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    Hebdo

    François-Xavier Gbré, photographe des traces de l’histoire

    media Vue de l'installation «Mali Militari», au Bla-Bla bar à Bamako, en collaboration avec la Galerie Cécile Fakhoury dans le cadre du «off» des Rencontres de Bamako 2015. Courtesy François-Xavier Gbré, Galerie Cécile Fakhoury Abidjan.

    Ce photographe de 37 ans, formé à Montpellier, est un métis franco-ivoirien basé depuis 2013 à Abidjan. Son travail, multiforme, s’attache depuis 2009 par la mémoire et par l’architecture à arpenter les vestiges du passé. Il vient de monter une installation au Bla-Bla, un bar de Bamako, dans le cadre des Rencontres de Bamako, la Biennale africaine de la photographie.

    François-Xavier Gbré se trouve pour la troisième fois à la Biennale de Bamako, dans le versant « off » des rencontres photographiques africaines, qui se tiennent du 31 octobre au 31 décembre dans la capitale malienne.

    Sa dernière installation, Mali Militari est tirée de photographies d’une série de sculptures commandées par l’Etat malien pour rendre hommage aux anciens combattants. Les statues sont encore emballées dans des sacs roses sur l’Avenue des Armées, lorsqu’il commence à les prendre en photo en 2011, dans le quartier de Sotuba.

    Ironie de l’histoire : ces monuments célèbrent malgré eux une armée en déroute, en 2012, lorsque survient un coup d’Etat et la sécession des trois régions du Nord. François-Xavier Gbré, lui, est toujours occupé à photographier les statues. Ces silhouettes de militaires, reproduites sur des affiches puis détourées, sont collées en trompe-l’œil sur les murs de l’un des bars les plus connus de Bamako, le Bla-Bla, dans le quartier de l’Hippodrome. « C'est une première tentative, explique l'artiste, de décontextualiser ces monuments et de les déplacer dans la ville. »

    « Dans un perpétuel entre-deux »

    Né en France de mère française et de père ivoirien, François-Xavier Gbré a étudié la photographie à l’Ecole supérieure des métiers artistiques de Montpellier. Il explique se sentir « proche des destins nomades, dans un perpétuel entre-deux ». Passé de la mode au portrait, puis de l’architecture au témoignage social, il a assisté des photographes de mode et de design en Italie, avec lesquels il a beaucoup appris. « Je ne sais pas faire une photo floue », indique l'artiste, qui a un pied en Afrique et l’autre en Europe. Des espaces où il explore différents univers et trace sa voie, très personnelle.

    Son cheminement l’a aussi conduit en 2009 en Israël où il est passé à une approche plus picturale : « J’ai eu envie d’évoquer l’homme et son histoire, sa mémoire, à travers l’architecture. Les murs parlent beaucoup, ce sont eux qui racontent l’Histoire… Puis j’ai découvert la piscine de Bamako, en cours de réhabilitation. A l’époque, elle était entourée de barricades, que j’ai enjambées pour prendre mes photos ! Le lieu était déjà en chantier, les équipes chinoises travaillaient… »

    Rénovée entre 2005 et 2010, cette piscine a été construite par les Soviétiques en 1967 pour les Jeux africains de 1969. Occasion manquée : la compétition a été annulée pour cause de coup d’Etat, déjà, en 1968. Les lieux ont longtemps servi à l’entraînement de l’armée. « C’est peut-être là que le président Amadou Toumani Touré a appris à nager », commente François-Xavier Gbré, dont l’œil transforme plongeoir et parpaings en tableaux abstraits.

    Un passé parfois récent

    Il s’attache à documenter des espaces oubliés, d’Israël aux grandes villes d’Afrique de l’Ouest en passant par des usines désaffectées d’Unilever dans sa région natale de Lille. « Je veux lire les mutations de la ville en me posant la question de la représentation d'une nation dans l'espace public », dit-il. 

    Sa série Tracks dévoile des espaces désertés, remplis de souvenirs et des marques laissées par l’Histoire. A la charnière des XXe et XXIe siècle, cet artiste est plus préoccupé par le temps qui passe que l’instantané. Il saisit toute la nostalgie qui émane des vestiges de l’imprimerie nationale de Porto-Novo, au Bénin, avec ses toiles d’araignées et la poussière accumulée sur de vieilles machines qui ne serviront plus.

    A Tibériade en Israël, entre les murs calcinés de ce qui reste de l’Hôtel Elizabeth, il s’approche là encore des fantômes d’une époque révolue.

    Il capte la violence vertigineuse de la crise postélectorale de 2010 et 2011 en Côte d’Ivoire, avec un impact de balle dans une vitre du Plateau. Ce gros plan, fait en 2014, évoque un passé très récent, comme une blessure encore à vif. « Cette photo est une introduction à un travail que je voulais faire sur les traces laissées par la crise à Abidjan, mais je me suis rendu compte qu'elles ont vite été nettoyées. Dans cette nouvelle série, je m'intéresse plus au présent, à la renaissance d'Abidjan, en essayant de lire le futur. »
     
    François-Xavier Gbré, c’est certain, va faire partie des grands. Son œuvre n’est pas sans lien avec celle des Sud-Africains Guy Tillim et David Goldblatt, eux aussi intéressés par l’architecture et les vestiges.

    Représenté par la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, son travail fait déjà partie de collections prestigieuses à travers le monde, la Tate Modern Gallery à Londres, le Musée
    des confluences à Lyon et la collection Artur Walther en Allemagne. Il expose depuis 
    septembre à New York et a monté entre août et octobre 2015 une exposition personnelle en Pennsylvanie, intitulée « The Past is a Foreign Country » (Le passé est un pays étranger).

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