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    Hebdo

    Nouveau roman de Rushdie: entre fable politique et réalisme magique

    media «Two Years Eight Months and Twenty-Eight Nights» est le douzième roman sous la plume de Salman Rushdie. Penguin Random House

    C'est la publication en 1981 des Enfants de minuit qui a propulsé Salman Rushdie sur le devant de la scène littéraire. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages de fiction mais a aussi écrit des essais, des pièces de théâtre et des scénarios pour le cinéma. Doué d’une imagination baroque, il a renouvelé les lettres anglophones. Son nouveau roman qui vient de paraître est à mi-chemin entre récit fantastique à la Harry Potter et allégorie politique.

    Salman Rushdie est un survivant. Il a survécu à l’obscurantisme le plus sombre qui a failli l’emporter avec armes et bagages, lorsqu’en 1989, à l’occasion de la publication de son roman Les Versets sataniques - considéré comme blasphématoire par le monde musulman -, la fatwa de l’imam Khomeini l’a désigné à la vindicte populaire. Sa tête fut mise à prix, son effigie brûlée sur les places du marché de l’Orient mais aussi de l’Occident. Clandestin pendant dix ans, changeant de refuge chaque nuit, l’homme dut sa vie à l’efficacité de la police spéciale anglaise chargée de sa protection.

    Vingt-cinq années se sont écoulées depuis l’émission de cette fatwa. L’imam est mort et enterré, mais le romancier « apostat » est toujours là, racontant de livre en livre les turbulences du monde contemporain, sur fond de montée du fondamentalisme religieux. C’est d’ailleurs le thème du nouveau roman de Rushdie qui vient de paraître en anglais. Two Years Eight Months and Twenty-Eight Nights (« Deux ans huit mois et vingt-huit nuits ») est le douzième roman sous la plume de ce maître conteur au sommet de son art. Il témoigne du triomphe des forces de création et d’imagination sur celles de la nuit qui censurent, lapident et tuent.

    Digression, rêveries et autres considérations

    A la fois dense et léger, ce nouveau roman est « rushdien » par excellence. Par son contenu à la fois autobiographique et politique, par son écriture ludique et par sa narration riche en digressions, rêveries et considérations sur les mondes parallèles de djinns et d’esprits, sans jamais pour autant perdre de vue sa ligne thématique centrale. Celle-ci est abordée dès les premières pages à travers la mise en scène des rivalités philosophiques entre deux penseurs de l’époque médiévale : l’Ibn Rushd, le rationaliste connu en Occident sous le nom d’Averrohès, et l’Iranien Ghazli de Tus. Théologien doctrinaire et austère, ce dernier s’était fait connaître en publiant son opus magnum L’incohérence des philosophes dans lequel il s’en prenait aux penseurs rationalistes et proposait de semer la peur de l’au-delà au cœur des hommes pour pousser les plus récalcitrants à croire en Dieu.

    Le récit s’ouvre sur l’exil et la disgrâce du philosophe rationaliste qui vivait dans l’Espagne musulmane, à la fin du XIIe siècle. Chassé du royaume pour avoir défié la figure tutélaire de Ghazali et avoir tenté de concilier la raison et la foi, Rushd (aucun lien de parenté avec Rushdie, malgré des ressemblances de destin !) se consola dans les bras de la belle Dunia. Seulement, il ne savait pas que celle-ci n’était pas une mortelle comme les autres!

    Reine des djinns, Dunia avait profité d’un rapprochement cyclique des mondes visibles et invisibles pour se glisser chez les humains. D’ailleurs, il est bien connu des mystiques, rapporte le narrateur, que les djinns aiment « forniquer » avec les hommes. Des transactions sexuelles entre Dunia et Rushd naîtront une race nouvelle d’hommes et de femmes, reconnaissable à leurs oreilles sans lobes. A peu près mille ans plus tard, les descendants du philosophe et de la créature venue du « paristan » (pays des fées, selon la mythologie persane) seront mis à contribution pour combattre les djinns maléfiques qui tentent de détruire la civilisation humaine. Cette allégorie du combat contemporain entre la civilisation et la barbarie islamiste est au cœur du roman de Rushdie. La lutte va durer exactement deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, pour ne pas dire… mille et une nuits.

