GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 25 Août
Vendredi 26 Août
Samedi 27 Août
Dimanche 28 Août
Aujourd'hui
Mardi 30 Août
Mercredi 31 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Hebdo

    Des murs et des hommes

    media 22 octobre 2015, un Palestinien jette des pierres par-dessus le mur dont la largeur peut dépasser à certains endroits les 50 mètres. REUTERS/Mohamad Torokman

    Depuis des millénaires, les hommes érigent des murs. De la Grande Muraille de Chine au limes de l’Empire romain en passant par le « mur » entre les deux Corées, d’aucuns pensaient que « le » Mur de Berlin serait l’ultime barrage entre des peuples. Pourtant, mur de briques, de barbelés, de sable, mur virtuel, notre village planétaire n’a jamais été autant parsemé de barrières, symbole de repli sur soi et d’immobilisme.

    Les plus de 50 000 kilomètres de la Grande Muraille de Chine, le mur de Sables au Sahara occidental, les murs de l’Atlantique, de Jéricho, d’Hadrien, de Belfast ou de Kaboul, etc., les barrières s’hérissent sur notre Terre depuis la nuit des temps. A l’origine, le plus souvent, murs « frontières » pour empêcher des populations de rentrer sur un territoire - ou bien a contrario d’en sortir -, mais aussi murs « ghetto » contre la peste il y a trois siècles, les clôtures qui séparent les hommes les uns des autres sont aujourd’hui tout autres.

    Parmi elles, les murs anti-immigration clandestine, dont le plus connu est celui qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Mille trois cents kilomètres pour empêcher les quelque 20 millions de Sud-Américains clandestins, le plus important flux migratoire de l'histoire de l'humanité, de pénétrer sur le territoire de l'Oncle Sam. Puis, avec la crise migratoire qui frappe soudainement l'Europe de plein fouet, c’est au tour de l’espace Schengen - certainement le plus imposant mur virtuel au monde - d’ériger des barrières à l'intérieur de son territoire. Dans la petite enclave de Ceuta et Melilla, comme en Hongrie, ce sont des murs de barbelés qui sont supposés parer l’entrée de migrants clandestins dans la « forteresse Europe », au risque de provoquer de nombreuses morts.

    De l’indignation à la banalisation

    Autre lieu, autre genre, Israël a mis en place le concept de mur « anti-terroriste ». L’objectif affiché est celui de rassurer sa population et de protéger une zone de colonisation face aux potentielles attaques de Palestiniens voisins. La « clôture de sécurité », ou « mur de la honte » - construction de 790 kilomètres jugée contraire au droit international par la Cour internationale de justice en 2004 - forme une barrière titanesque : trois fois plus haute et deux fois plus large que le Mur de Berlin. Et l’Etat hébreu de poursuivre cette politique du mur en construisant depuis mi-octobre une deuxième barrière à Jérusalem-Est.

    A Michalovce en Slovaquie, des murs ont été érigés pour empêcher les roms du ghetto voisin de passer dans ce quartier résidentiel et scolaire. We Report/Alberto Campi

    « Plus jamais ça », clamait un monde indigné en 1989 lors de la chute « du » Mur, à Berlin. « Le » mur par excellence, symbole suprême de la guerre froide entre l’Est et l’Ouest, ne pouvait avoir de successeur; le Rideau de fer de 155 kilomètres ayant prouvé qu’il n’était pas la solution à un quelconque règlement de conflit, au contraire. « Les murs ne sont pas des solutions, analyse l'historien Claude Quétel. Fait dans l’urgence, un mur n’est qu’une réponse simple, tellement bête, tellement inhumaine, tellement primaire. » Une réponse qui ne fait que repousser une solution.

    Une réponse qui ne résout rien, au contraire

    Une réponse facile donc, en tout cas bien plus que de résoudre un problème. Une technique qui, de nos jours, est issue majoritairement de démocraties, tels que les Etats-Unis, Israël, l’Espagne ou encore l’Inde (qui a construit un mur électrifié à sa ligne de contrôle avec le Cachemire) pour qui ériger des blocs de béton ou de barbelés devient une méthode banale.

