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    Hebdo

    La nouvelle vie du père Vandenbeusch, ex-otage de Boko Haram

    media Le père Georges Vandenbeusch devant sa paroisse à Courbevoie, le 2 octobre 2015. RFI/PIerre René-Worms

    Fin 2013, le prêtre français Georges Vandenbeusch, curé d’un village de l’extrême nord du Cameroun, était enlevé par le groupe extrémiste nigérian Boko Haram. Libéré six semaines plus tard, il est rentré en France et a repris sa mission de prêtre dans la banlieue parisienne. Mais il n’a rien oublié. Portrait.

    En ce dimanche de début septembre, l’église Saint Pierre-Saint Paul de Courbevoie, dans la région parisienne, est remplie de fidèles venus faire connaissance avec leur nouveau curé. Les derniers arrivés se pressent dans les rangées. Le prêtre s’approche du pupitre et se présente aux paroissiens. En réalité, beaucoup connaissent déjà le visage rond et souriant de ce quadragénaire. Le 1er janvier 2014, une image du père Vandenbeusch a fait la Une de tous les médias français. On y voit un François Hollande souriant aux côtés du prêtre français, à peine descendu de l’avion qui l’a ramené du Cameroun et vient d’atterrir à l’aéroport de Villacoublay, près de Paris.

    Comme d’autres ex-otages avant lui, Georges Vandenbeusch, libéré par le groupe Boko Haram moins de 48 heures plus tôt après six semaines de détention, a l’air à la fois heureux et décontenancé face aux dizaines de caméras, micros et appareils photo braqués sur lui. Il lâche quelques mots, remercie ceux, nombreux, qui se sont mobilisés pour sa libération. Ensuite, il se retire pour des examens médicaux et le traditionnel « débriefing » avec les services secrets français. Quelques éditions spéciales de chaînes d’informations en continu plus tard, le « père Georges » retourne rapidement à l’anonymat et entreprend son retour à la « vie normale ».

    « Dopé à la libération »

    François Hollande et le père Georges Vandenbeusch, à l'aéroport de Villacoublay, ce mercredi 1er janvier 2014. AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHO

    « Les trois premiers jours, j’étais ‘dopé à la libération’ et dans un état second, car je n’avais pas réussi à dormir, raconte le religieux, que nous avons rencontré. J’ai découvert la mobilisation, car je n’avais pas de radio pendant ma détention. J’ai répondu aux sollicitations de gens que je ne connaissais pas, d’autres que je connaissais, mais que je n’avais pas vus depuis vingt ans. Puis j’ai passé les mois de janvier et février à Nanterre pour pouvoir atterrir et voir la famille. » Très vite, le prêtre reprend un ministère, dans une des églises de Courbevoie, avant donc d’en devenir le curé, début septembre.

    Presque deux ans plus tard, il n’a rien oublié de sa mésaventure. Mais il préfère voir ces six semaines entre les mains d’un des mouvements extrémistes les plus redoutés de la planète comme une parenthèse dans son passage à Ngetchewe, le village dont il a été le curé pendant deux ans. Car s’installer dans cette localité reculée, aux confins du Cameroun et du Nigeria, fut un choix longuement réfléchi.

    Georges Vandenbeush n’est pas missionnaire. Avant de quitter la France en 2011, il est depuis neuf ans curé de Sceaux, banlieue tranquille de la région parisienne, non loin de Meudon, où il né en 1971. Issu d’une famille non pratiquante, orphelin à 8 ans et élevé par ses grands-parents, il découvre le christianisme dans une école catholique et la messe à 11 ans. « Je ne pensais pas être prêtre, mais la foi est devenue centrale dans ma vie. Puis la vocation est venue petit à petit au lycée », confie-t-il. Le bac en poche, il passe un an à la fac d’histoire, et l’année suivante, il choisit d’entrer au séminaire.

    Lorsqu’il est ordonné prêtre, en 1998, il est sans doute loin d’imaginer qu’il sera un jour curé d’un petit village camerounais. Il est, d’ailleurs, d’abord affecté à Rueil, dans le même diocèse que Meudon, pendant quatre ans, avant de rejoindre Sceaux. Mais il mûrit bientôt un projet qui pourrait l’éloigner de la région parisienne : faire un échange avec un autre continent. « J’avais la conviction que, dans le contexte de mondialisation, les liens entre les peuples sont de plus en plus serrés. Ces liens font partie de l’ADN de l’Église, mais cela ne doit pas être juste des mots, insiste-t-il. Les gens ont du mal à habiter ce rapprochement. Je trouvais bien que notre diocèse le vive concrètement, que je parte au Cameroun et qu’un prêtre camerounais vienne en France. »

    Le rêve se concrétise

    Le prêtre français Georges Vandenbeusch (c) célébrant une messe dans le nord du Cameroun, le 22 juillet 2012. AFP PHOTO / DIOCESE DE NANTERRE

    Le lieu choisi est particulier. Ngetchewe fait partie de ces localités dont les populations, au départ de religion « traditionnelle », n’ont, pour beaucoup, pas été islamisées : « Dans l’extrême nord, en fait, tout le monde n’est pas musulman, même si les chefs le sont. » Quant au christianisme, il n’est apparu, timidement, dans la région que dans les années 1960. D’autant que le président de l’époque, Amhadou Ahidjo, était hostile à l’implantation du christianisme dans cette partie du pays. Dans le village, « les plus anciens baptisés datent des années 1970 », précise le prêtre.

