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    Spectacle: danse soufie et «street art» en état de transe

    media Spectacle White Spirit, transe soufie et street art © Musée du quai Branly / Photo Cyril Zannettacci

    Tout un symbole cette création proposée par le Musée du quai Branly du 6 au 15 novembre à Paris, et retransmise ce samedi sur Arte TV. White Spirit est le fruit d’une rencontre inédite entre Shoof, un artiste plasticien adepte du «street art» et issu de la « révolution du jasmin » en Tunisie et l’Ensemble Al Nabolsy de Damas en Syrie et ses derviches tourneurs, menés par le chanteur de renommée internationale Noureddine Khourchid, un groupe nourri des traditions soufies ancestrales. De cette double confrontation entre sacré et profane et entre musique et art visuel, naît un spectacle à couper le souffle.

    Salle comble pour la générale de White Spirit, jeudi soir, sur la scène du Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du quai Branly, à Paris - qui s’est terminée par une ovation du public qui a communié, debout, avec des artistes bouleversés par un tel écho à leur performance. L’accolade fraternelle entre le vieux maître syrien et le jeune artiste tunisien en témoigne, tout comme leurs regards, autant hagards qu’incrédules.

    En résidence depuis le 28 octobre, l’auteur du décor et des graffs de ce spectacle original et inédit, Hosni Hertelli, alias « Shoof », et l’Ensemble Al Nabolsy de Damas, ont conçu ensemble l’ordonnancement de cette création métissée, mêlant modernité et tradition, street art et danse soufie. Un pari osé dont se dégagent deux temps forts, sous la forme d’éblouissements verticaux, l’un jaune, l’autre bleu. Effets d’optique sans doute, qui porte quand même le spectateur, en état de choc artistique, entre ciel et terre.

    Neuf chaises blanches
     
    Pour tout décor, neuf chaises, blanches, posées en arc de cercle sur la scène, au pied de gradins blancs dont la simplicité des lignes font penser à une piscine des années 1930. Un cadre d’une sobriété essentielle pour accueillir les tableaux qui vont se succéder au rythme des chants sacrés.

    Place d’abord aux musiciens qui installent leur musique incantatoire. Grande voix de la Mosquée des Omeyyades de Damas, Noureddine Khourchid, qui prend place au centre, est le fils d’Abou al-Nour, cheikh de la confrérie soufie Shâdhiliyya, l’une des plus importantes dans le monde arabe. Ce courant mystique de l’Islam prône la soumission à la volonté divine par le renoncement au « moi » et l’annihilation en Dieu.
     
    Bientôt, le virtuose est rejoint par six chanteurs, dont deux, sont habillés d’une cape noire, la tête recouverte d’un haut bonnet de feutre marron. Ce sont les danseurs, les fameux derviches tourneurs, comme on les appelle en Europe. Dès les premières notes de l’orchestre impulsées par le oud aux sonorités sucrées puis par le rythme implacable des derboukas, les derviches dodelinent du corps, puis de la tête, reprenant en chœur les phrases du soliste, entamant ces mouvements de leurs bras et de leurs mains qui seront le leitmotiv de la chorégraphie - comme la contemplation des paumes lors de la Fatiha qui ouvre la danse.
     
    La voix monte, une note accrochée au ciel, puis le chœur démarre pendant que les derviches, mains croisées sur leurs épaules, se lèvent pour saluer l’orchestre, puis le public, avant d’entamer leur ballet tournant, d’abord lent et de plus en plus rapide. « Allah, Allah, Allah… » Enivrant. D’un geste, les deux danseurs enlèvent leurs capes, laissant apparaître une djellaba immaculée ceinte d’un tissu rouge. La robe tourne et tourne encore, virevolte à l’horizontal comme une toupie… Chant d’amour à la beauté divine.

    Cette tradition vient de la Turquie, où la confrérie Mawlawiyya, qui tire son nom de Mawlânâ, le surnom de Jalal al-Din Rumi, maître spirituel et fondateur de cette tariqa, est née au 13e siècle à Konya. Outre le dhikr (la remémoration du nom de Dieu), Rûmi avait institué cette danse giratoire des disciples, qui serait la manifestation spontanée d’un état (hâf) qui s’empare d’eux à la moindre allusion spirituelle. Un état décrit comme une extase ou une transe et qui prend la forme d’une attraction vers le haut menant à Dieu par la répétition d’un mouvement concentrique.