    Pour Alexandra Novosseloff, docteur en science politique, chercheur associé au Centre Thucydide de l'université Panthéon-Assas (Paris II), spécialiste des Nations unies et du maintien de la paix, un mur est souvent un mouvement qui vient de la population elle-même, qui n’est pas imposé par des gouvernements mais dont ces derniers « profitent » pour cacher des problèmes plus profonds. En Israël, en construisant le mur, le gouvernement montre qu’il a entendu le message de ses citoyens réclamant plus de sécurité. « Et puis, analyse le chercheur, ériger un mur permet d’éviter de se remettre en cause. Est-ce qu’Israël est prêt à parler de l’occupation ? Est-ce qu'il est disposé à évoquer les problèmes sociaux que vivent les Israéliens ? »

    Et Claude Quétel de poursuivre : « Ce qui est pour Israël un mur anti-terroriste représente

    La zone démilitarisée (DMZ). La Corée du Nord se trouve sur la rive d’en face. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    pour les Palestiniens, très clairement, un mur qui va à l’encontre de la possibilité même d’un Etat palestinien ». La clôture de sécurité israélienne s’est en effet construite sur une apparence de logique qui n’est pas celle d’une frontière mais qui était celle d’une ligne, dite « verte » (comme celle qui sépare le nord et le sud de Chypre) qui délimitait la Cisjordanie. Or, Israël a construit son mur en mordant délibérément sur la Cisjordanie, « ce qui pousse les Palestiniens à dire : "votre mur n’est pas un mur anti-terroriste mais un mur qui favorise la colonisation" », ajoute Claude Quétel. Un mur qui vise donc à fragmenter le territoire palestinien, comme le déclarait en avril 2007 le général Yair Golan, à l’époque commandant des troupes israéliennes en Cisjordanie : « La séparation, et non la sécurité, est la raison principale de la construction du mur. On aurait pu atteindre la sécurité de manière plus efficace et moins coûteuse par d’autres moyens* ».

    Un mur entre le Nord et le Sud

    La barrière de sécurité israélienne symbolise par ailleurs le changement d’axe des murs dans le monde. De séparation Est-Ouest, les murs ont, depuis la chute du Rideau de fer, tendance à cloisonner un Nord riche d’un Sud pauvre, ironie du sort quand on sait que le limes de l’Empire romain avait pour but de protéger le monde dit « civilisé » des barbares venus… du Nord. Il est bien loin ce monde globalisé qui est le nôtre, chantre de la mondialisation et de la libre circulation des peuples. Dans L’empire et les nouveaux barbares (JC Lattès, 2001), Jean-Christophe Rufin affirme que la fin de l’affrontement Est-Ouest a éveillé un affrontement Nord-Sud et les « barbares », pour reprendre les termes de l'empire Romain, viennent désormais du Sud. La multiplication des barrières anti-migrants clandestins en témoigne.

    Aux Etats-Unis, analyse Alexandra Novosseloff, le discours sur la sécurité, sur le mur à sa frontière mexicaine, sur la protection que ce dernier accorderait, cache en réalité un discours qui pourrait être plus franc sur la réalité des effets des accords de libre-échange passés avec le Mexique (et le Canada) et qui ont déstructuré l’économie mexicaine. Les Etats-Unis pratiquent également une autre forme d’isolement face à cette peur de l’autre, jugé pauvre, dangereux, en bâtissant des îlots de sécurité, de véritables zones résidentielles murées, plus cossues les unes que les autres. Huit millions d'Américains vivent actuellement dans 30 000 gated communities, protégés de menaces, réelles ou imaginaires.

    Des murs qui s’écrouleront

    Mais, puisque l’Histoire a prouvé que les murs « politiques » ne règlent en rien les problèmes et puisqu’ils ne font que repousser le temps des négociations, ils sont appelés à tomber. « C’est évident. Un mur n’est pas appelé à durer », affirme Claude Quétel. « Les murs sont historiquement condamnés. Ils symbolisent la fermeture contre l’ouverture, l’immobilisme contre le mouvement, la mort contre la vie », écrit pour sa part Serge Sur dans la préface du livre d’Alexandra Novosseloff.

    Dès lors, lorsque les ponts remplaceront les murs entre les hommes, lorsque la négociation l'emportera sur le sécuritaire et l'unilatéralisme à tout-va, lorsque les migrants pourront rester chez eux dans des pays pacifiés et économiquement développés, seuls demeureront les murs de la paix ainsi que, probablement, les murs de piments. Au Gabon, au Kenya, en RDC ou bien encore au Zimbabwe, des paysans dressent des murs de briques de piments autour de leurs plantations pour faire fuir les éléphants. Une technique qui a fait ses preuves.

    * Reconceptualizing the Israeli-Palestinian Conflict : Key Paradigm Shifts, Sara Roy, Harvard university

    ♦ Claude Quétel est l'auteur de Murs. Une autre histoire des hommes Editions Perrin, 2012.

    ♦ Alexandra Novosseloff est l'auteur, avec Franck Neisse, de Des murs entre les hommes Editions La documentation française, 2008.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.