    C’est donc là qu’il s’installe en septembre 2011. La première étape sera d'apprendre à communiquer avec ses paroissiens, dont la majorité ne parle pas français, mais la langue mafa. « Lors de ma première messe, j’ai lu le missel en mafa, en phonétique, sans forcément tout comprendre », se souvient-il, amusé. Mais les quelques milliers de fidèles de ce bourg et des localités alentour ne tardent pas à l'adopter. Le prêtre s’intéresse également à la religion animiste et s’imprègne peu à peu de la culture et de la langue de ses ouailles. Au fil des mois, l'expérience qu’il a tant appelée de ses vœux se concrétise.

    Jusqu’à cette triste soirée du 13 novembre 2013 : « Dix hommes armés sont arrivés alors que je dormais. Ils ont enfoncé la porte de l’accueil. Je me suis barricadé et j’ai donné l’alerte. Mais ils ont réussi à m’extraire et ils m’ont emmené à l’autre bout du village. » Ils prennent rapidement la route avec leur otage en direction du Nigeria tout proche. « Nous étions à trois sur une moto, j’avais les mains attachées dans le dos », se remémore le père Vandenbeusch. Ils franchissent la frontière et roulent ainsi pendant deux ou trois heures dans l’État de Borno. « On a traversé plusieurs de leurs camps, puis on est arrivé dans un village et ils m’ont mis sous un arbre, un grand tamarin ». Il y restera jour et nuit pendant toute sa détention, gardé en permanence par deux hommes armés.

    « Plutôt en colère qu’angoissé »

    Pas de montre, pas de radio, pas de livre, pas de bible. Le prêtre est totalement isolé et communique très peu avec ses geôliers : « Il ne parlaient que haoussa et kanouri. Le chef de camp parlait un peu anglais. Vers la fin, certains parlaient mafa.» Les hommes de Boko Haram lui ont, bien sûr, confisqué son portable, qui leur a tout de même servi à envoyer leur revendication par SMS, à savoir la libération de membres du groupe terroriste détenus au Cameroun. Une exigence qui, d’une certaine manière, rassure le prêtre : « J’étais confiant, car je savais que j’étais une monnaie d’échange. Je m’attendais à rester trois à quatre mois et à tenir le coup.» Avait-il peur ? « J’étais plus en colère qu’angoissé. Et j’étais triste, car je savais que je ne pourrais plus retourner dans ma paroisse. »

    Même si sa détention sera beaucoup plus courte que celles d’autres otages, les conditions de vie sont spartiates : « Je dormais sur une natte, à même le sol. Il faisait très froid la nuit. Il fallait négocier pour des choses simples, comme de l’eau propre. » Mais il tempère: « C’était des gens d’extraction rustiques qui me traitaient comme eux-mêmes. » Il ne sera, en outre, ni torturé ni tabassé.

    Mais il vit hors du temps, ignorant totalement la mobilisation qui grandit en France, jusqu’au 30 décembre en milieu d’après-midi. « Le chef de camp, que je n’avais pas vu depuis trois semaines, arrive. Je lui dis : good news or bad news ? . Il m’apprend que je pourrais être échangé. »

    Une demi-heure plus tard, une colonne de sept pick-up avec des dizaines d’hommes armés se forme dans le camp. Le prêtre est emmené à bord d’un des véhicules. « L’intérieur était taché de sang et il y avait une odeur de cadavre », se rappelle-t-il. La colonne stoppera à plusieurs reprises, par crainte des bombardements nigérians. Le convoi s’arrête à la frontière du Cameroun où l’échange a lieu dans la nuit. Puis tout va très vite : « Le 31 au soir, j’étais avec le président Biya, le lendemain avec le président Hollande. Je n’ai pas pu repasser chez moi. J’étais heureux, mais j’ai regretté de ne pouvoir fêter ma libération avec les habitants de Ngetchewe. »

    Avec les enlèvements qui se sont succédé par la suite, puis la violence extrême qui ensanglante actuellement l’extrême nord du Cameroun, des retrouvailles avec ses anciens paroissiens sont peu probables pour l’instant. Mais il maintient le lien avec eux. « Je garde le contact par téléphone et je ne perds tout de même pas l’espoir d’y retourner un jour, même si ce n’est pas forcément pour y vivre », confie-t-il. Et même s’il a repris un parcours moins exotique de curé d’une paroisse de région parisienne, Georges Vandenbeusch se passionne désormais pour l’actualité africaine : « Je suis régulièrement ce qui se passe au Cameroun, au Nigeria, en Centrafrique et dans d’autres pays. Je lis également beaucoup. »

    Le curé de Courbevoie a également renoué de façon inattendue avec l’extrême nord du Cameroun. Depuis quelques jours, il accueille pour trois ans le père Henri Djonyang, religieux originaire de cette région, venu renforcer l’équipe de prêtres de la paroisse. Une manière de poursuivre le projet d’échange qui avait emmené le « père Georges » à s’installer en Afrique.

    Le père George (au milieu) entouré d'enfants du village, en 2012, à Nguetchéwé . Diocèse de Nanterre

    A (re) découvrir: notre webdocumentaire sur Boko Haram

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