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    Hebdo

    Luaty Beirão, le rappeur qui inquiète Luanda

    media Le rappeur et militant des droits de l'homme Luaty Beirão, ici en 2012. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

    « Je suis un kamikaze angolais et voici ma mission ». Lorsqu’il compose ces rimes, Luaty Beirão, alias Ikonoklasta, ne pensait peut-être pas les appliquer à la lettre. Son engagement politique l’y a pourtant poussé. Appels sur l’actualité revient sur le cas de ce rappeur et opposant politique qui a décidé de mettre un terme à sa grève de la faim après un bras de fer qui aura duré trente-six jours avec le régime du président Dos Santos.

    Qui est Luaty Beirão ?

    Luaty Beirão est une figure du rap angolais, plus connu sous le pseudonyme d’« Ikonoklasta », mais c'est avant tout un opposant au pouvoir de Luanda. Après des études d’ingénieur et des séjours en Europe, il se lance dans la musique et commence à militer. En 2011, il participe à l’organisation des manifestations inspirées par les printemps arabes qui demandent la fin du régime de José Eduardo Dos Santos. A la tête du pays depuis trente-six ans, ce dernier n’a jamais été élu. L'élection présidentielle n'existe plus en Angola depuis la dernière réforme constitutionnelle en 2010.

    De quoi est-il accusé ?

    Les chefs d'inculpation les plus graves retenus contre Luaty Beirão sont « rébellion » et « attentat contre le chef de l'Etat ». Ces crimes peuvent lui valoir jusqu'à douze ans de prison à lui et à ses camarades, puisque que Luaty Beirão n'a pas été arrêté seul mais avec 14 autres opposants.

    Dans quelles circonstances ?

    Ces jeunes militants qui, entre eux, s’appellent les « revús » (diminutif de « révolutionnaires ») se retrouvaient toutes les semaines pour discuter autour d'un livre sur la désobéissance civile de l’auteur américain Gene Sharp, intitulé De la dictature à la démocratie. C'est au cours d'une de ces séances de lecture qu'ont été arrêtés, le 20 juin dernier, ceux qu’on appelle désormais « Les 15 d’Angola ». La police n'a pas trouvé d'armes, ils n'ont pas résisté mais ils ont tous été placés en détention préventive.

    En Angola, la loi prévoit qu'une détention préventive peut durer au maximum trois mois. Ce délai a expiré le 21 septembre et c’est donc à cette date que Luaty Beirão a décidé de commencer une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement devenu illégal. Une grève de la faim qui aura duré en tout trente-six jours.

    La double nationalité de Luaty Beirão peut-elle l’aider ?

    Bien que Luaty Beirão possède également la nationalité portugaise, Lisbonne ne peut pas intervenir directement dans la justice angolaise. Mais sa position est très critiquée par l'opposition de gauche et les ONG. Des manifestations rassemblant plus d’un millier de personnes ont eu lieu, mais le gouvernement reste silencieux.

    Le seul signe visible a été la visite de l'ambassadeur du Portugal en Angola au chevet du rappeur. Cette visite a déclenché l’ire du pouvoir angolais, qui a dénoncé « une croisade contre le pays » et des « tentatives de déstabilisation extérieures ». Pour la gauche portugaise, cette discrétion s’explique par les liens financiers entre les deux pays. Et en effet, le Portugal est le deuxième partenaire économique de l'Angola. Luaty Beirão, quant à lui, a bien précisé qu'il souhaitait être traité uniquement en tant que citoyen angolais.

    Extrait du titre Revolução, de Luaty Beirão, alias Ikonoklasta 30/10/2015 - par RFI Écouter

    Que dit le cas de Luaty Beirão de la situation politique en Angola ?

    Chaque année, Amnesty International rappelle que les droits de l'homme sont régulièrement bafoués et que de nombreux militants et journalistes sont emprisonnés ou assassinés en Angola. Dernièrement, les rassemblements de solidarité avec Luaty Beirão et ses camarades ont été durement réprimés.

    Autre facteur qui peut expliquer l’intransigeance du pouvoir : l’économie angolaise souffre actuellement de la chute des cours du pétrole. Les hydrocarbures représentent 90% des exportations. Cette crise a des conséquences sur l'emploi et le coût de la vie pour les Angolais dont plus de la moitié vit avec moins de 2 dollars par jour.

    La presse européenne parle d'une certaine « fébrilité » du pouvoir. Le régime craindrait que le mécontentement populaire ne se transforme en mouvement contestataire. Il y a en effet des voix dissonantes même au sein de l'élite angolaise. Luaty Beirão en est un bon exemple puisqu'il est lui même le fils d'un proche du président Dos Santos, décédé en 2006.

    Pourquoi a-t-il décidé de mettre un terme à sa grève de la faim ?

    Dans une lettre rendue publique mardi 27 octobre, le jeune militant a annoncé qu’il mettait un terme à sa grève de la faim. Selon son avocat, il a pris cette décision à la demande de ses camarades emprisonnés et de sa famille. « Je préfère vivre avec toi plutôt que de te voir mourir en martyr », écrivait il y a quelques jours son épouse Monica Almeida. Passé les 40 jours de grève de la faim, les séquelles pouvaient en effet être définitives. « Le masque est tombé », écrit le jeune homme depuis la clinique privée Girasol à Luanda. Pour lui, le pouvoir a révélé sa nature répressive en refusant de céder. C’est une « victoire » mais le jeune rappeur ne compte pas en rester là : « Je ne cesserai pas de lutter », promet-il.

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