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    Faut-il craindre la présence militaire russe en Syrie?

    media Alors que les médias et les réseaux sociaux ont fait état d’une présence militaire russe accrue au nord-ouest de la Syrie, le 15 septembre 2015, à Damas, le président syrien Bachar el-Assad a accordéune interview à des médias russes. AFP/Ho /Sana

    Appels sur l’actualité s’interroge sur la présence russe en Syrie. Officiellement, Moscou n'est présent sur le territoire syrien que grâce à ses installations militaires logistiques, dans le port de Tartous, sur les bords de la Méditerranée. Mais fin août, médias et réseaux sociaux ont fait état d’une présence accrue au nord-ouest de la Syrie : préfabriqués pouvant accueillir des centaines de soldats, tour de contrôle, avions de transport militaire. Ces mouvements suscitent l'inquiétude des Etats-Unis. Y a-t-il un risque d’une intervention russe ou ne s'agit-il que d'un signal politique? Lors de son discours à la tribune de la 70e Assemblée générale des Nations unies, le 28 septembre prochain, Vladimir Poutine devrait clarifier sa position. Les relations entre la Russie et l’Occident dépendent aussi sans doute des discussions qui auront lieu en marge de l’AG à New York.

    Les pays occidentaux s’inquiètent de la présence militaire russe en Syrie. Quelle est-elle exactement ?
    Ce qui est sûr, c’est que les Russes ont des instructeurs, des ingénieurs et des conseillers en Syrie. Ils le disent et ne s’en cachent pas. Les instructeurs sont là pour aider l’armée syrienne à utiliser notamment les armes livrées par les Russes. Là non plus, les Russes ne s’en cachent pas : ils livrent des armes à la Syrie, en conformité, disent-ils, avec les contrats signés avec le gouvernement légal. On sait, d’après la presse russe, qu’il y aurait des blindés, des armes légères, des lance-grenades et des véhicules. Les Américains disent que les Russes ont également livrés 7 chars T90, qui sont des chars modernes. Par ailleurs, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, notamment, les Russes seraient en train d’allonger la piste d’un aéroport situé dans la région de Lattaquié afin de pouvoir accueillir des gros porteurs. Il y a sans doute aussi des hommes des services secrets, mais ce n’est pas officiel... Des informations font également état de l’envoi de militaires qui participeraient aux combats. Mais là, il faut rester prudent. Car un engagement russe en Syrie, comme il a sans doute eu lieu dans le Donbass, serait très mal perçu par l’opinion publique russe.

    A quoi doivent servir ces hommes et ce matériel ?
    Officiellement, les Russes affirment qu’il s’agit de lutter contre le groupe Etat islamique, que le meilleur rempart contre ce mouvement, c’est l’armée syrienne, et donc que la Russie se tient aux côtés de cette armée. Les blindés peuvent effectivement aider les Syriens dont l’armée a perdu beaucoup d’éléments - et en armes et en matériel - au cours de la guerre civile. Mais pour beaucoup d’observateurs, l’engagement russe sert plus à défendre le régime de Bachar el-Assad, qui est en difficulté, plutôt qu’à lutter contre le groupe EI. Et ce qui surtout notable, c’est que les Russes n’ont pas cherché à cacher cette montée en puissance. On pourrait donc y voirun signal politique plus qu’un engagement militaire avec des objectifs militaires opérationnels. Une façon de dire au monde entier qu’une solution politique en Syrie ne pourra se faire qu’avec l’accord de la Russie. On comprendra mieux la position russe à travers le discours que Vladimir Poutine va prononcer le 28 septembre à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies.

    Une alliance entre les Occidentaux et la Russie est-elle possible pour lutter contre le groupe Etat islamique en Syrie ?
    Pour l’instant, cela semble peu probable : les Occidentaux estiment que la présence de Bachar el-Assad est une des causes de la crise et que la solution politique doit comprendre son départ. La Russie a une autre stratégie. Elle pense qu’il faut lutter contre le groupe Etat islamique avec l’armée syrienne et envisager ensuite une ouverture politique. Mais les rencontres que la Russie a organisées avec l’opposition n’ont rien donné. Et pour Moscou, une grande coalition comprendrait non seulement l’armée syrienne mais aussi l’Iran, qui soutient actuellement massivement le régime syrien. Pour l’instant, il est impensable que l’Iran et les Etats-Unis se retrouvent côte à côte dans la même coalition. Toutefois, la Russie a finalement décidé de ne pas les livrer de missiles anti-aériens S300 à la Syrie qui les avait pourtant payés – ce qui expliquerait qu’en contrepartie, la Russie lui livre d autres armes. Sans doute pour éviter tout risque d’accident contre les avions américains ou français qui effectuent des frappes contre Daech. Donc, les Russes font quand même attention à ce qu’ils font. Mais les relations entre la Russie et l’Occident vont beaucoup dépendre des discussions qui auront lieu aux Nations unies.

     

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