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    L’ONG Oceana met en garde contre la fraude à l'étiquetage du poisson

    media Repas testé lors de l'enquête d'Oceana 2015. ©Oceana

    L’ONG Oceana, qui lutte pour la préservation des ressources maritimes, dénonce la fraude à l’étiquetage sur les poissons consommés à Bruxelles. Selon son enquête publiée le 3 novembre, Oceana prévient qu’un poisson sur trois n’est pas celui annoncé. Ce phénomène concerne plus largement tous les consommateurs de poissons. Pour Nicolas Fournier, chargé de mission des Affaires européennes chez Oceana, l’ambiguïté des directives européennes sur l'étiquetage des produits de la mer donnerait indirectement les moyens aux restaurants de déroger au règlement en « s’arrangeant » avec les étiquettes.

    Quel poisson mangeons-nous vraiment à Bruxelles ? Lasse Gustavsson, directeur exécutif de l’ONG Oceana, souligne qu’au-delà des statistiques, son enquête réalisée à partir de tests ADN et menée en collaboration avec l’Université catholique de Louvain, permet de « pointer du doigt quelque chose qui va de travers » : à savoir que 32% des poissons examinés dans la capitale belge sont mal étiquetés. L’enquête base ses résultats sur un échantillonnage malgré tout important et sérieusement représentatif : les tests ADN ont été menés au cours de 280 repas servis dans 150 restaurants et cantines de Bruxelles. De plus, les échantillons prélevés dans les cantines de la Commission européenne prouvent que même les dirigeants européens ne sont pas épargnés.

    Nicolas Fournier, chargé de mission des Affaires européennes chez Oceana, rappelle que la gestion des pêcheries relève de la compétence exclusive des Européens. Les résultats de l'enquête tendent à provoquer la mobilisation des Etats membres : « Les réglementations ne sont pas statiques et les choses peuvent encore évoluer ».

    En 2014, l'ONG Oceana a réalisé une enquête similaire dans les poissonneries et supermarchés en France. Seules 4% des étiquettes étaient frauduleuses. La France figure-t-elle pour autant au rang des bons élèves ? Nicolas Fournier nuance cette déduction, car le cadrage d'étude - sans les restaurants - était différent  : « Si on faisait les mêmes tests aujourd’hui sur le segment des restaurants à Paris, je suis certain qu’on aurait les mêmes résultats qu’à Bruxelles. » A savoir qu’un poisson sur trois ferait l'objet de manoeuvres frauduleuses.

    Lasse Gustavsson, directeur exécutif de l'ONG Oceana ©Oceana

    Le contrôle passe à la trappe

    Les règles générales d’étiquetage sont consignées dans des directives européennes qui donnent un cadre à respecter. Néanmoins, Oceana déplore le manque de prescriptions de loi qui fragilise la structure du règlement. Si l’aspect législatif existe, son « contrôle » et sa « mise en œuvre » passent à la trappe. L’Europe a pourtant le meilleur système au monde en termes de traçabilité mais il est faillible. Les meilleurs pays n’inspectent d’ailleurs que 10% environ de leur production.

    Où est le maillon faible dans la chaîne de distribution ? Déterminer à quel moment le mal se fait est complexe. Pour Nicolas Fournier, la fraude à l’étiquetage peut avoir lieu tant au niveau du grossiste qu’à celui du mareyeur. Depuis le bateau jusqu'au détaillant, le poisson passe par de multiples étapes, parfois équivoques. L’Europe importe environ 65% du poisson qu’elle consomme, et 90% de son poisson à chair blanche. A l'import comme à l'export, la transmission des informations peut être malaisément assurée et suscite la méfiance des ONG.

    Alors d’où vient la fraude ? Notre expert n’a pas de réponse même si les motifs sont nombreux. Premièrement, le gain financier réalisé par les restaurateurs. Arnaquer le consommateur avec un poisson frit, plein de sauce, ou très épicé, est chose facile car la saveur du poisson en elle-même est difficilement décelable.

    Plus étonnant, en revanche, des poissonniers ont confié à Oceana qu’ils ne souhaitaient pas « perturber le consommateur », préférant lui vendre du « cabillaud » toute l’année (un poisson qui n’est disponible qu’à certaines saisons) alors qu’il s’agit en réalité de « lieu jaune » par exemple - ce que la majorité des consommateurs ignore. Mieux vaut ne pas passer pour un commerçant irrespectueux des habitudes et des demandes de ses clients…

    Le consommateur est-il infantilisé ?

    De la même manière, tout le monde a entendu dire depuis des années que le thon rouge est en voie de disparition. Pourtant, les restaurants n’ont pas cessé d’en proposer. Délicat de fournir une denrée qui n’existe quasiment plus, sauf si l’on
    « s’arrange » avec la réalité. « Si tous les restaurants qui proposent du thon rouge à la carte servaient réellement du thon rouge, l’espèce serait définitivement éradiquée depuis longtemps », dit Nicolas Fournier. Quand le menu fait la publicité du prestigieux thon rouge, la fraude opère dans 95% des cas. Il est remplacé par du thon albacore ou du thon obèse, plus communs, moins chers et « pourtant déjà surexploités à cause de la rapide capacité à se reproduire », selon Oceana.

    La fraude au thon rouge est la plus répandue. La différence de prix entre le poisson annoncé et celui servi dans les assiettes peut monter jusqu’à 40%. Quant aux restaurants de sushi, le thon rouge est leur principal fond de commerce. Au test d’Oceana, sur 35 restaurants de sushi soumis au test, 22 servent des espèces différentes de celles annoncées.
    L’étude d’Oceana met en garde le consommateur final. Nicolas Fournier dénonce un cercle vicieux : comme les gens ne savent pas, ils ne se plaignent pas ; comme il n’y a pas de plainte ni de conséquences avérées sur la santé, les autorités ne vont pas chercher la fraude…

    Selon Oceana, les analyses ADN seraient le seul moyen de savoir si un poisson correspond aux indications de son étiquette. Mais l'inexacte traçabilité ne permet pas toujours de découvrir si un poisson est issu de la pêche illégale. L'impossibilité de suivre les produits de la mer aux différents stades de sa commercialisation est donc responsable de ce « blanchiment de poisson ». 

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