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    Hebdo

    Au Laos, le pari difficile du tourisme durable

    media Le Kamu Lodge est entouré de rizières, de forêts et de montagnes. copyright Guillaume Payen

    Dans le nord du Laos, une station de vacances tente depuis onze ans le difficile pari du tourisme durable, qui consiste à mettre en place un projet rentable, mais qui aide aussi à développer la communauté villageoise en respectant son cadre de vie culturel et naturel. Aujourd’hui, cette station est parvenue, non sans difficultés, à un relatif équilibre entre développement touristique et progrès social.

    De notre correspondant dans la région,

    La station touristique Kamu Lodge est un regroupement de tentes africaines environnées de rizières vert émeraude, le tout surplombant le fleuve Mékong, à trois heures de bateau au nord de Luang Prabang, l’ancienne capitale royale du Laos. C’est probablement un lieu de vacances idéal pour des Occidentaux en quête d’exotisme et de tranquillité, dans un environnement qui permet aussi un contact direct avec la population locale. Nuei Hay, un village de la minorité ethnique Khamu, se trouve à 100 mètres du « lodge » auquel elle a donné son nom.

    Le projet, dirigé par la firme ExoTravel, illustre toutefois la complexité de la mise en place de schémas de tourisme durable. « Quand nous sommes arrivés, nous avons compris les difficultés. L’idée était d’aider au développement du village, mais nous avons constaté qu’il n’y avait pas de demande du côté des villageois, explique Duangmala Phommavong, directrice de la firme au Laos. En gros, ils nous disaient : " On n’a pas besoin de vous, on n’est pas intéressés " ».

    Les villageois, parties prenantes du projet

    Au départ, village khamu et station de vacances sont donc comme séparés par un mur invisible. L’ensemble du personnel doit être amené de la ville de Luang Prabang. Mais petit à petit, la greffe délicate commence à prendre, et des villageois s’impliquent dans le projet. « Le premier villageois khamu à travailler pour nous a été un homme, un peu délaissé dans le village, qui s’est proposé pour travailler comme gardien du lodge. Je lui suis reconnaissante d’avoir eu ce courage », raconte Duangmala.

    Onze ans après le lancement du projet, l’ensemble du personnel est issu du village. Et le « lodge » est devenu un facteur économique clé dans l’amélioration de la vie des quelque 300 Khamus de Nuei Hay. « Pour chaque client qui vient au Kamu Lodge, un dollar est mis de côté pour le village. Cela fait une trésorerie assez importante à la fin de l’année, que les villageois peuvent utiliser pour acheter des cochons, des vaches ou des canards pour leurs élevages », indique Olivier Trafiel, le directeur de Kamu Lodge.

    De même, les villageois sont sollicités pour fabriquer des fournitures pour la station de vacances, comme les « tuiles » de feuilles qui constituent les toits, ou pour des spectacles de musique et de danse ethniques pour enrichir le séjour des touristes. Les touristes du Kamu Lodge peuvent participer à une série d’activités, du trek dans les montagnes environnantes au tir à l’arbalète sur des cibles (une spécialité des Khamus), sans oublier le replantage des pousses de riz, dans les rizières du village.

    « C’est vraiment une expérience comme je n’en ai eue nulle part ailleurs. Ce que je retiens, c’est le côté apaisant, un peu coupé du monde, estime Anne Bonnefoy, une touriste venue de France. On va à la rencontre des gens, des autochtones. Sans pour autant être trop ostentatoires et en gardant une certaine distance, car on n’est pas là pour les déranger », ajoute-t-elle.

     

    Un jeune garçon khamu de Nuei Hay prépare des fibres de bambou qui serviront à la vannerie. copyright Guillaume Payen


    Tourisme durable et authenticité discrète

    Mais comme beaucoup de projets de tourisme durable, le Kamu Lodge est confronté au délicat problème de la « re-création d’une fausse authenticité ». Dans certains villages du nord de la Thaïlande, des membres des minorités montagnardes sont payés pour enfiler des « costumes ethniques » qu’ils ne portent plus depuis longtemps. L’anthropologue Erik Cohen a ainsi montré comment certains villages de montagne du nord de la Thaïlande sont divisés en une partie frontale visitée par les touristes et où les villageois sont habillés de costumes ethniques et pratiquent des activités traditionnelles qui correspondent à l’imaginaire des touristes, et une partie arrière où se déroule la vraie vie du village.

    « On n’est pas arrivé avec l’idée de garder l’authenticité du village. On prévient les clients de ne pas s’attendre à voir les Khamus avec des costumes khamus et des maisons traditionnelles khamus. Nous ne voulons pas forcer les villageois. Mais d’un autre côté, on les encourage à transmettre leur savoir-faire et leurs coutumes aux nouvelles générations, ainsi qu’à faire de la vannerie », indique Duangmala.

    Le problème est encore accentué par le fait que, comme beaucoup de villages peuplés de minorités ethniques au Laos, celui de Nuei Hay est « un village déplacé ». Depuis le début des années 1990, les autorités communistes laotiennes ont incité les villageois vivant sur les versants ou dans les montagnes à descendre près des voies de communication. « Les autorités leur ont dit : si vous restez dans les montagnes, vous n’aurez rien. Pour vos enfants, pour l’accès à la route, pour l’hôpital, pour l’éducation, il faut venir près des axes de transport. Et quand ces villages sont déplacés, il y a tout un pan de la culture, toute une partie des repères qui disparaissent », explique Olivier Evrard, ethnologue et expert des Khamus à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

    L’un des paradoxes du « tourisme ethnique » est donc la résurrection de pratiques traditionnelles tombées en désuétude et leur transformation pour les adapter au marché touristique, comme l’a montré l’expérience dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est.

    Note:
    Initiative réalisée avec la contribution financière de l’Union européenne

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