GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 4 Décembre
Lundi 5 Décembre
Mardi 6 Décembre
Mercredi 7 Décembre
Aujourd'hui
Vendredi 9 Décembre
Samedi 10 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Hebdo

    Gennet Zewide, la «pasionaria» de l’Inde-Afrique

    media Les délégués de 54 pays africains au troisième sommet Inde-Afrique à New-Dehli, le lundi 26 octobre 2015. AFP PHOTO / PRAKASH SINGH

    Elle est Ethiopienne, ancienne ministre de l’Education de son pays, avant d’être son ambassadeur à New Delhi. La doyenne des ambassadeurs africains en Inde, Gennet Zewide est une figure incontournable de l’Inde-Afrique dont elle est à la fois la mémoire et la tête d'affiche. Entretien.

    RFI: Le rideau est tombé le 29 octobre sur le troisième Sommet Inde-Afrique. En quoi ce Sommet a-t-il été différent de ses deux précédentes éditions ?

    Gennet Zewide: Comme vous le savez, un nouveau gouvernement est aux manettes à New Delhi. C’est lui qui a organisé le dernier Sommet, avec sa sensibilité et sa vision des relations extérieures. Programmé par le précédent gouvernement, ce troisième Sommet Inde-Afrique devait se dérouler l’année dernière, mais il a dû être reporté une première fois à cause des législatives ; puis, de nouveau reporté en raison de l’épidémie d’Ebola qui sévissait en octobre dernier en Afrique. Les diplomates du continent noir en poste à New Delhi commençaient à s’impatienter quand le gouvernement Modi a annoncé sa décision d’organiser le Sommet cette année. Les choses ont commencé à bouger il y a quelques mois lorsque les hauts fonctionnaires indiens ont pris enfin langue avec l’Union africaine pour déterminer le format du Sommet. Le choix fait par les Indiens cette fois d’inviter tous les 54 pays du continent, contrairement à la pratique qui consistait jusqu'ici à ne faire venir que les puissances régionales conformément à la Formule de Banjul de l'Union africaine, constitue un signal fort.

    Pour vous, c’est le signal d’un plus grand engagement indien en Afrique ?

    Et d’une meillleure prise en compte de nos besoins et de nos attentes. Le Sommet s’est déroulé dans le contexte de l’agenda 2063 de l’Union africaine qui fixe les objectifs que nos pays devront atteindre d’ici à la date fatidique. Dans la mesure où le partenariat qui nous a été proposé à New Delhi tient compte des priorités que nous nous sommes fixées notamment en matière d’infrastructures, d’éducation ou lutte contre la pauvreté, nous ne pouvons qu’être satisfaits. Les prêts et les dons consentis par l’Etat indien seront investis dans ces domaines prioritaires. Nous disposerons ainsi de plus de moyens pour réaliser nos objectifs et nos ambitions.

    Vous êtes la doyenne des ambassadeurs africains à New Delhi. Depuis votre entrée en fonction en 2006, avez-vous l’impression que les relations indo-africaines se sont intensifiées ?

    Les relations indo-africaines ne datent pas d’hier. Tout au long de leur histoire, elles ont connu des hauts et des bas. Mais depuis quelques années, on assiste à une densification de nos relations, fondée sur une meilleure connaissance l’un de l’autre. J'en veux pour preuve le fait qu'en 2006, quand j’ai été nommée à New Delhi par le président éthiopien Meles Zenawi, il n’y avait que 24 ambassades africaines à New Delhi. Aujourd’hui, elles sont 42. C’est le signe de l’intensification de nos relations, et cela non seulement dans le domaine du business et de l’économie, mais aussi dans les domaines de la culture ou de l’éducation. D’ailleurs, parmi les différentes mesures annoncées par le Premier ministre indien lors de ce Sommet, la mesure la plus enthousiasmante a été le doublement des bourses pour nos étudiants, qui passent de 25 000 à 50 000 unités. L’Inde est une destination très recherchée par les étudiants africains qui savent qu’ils pourront obtenir ici une éducation de qualité.

    Votre ancien président aimait répéter que le partenariat indo-africain était « unique ». En quoi cette collaboration entre l’Inde et l’Afrique est-elle unique ?

    Chanda/RFI

     

    Elle est unique parce que nous sommes pauvres toutes les deux, l’Inde comme l’Afrique. Les 10 milliards de dollars que le Premier ministre indien a promis de nous accorder, il aurait pu très bien les utiliser pour améliorer le sort des pauvres en Inde. Mais il a préféré les partager avec les autres pays dans le besoin. Cela nous touche beaucoup, même si nous ne sommes pas naïfs. Nous savons que si l’Inde nous courtise, c’est aussi parce qu’elle a besoin de nos ressources, de notre pétrole. Mais nos échanges ne se réduisent pas aux biens matériels. Nous avons aussi une histoire commune faite notamment de solidarités face à l’impérialisme occidental.