    Le temps figé s’emballe pour mieux ralentir, accompagné de jeux de lumières plus ou moins intenses. Au deuxième tableau – le deuxième chant – un seul derviche entame la danse. De sa robe à l’horizontale, s’élève soudain vers le ciel un halô de lumière jaune. Transe lumineuse. Eblouissante au vrai sens du terme comme au sens figuré. Mais ces fous de Dieu ne tuent pas. Et leur orchestre ne faiblit pas. Les adeptes chantent en chœur, chérissant, main sur le cœur, leur Dieu de beauté.
     
    Passé le troisième hymne, la musique laisse la place à un autre virtuose, qui du haut des gradins impulse son rythme à son pinceau, remplissant comme mécaniquement, l’une après l’autre, les huit cases rectangulaires qui forment une longue barrière horizontale. Shoof, 35 ans, est né dans la Médina de Tunis. Arrivé en France en 2004 pour faire Science Po, il devient poète et rappeur, très inspiré de hip-hop dont il aime la métrique. Puis il entame une recherche graphique autour de la lettre arabe, une calligraphie qu’il cherche à désacraliser. Et plus largement à démocratiser l’art plastique pour le rendre perceptible par tous.

    Le bleu a envahi l’espace


    Un parcours qui l’a mené vers cette nouvelle performance où ses grafs s’intercalent à merveille dans les incantations soufies. Rien de surprenant d'ailleurs puisque son geste artistique se base lui aussi sur la recherche d’un état semi-conscient et s'appuie sur des séquences musicales répétées à l’infini. D’où l’idée de confronter sa pratique à celle des maîtres de l’art.

    White Spirit - blanc pour esprit pur, purification de l’âme, ou simple emprunt au nom de ce produit de nettoyage utilisé pour laver les taches indélébiles de la peinture ? Des taches dont la toge du troisième derviche qui apparaît maintenant en haut des gradins est constellée. Il marche, lentement, derrière les huit panneaux remplis de hiéroglyphes ou d’idéogrammes qui évoquent les dazibaos chinois, avant d’emprunter l’escalier pour engager la scène finale. Et on ne sait plus à ce stade si ses pas ont pour but d’intégrer les graffs à la musique ou si celle-ci se fond en eux.

    Cette fois, le bleu a envahi l’espace, formant des cercles concentriques remplis de calligraphies. Une constellation qui est un cadeau du ciel pour les croyants comme pour les non croyants... Epoustouflant. Et tandis qu’au sol, des lumières jaunes menacent d’enflammer les dessous de la robe, faisant songer aux flammes de l’enfer qui rôde, le derviche tourne et tourne, et le balaie par la force giratoire de sa toupie. Un mouvement continu et puissant. A l’infini, suspendu, aspiré par le ciel.
      
    White Spirit. Transe soufie et Street art, au Musée du quai Branly. Théâtre Claude Lévi-Strauss. Du vendredi 6 au dimanche 15 novembre 2015. Durée : 1 heure 30 environ. Tarif plein : 20 euros.
     

    Deux types d’ateliers sont proposés autour du spectacle :
    * Une masterclass de dessin avec Shoof le samedi 8 novembre de 16h30 à 18h30 avant la représentation de 20h et le samedi 14 novembre au même horaire.
    * Un bord de scène avec les artistes de l’Ensemble Al Nabolsy le dimanche 8 novembre de 18h30 à 19h30 après la représentation de 17h et le vendredi 13 à l’issue de la représentation.

    Retrouvez le spectacle White Spirit, en direct, le samedi 7 novembre 2015, puis en différé, sur le site Arte concert.
     


    «Shoof on the roof»
    Remplaçant la plume ou le bâton par l’aérosol, le pinceau ou le pochoir, Shoof peint en s’inspirant de la calligraphie traditionnelle. Ce graffeur est aussi « un acteur incontournable du street art tunisien boosté par la révolution de 2011 », rappelle l’hebdomadaire Jeune Afrique lors de son exposition « Dripping point » en mai dernier à la Galerie Itinerrance. Il a participé à de nombreuses expositions, notamment en ornant les murs de l’appartement #972 de la Tour 13 à Paris, détruite en 2014, et il a pris part au projet international Djerbahood à l’été 2014 dans le village d’Erriadh en Tunisie avec une création intitulée « Shoof on the roof ».

     

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