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    Dobet Gnahoré, une héritière de Werewere Liking

    media Werewere Liking, la fondatrice du village panafricain, artistique et solidaire Ki Yi M'Bock, et Dobet Gnahoré, qui y a grandi: deux générations de chanteuses de world music. DR

    Enfant du village artistique de Ki Yi M’Bock, fondé à Abidjan par Werewere Liking, une star de la world music des années 1990, Dobet Gnahoré trace sa propre route entre l’Europe et l’Afrique. Fière de ses racines, elle s’épanouit entre musique, chant, danse et engagements en faveur des plus démunis. Entretien avec l’artiste, en concert ce vendredi 2 octobre à Strasbourg, sa dernière ville d’adoption.

    Dobet Gnahoré, vous êtes une artiste multicarte. Chanteuse et percussionniste, vous avez, avec vos musiciens, plus de 900 concerts à votre actif. Vous êtes danseuse et chorégraphe, et pour votre compagnie de danse Baara [« travail » en bambara, ndlr], vous avez créé vos propres tenues de scène. Vous animez des stages, des ateliers de danse... Dès l’enfance, vous avez baigné dans l’art. Racontez-nous.
    La musique et la danse m’ont ouvert les bras. Mon père est musicien, comme ma belle-famille. Mon père, Boni Gnahoré, était maître percussionniste au village panafricain Ki Yi M'Bock d’Abidjan dirigé par Werewere Liking. Il y vivait avec une centaine de personnes : des danseurs, des chanteurs, des musiciens, des peintres, des sculpteurs, des couturiers, des cuisiniers de toutes nationalités. Et tous ces artistes défendaient les cultures africaines. Quand je suis arrivée là-bas à l’âge de 7 ans [après avoir quitté le village du centre-ouest de la Côte d’Ivoire où elle vivait avec sa grand-mère paternelle, une cultivatrice de riz, ndlr], waouh, j’ai vu des gens barrés : ça chantait, ça dansait, ça faisait du théâtre dès 5 heures du matin et toute la journée. C’était magique ! J’ai grandi là-dedans. Je rêvais d’être artiste. Et c’était l’époque, les années 1990, où Michaël Jackson était en vogue. Quand on grandit avec ça, on veut être artiste ! On a envie de faire de l’art son métier.

    Quand avez-vous démarré votre formation ?
    Pas immédiatement. Je voyais les enfants du village partir tôt le matin et rentrer le soir. On m’a dit qu’ils allaient à l’école. Moi aussi, je voulais y aller. Je ne savais pas ce qu’on y faisait, mais j’avais compris que c’était intéressant. Je me suis accrochée, mais malheureusement, je peinais parce que je ne comprenais pas le français. Je venais de la brousse : le français et moi, c’était deux mondes différents. A 12 ans, j’ai calé. J’ai dit à mon père que je voulais danser et chanter. Ils ont alors crée, pour moi et un autre fils d’artiste, un module pour enfants. Les grands venaient nous enseigner le chant. On se levait parfois avant 5 heures pour grimper sur la montagne avec nos djembés sur le dos ; on jouait une ou deux heures et après, on était exténués alors que la journée ne faisait que commencer ! On travaillait tout le temps. C’était plus dur que l’école. Tu dois créer ta propre volonté. Je pleurais. Et un matin, je me suis dit : « Non, il faut que j’y arrive ». C’était en 2004 ou en 2005. J’ai pris mon radiocassette, je suis sortie sur une terrasse, j’ai mis de la dance music à fond, et j’ai dansé pendant deux heures. J’ai tout mixé : les pas de danses traditionnelles qu’on nous apprenait au village, ceux que je voyais à la télévision. Mon père était caché, il me regardait. C’est là que j’ai compris que c’est le travail qui paie. Je rends grâce au passé, au village Ki. J’y ai appris l’art de la scène et ça m’a tout donné : la volonté, le rêve, la persévérance. A 16 ans, je suis partie danser avec la compagnie de danse contemporaine TchéTché de Béatrice Kombé, expérience qui m’a donné envie de créer ma propre compagnie par la suite. J’ai continué ma formation par mes propres moyens.

    L'artiste avec son père, le maître percutionniste Boni Gnahoré, en Côte d'Ivoire. DR

    Vous ne saviez ni lire ni écrire ?
    J’ai appris à lire et à écrire seule dans un premier temps, au village Ki. Pendant notre formation, on interprétait des rôles. Pour nous apprendre à jouer la comédie, des adultes nous lisaient les textes à haute voix. Je les enregistrais avec un dictaphone puis je les réécrivais à partir des notions que j’avais mémorisées de l’école. Et je relisais ces textes : « B, A, ça fait BA ». J’ai appris à lire et à écrire à force de recopier. Quand je suis arrivée en France, à 17 ans, j’ai pris des cours de français pendant deux ou trois ans. Et j’ai continué avec ma méthode, recopier et recopier, jusqu’à aujourd’hui. Quand je ne connais pas un mot, je le cherche dans le dictionnaire. Les mots cachés et les mots croisés m’ont aussi beaucoup aidé. C’est venu petit à petit.