    Votre pays, l’Ethiopie, entretient des relations économiques privilégiées avec l’Inde. Quels sont les secteurs clés qui attirent les investisseurs indiens ?

    Agriculture, ingénierie et pharmaceutique sont quelques-uns des secteurs qui attirent les entrepreneurs indiens. Ceux-ci ont investi plus de 4 milliards de dollars en Ethiopie, ce qui fait du secteur privé indien le troisième plus grand investisseur étranger dans notre pays, derrière la Chine et les Etats-Unis. L’Ethiopie est aussi la principale bénéficiaire des lignes de crédits indiennes, avec des prêts de l’ordre de 1 milliard de dollars approuvés par le gouvernement indien au titre de trois projets en cours de réalisation : 65 millions pour financer un programme d’électrification rurale, 300 millions dédiés à la construction de la voie ferrée reliant la ville d’Assayta en Ethiopie au port de Tadjourah dans le golfe de Djibouti et, enfin, 640 millions pour la rénovation de trois usines sucrières. Par ailleurs, le commerce indo-éthiopien aussi se porte bien. Le chiffre d’affaires de notre commerce bilatéral a connu une hausse impressionnante, passant en l’espace de deux décennies de 300 millions de dollars à 1,3 milliard de dollars pour l’année 2014. Les volumes des échanges entre nos deux pays se sont accrus depuis la mise en place en 1997 d’un Joint Trade Committee (« Comité mixte du commerce ») qui se réunit tous les deux ans et passe en revue les progrès et les blocages.

    Vous avez évoqué vos usines sucrières. Quel rôle l’Inde a-t-elle joué dans le développement de ce secteur ?

    Pendant longtemps, l’Ethiopie a été une grande puissance sucrière grâce à ses sols très productifs. Il faut à nos agriculteurs douze mois pour produire des cannes à sucre de qualité, alors qu’ailleurs il en faut quatorze. Les Hollandais furent les premiers à comprendre l’avantage que le pays pouvait tirer de cet atout et ils ont construit des usines sucrières pour pouvoir transformer les cannes à sucre sur place. Après le départ des propriétaires hollandais des usines sucrières, celles-ci ont été nationalisées par le gouvernement. Mais comme leur production n’a cessé de décliner, les autorités se sont lancées dans un vaste programme de rénovation de ces outils de production. Le résultat est là : aujourd’hui, l’Ethiopie n’a plus besoin d’importer du sucre. Qui plus est, lorsque les travaux de rénovation seront terminés, nous serons exportateurs de sucre. Cette transformation du secteur sucrier n’aurait pas été possible sans l’aide financière et technologique de l’Inde qui a un immense savoir-faire dans ce domaine.

    On vous a beaucoup vue avant et pendant le Sommet, allant de tribune en tribune pour raconter votre vision de l’Inde-Afrique. Une vision qui fait une très large place à ce que vous appelez « People-to-People relationship ». Que signifie cette formule ?

    Pendant mon long séjour en Inde, j’ai constaté qu’alors que le courant passe sans difficulté entre nos administrations, nos diplomates et chefs d’Etat, les contacts s’établissent plus difficilement entre les petites gens. En particulier, les Indiens, ils ne connaissent pas l’Afrique. Leur perception du continent noir est obstruée par des clichés ou par une méconnaissance crasse de la culture africaine, de son histoire et sa géographie. Souvent, on me demande d’où je viens et quand je réponds que je viens d’Addis-Abeba, en Ethiopie, les gens ont du mal à situer mon pays sur une carte. Pour beaucoup, l’Ethiopie est une province du Maroc ou de l’Algérie. Il faut qu’il y ait plus de programmes sur l’Afrique à la télé indienne, plus d’Afrique dans les manuels scolaires, plus d’échanges sous forme de voyages. Bref, il faudrait promouvoir un « People-to-People relationship » pour qu’Indiens et Africains finissent par se connaître.

    Bien qu’on ne sache pas vous dire où se trouve l’Ethiopie, vous semblez heureuse en Inde, intégrée dans la société indienne. Ne serez-vous pas malheureuse de repartir à Addis ?

    Hélas, il faudra bien repartir un jour, mais je ne serai pas malheureuse. L’Inde et moi, c’est une histoire d’amour qui a commencé avant même ma venue dans ce pays. Au lycée déjà, j’avais des professeurs indiens au contact desquels j’ai appris à lire et écrire. J’ose penser que cette histoire continuera lorsque j’aurais quitté l’Inde. Pour de bon.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.