomètres de Leh, la capitale du Ladakh, une région indienne désertique, à la frontière du Tibet. La mousson ne peut arriver jusqu'à ces hauts cols himalayens et cette zone ne reçoit donc qu'entre 100 et 150 millimètres de pluies par an, soit cinq fois moins que Niamey, au Niger, et autant que le cœur de l'Arabie saoudite. Les habitants survivent à cette aridité uniquement grâce à la neige des glaciers, qui vient s'écouler en été et irriguer leurs champs.

    Mais cette source se tarit à une vitesse inquiétante à cause du réchauffement du climat local. Une étude coordonnée par le centre français Geres a conclu que la température minimale moyenne en hiver avait augmenté d'un degré en trente-cinq ans, à un rythme qui s'accélère depuis un siècle. Les réserves de glace diminuent donc à grande allure et les populations en aval des montagnes s'assoiffent.

    Vingt-trois barrages en amont d'Igoo

    Pour résister à ce péril, les populations locales, aidées par l'association Leh Nutrition Project, ont édifié des glaciers artificiels. En 2013, l'un de ces équipements a été bâti au-dessus de ce village d'Igoo, perché à 4 200 mètres d'altitude.

    En montant le long de la rivière, on aperçoit les premières structures : un barrage compact formé de pierres imbriquées a été édifié pour ralentir le flot. En cette saison estivale, le courant est trop rapide pour l'arrêter, mais à partir de septembre, quand la température avoisine zéro degré, le débit est ralenti et l'eau peut geler au lieu de s'écouler jusque dans la vallée.

    Ce glacier artificiel forme ainsi une importante réserve de milliers de litres d'eau, qui fond entre mai et juin, quand la température s'adoucit. Cela irrigue les champs et remplace les glaces de basse altitude qui ont disparu ces dernières années à cause du réchauffement climatique. Vingt-trois barrages de la sorte ont été construits au-dessus d'Igoo, selon Tsering Tundup, coordinateur du programme pour Leh Nutrition Project. « Chaque segment est indépendant, explique-t-il, et peut donc geler séparément, en fonction de l'ensoleillement et du débit. »

    Des inondations rares mais meurtrières

    En aval, dans le village d'Igoo, les champs jaunes de moutarde brillent au milieu des plants d'orge et de blé vert – une céréale qu'il n'était pas possible de faire pousser à cette altitude il y a quelques années, car il faisait trop froid. Sonam Dorje, un paysan d'environ 70 ans, décrit son soulagement, tout en tournant son moulin à prières d'un mouvement régulier du poignet. « Depuis une dizaine d'années, le glacier s'éloigne et l'eau se fait rare. Avant la construction des barrages, les champs ne pouvaient mûrir assez vite et nous devions souvent donner les récoltes aux animaux. Maintenant, conclut-il, nous avons une plus grande assurance. L'eau arrive régulièrement et nous plantons davantage. »

    C'est surtout le début de saison qui est crucial, dans ces hauteurs où les terres ne sont cultivables que pendant trois ou quatre mois de l'année. En juillet et août, l'eau dévale en abondance des glaciers. Voire en excès : en août 2010, des pluies torrentielles ont inondé cette région désertique, déversant en une journée l'équivalent de six mois de précipitations, ce qui a ravagé les champs et tué près de 200 personnes. Une situation inédite en soixante-quinze ans.

    « Le Ladakh connaît la plus forte hausse des températures hivernales en Inde », confirme Chandra Bhushan, directeur adjoint du Centre for Science and Environnement, à New Delhi. « Cela représente une hausse d'un degré en moyenne, mais certaines zones ont pu connaître une élévation de 4 ou 5 degrés à certains moments. La glace ne peut alors plus se créer ou bien celle qui existe fond rapidement. Cela met clairement en péril l'accès à l'eau de tous les habitants de la région », s'inquiète cet environnementaliste.

    Le même phénomène se retrouve sur tous les continents, depuis le Mont Blanc qui recule, jusqu'aux neiges éternelles du Kilimandjaro qui disparaissent. « Les glaciers sont des marqueurs du changement climatique », alerte Nicolas Hulot, le représentant de la présidence française pour la protection de la planète, de passage à New Delhi. Et pour ces sommets, les dommages semblent irréparables, selon une étude du service de surveillance des glaciers mondiaux, qui vient d'être publiée. Elle indique que les 2 283 glaciers étudiés ont fondu de 50 centimètres à 1 mètre par an entre 2001 et 2010, soit à un rythme de deux à trois plus élevé que lors des 120 dernières années. A cette vitesse, « 90% des glaciers des Alpes pourraient disparaître d'ici à la fin du siècle », conclut l'équipe basée en Suisse.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.