    Vous chantez dans une dizaine de langues africaines et créoles : en bété, votre langue paternelle, en xhosa, en lingala, en malinké, en créole haïtien, en mina, en fon, en baoulé, en swahili, en wolof... Les parlez-vous couramment ?
    Non. J’écris les textes en français et je les fais traduire par des artistes, si possible. Je mets généralement un mois à apprendre par cœur une chanson. Je travaille avec le traducteur pour l’intonation, chanter le mot exact. Au village Ki, on chantait dans différentes langues africaines. Je veux faire entendre nos langues. Elles sont magnifiques. Je veux diffuser les langues africaines car elles me plaisent vraiment. J’ai beaucoup tourné, à travers le monde et dans au moins 35 pays africains, surtout entre 2001 et 2007, au début de ma carrière, via notamment le réseau des Alliances et Centres culturels français à l’étranger. Je revendique l’africanité. Je suis tellement fière d’être Africaine. Il faut garder ce que nous sommes et prendre ce qu’il y a de bon dans la culture de l’autre. Je mixe en permanence les cultures de la France qui m’a accueillie et de tous les pays où j’ai voyagé, pour mieux grandir.

    C’est d’ailleurs en France que votre carrière a commencé. Comment avez-vous été repérée ?
    Je suis arrivée en France en 1999, enceinte et malade du paludisme. J’étais mariée à un jeune guitariste français, Colin Laroche de Féline - un homme fabuleux dont je viens de me séparer après 18 ans de vie commune. Colin, c’est une magie. On s’est quitté en bon terme. Au départ, il était question que j’accouche en France et que l’on reparte ensuite en Côte d’Ivoire. Colin était venu vivre au village Ki en 1996 afin de perfectionner son jeu. Mais le coup d’Etat de décembre 1999 a retardé notre retour. En attendant, nous jouions en duo et en acoustique nos compositions dans les bars et restaurants de Grenoble. Puis on a enregistré une maquette qu’on a peaufinée sur les conseils de Ray Lema et Lokua Kanza en 2000. Et on a commencé à se produire dans des festivals, des salles. En 2003, la maison de disque Contre-Jour nous repère : on signe. Elle me fait passer au devant de la scène mais Colin est toujours avec moi, mon musicien. On enregistre notre premier album Ano Neko [« Créons ensemble », en bété], du nom du duo qu’on formait avec Colin. C’est là que notre carrière a décollé. Aujourd’hui, je viens de quitter Contre-Jour pour VO Music.

    A 33 ans, Dobet Gnahoré a déjà donné plus de 900 concerts. DR

    Le ministère ivoirien des droits de l’homme et des libertés publiques vous a nommée ambassadrice des droits de l’homme en août 2014 à Abidjan. Qu'a-t-il perçu dans votre art ?
    Ils m’ont distinguée à cause du discours que je véhicule dans mes chansons et dans mes spectacles - même si la musique se propage plus vite que la danse. Je chante et danse pour la femme, pour les enfants. C’est pour m’encourager à envoyer mon discours de paix partout dans le monde qu’ils m’ont nommée.

    Vous aviez aussi enregistré la chanson Ma Côte d’Ivoire avec une autre Ivoirienne, la bassiste Manou Gallo, en 2012, suite à la crise postélectorale, pour rappeler aux Ivoiriens qu’ils ont été capables par le passé de vivre ensemble.
    Oui, c’était une nécessité car nous avions vécu en Côte d’Ivoire toutes deux dans la paix et l’union. Nous avons chanté pour que cessent les divisions, pour que cessent les discriminations. Je pense que les choses ont évolué aujourd’hui mais qu’il y a encore du travail à faire.

    Êtes-vous engagée dans une action en faveur de la paix ou du respect des droits de l’homme en Côte d'Ivoire ?
    J’ai crée une association qui s’appelle aussi Baara - parce que je crois que le travail est la base de tout, qu’il permet à tous de s’épanouir là où nous sommes -, pour récolter des fonds pour un orphelinat de 266 filles à Grand-Bassam. Je donne, entre autres, des cours de danse et de chant en Europe pour financer la structure. Cet argent permet de fournir aux orphelines du riz, des vêtements, des livres, des goûters et deux cours de danse par semaine. Et comme j’adore aussi la couture et qu’elles ont besoin d’apprendre un travail manuel en plus de ce qu’elles apprennent à l’école, l’association leur a offert dix machines à coudre et une femme vient leur enseigner les rudiments de couture. Je suis très sensible au sort des orphelins et des femmes qui n’ont pas la possibilité de s’épanouir.

    D’où vous viennent cette sensibilité et cet engagement pour les autres ?
    Cet engagement vient de loin. Déjà enfant, j’ai toujours été sensible à l’injustice et au mensonge. Et puis, j’étais l’aînée de la famille et je voyais mon père et ma belle-mère ramer, galérer. A 9 ans, j’ai compris qu’il fallait se battre et j’ai décidé que j’allais sortir ma famille de la misère, que je serais pilier de famille, et qu’un jour, je leur construirais une maison. C’est pour cela que j’ai autant d’énergie sur scène et de la volonté. Être distinguée ambassadrice des droits de l’homme m’a surprise. Je me suis dit : « Je n’ai encore rien fait ! ». A l’orphelinat, j’aimerais qu’intervienne un réseau d’artisans, mais les moyens manquent pour l’instant. Le village Ki existe toujours mais j’ai toujours envie de recréer cette ambiance, ce qui m’a fait le plus grandir. Et pourquoi pas monter un village artistique au Togo, au Burkina Faso ou encore un autre en Côte d’Ivoire ? Quant à ma sensibilité envers les orphelins, cela s’explique car moi-même, j’ai été abandonnée par ma mère biologique à ma naissance. J’ai toujours été à sa recherche car je voulais tirer cette histoire au clair, savoir comment elle m’avait abandonnée. Alors, j’imagine ce que c’est pour ces enfants qui n’ont ni mère ni père. Moi, j’ai connu ma mère biologique il y a 5 ans. Et je suis plus équilibrée depuis.

    Dobet Gnahoré donne un cours de danse dans un orphelinat de Namibie lors de l'une de ses tournées. DR

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