    Résonances autobiographiques

    Grand admirateur des Contes des Mille et Une Nuits, Rushdie a souvent puisé dans les images et les métaphores de ce grand livre antique et intemporel pour raconter les heurs et malheurs du monde moderne. Les personnages qui peuplent son nouveau roman, qu’ils soient humains ou djinns, sont eux aussi engagés dans un combat essentiel pour la survie de la civilisation confrontée aux menaces du fanatisme religieux, mais aussi à des menaces climatiques, politiques, idéologiques. Ils ont tous quelque chose de Schéhérazade.

    Tout comme les meilleurs livres de Rushdie, ce nouveau roman a également des résonances autobiographiques. Il y est beaucoup question de Bombay et de l’Inde où l’écrivain a grandi, mais aussi de New York où il a élu résidence depuis quelques années. C’est dans un New York futuriste de fin de troisième millénaire où le dilemme entre la raison et la foi a été résolu une fois pour toutes que se clôt l’intrigue de Two years, Eight Months and Twenty-Eight Nights, laissant toutefois planer le regret d’un monde peuplé de djinns, d’esprits et autres êtres déraisonnables. Pas de place pour la fantaisie à l’âge de raison. Triste avenir !

    Two years, Eight Months and Twenty-Eight Nights, par Salman Rushdie. Publié par Random House, 290 pages, 28 dollars. (La traduction française du roman est en cours aux éditions Actes Sud.)


    Salman Rushdie, sur tous les fronts

    C'est une rentrée faste pour Salman Rushdie. Il publie un nouveau roman, après trois années de silence éditorial. Beaucoup de ses lecteurs se demandaient si le maître vieillissant saura égaler la magnificence et la complexité de ses premiers romans. Pari réussi avec Two years, Eight Months and Twenty-Eight Nights qui est une fable échevelée narrant les turbulences du réel, tout en faisant rire à coups de calembours et de parodies de soi.  « C'est peut-être le plus drôle de mes romans », a déclaré le romancier .

    L’écrivain Salman Rushdie lors de l’ouverture du 67e Foire du livre de Francfort. Marc Jacquemin / Frankfurt Book Fair

    Cette année, Rushdie est aussi  l’invité d’honneur du salon du livre de Francfort qui a ouvert ses portes le mercredi 14 octobre. Ce salon est la plus grosse manifestation mondiale autour du livre. Programmé sur quatre jours, il rassemble plus de 7 000 exposants et devrait attirer pas moins de 300 000 visiteurs. La liberté d’expression est le thème de l'édition 2015, thème qui fut au cœur de l’intervention à la fois passionnée et lucide de Rushdie à la conférence de presse d’ouverture de la manifestation. « Limiter la liberté d’expression n’est pas seulement de la censure, c’est une attaque contre la nature humaine », a-t-il affirmé.

    Dans sa plaidoirie en faveur de la liberté d’expression, Rushdie s’est appuyé sur sa propre expérience de victime de la fatwa iranienne. Mais il a aussi appelé les Etats modernes à tirer des leçons des attentats contre Charlie Hebdo en France en début d’année pour renforcer leur socle législatif garantissant la liberté d’écrire, de publier et de caricaturer. L’Iran qui qualifie Rushdie comme « le personnage le plus détesté dans le monde islamique », a annulé sa participation au salon de Francfort, après avoir fait pression sur les organisateurs pour désinviter Rushdie. Les Allemands n’ont pas obtempéré.

    L’actualité de Rushdie en cet automne est aussi indienne. Depuis l’arrivée au pouvoir à New Delhi d’un gouvernement issu du mouvement hindouiste, on assiste à une inquiétante montée de l’intolérance dans le pays de Gandhi à l’égard des minorités religieuses. Les violences perpétrées par les extrémistes hindous visent également les intellectuels et les artistes qui célèbrent la diversité indienne. Même s’il ne vit plus en Inde, Rushdie reste très attaché à la tradition indienne consistant à faire cohabiter des cultures, des croyances et des peuples. Il a joint sa voix à celle des auteurs indiens qui accusent le gouvernement que dirige le Premier ministre Narendra Modi de cautionner les violences contre les minorités et les intellectuels. 

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